Thren., 1, 12. 3. Luc. xxiii
2. Anciennes édit. : au pied de sa 4. Édir. Gazier : ce côté, croix.
POl'R LE VFAnREDI SAINT. 385
coulez avec le sang de Jésus, pour être capables de laver les âmes. Chrétiens, j'entends le mystère; je découvre la cause profonde pour laquelle le divin Sauveur, prodiguant tant de sang avant sa mort, nous en gardait encore après sa mort même : celui qu'il répand avant sa mort faisait le prix de notre salut; celui qu'il répand après nous en montre l'application par les sacrements de l'Églisje. Disposons-nous donc, Chrétiens, à nous appliquer le sang de Jésus, ce sang du Nouveau "^l'estament, en méditant qu'il nous est donné pour la rémission de nos crimes. C'est ma seconde partie.
Second Point.
Jésus-Christ, pour nous mériter la rémission de nos péchés, nous en a premièrement mérité la haine ; et les douleurs de sa Pas^on portent grâce dans les cœurs pour les détester. Ainsi, pour nous rendre dignes de mériter ce pardon, cherchons dans sa Passion les motifs d'une sainte horreur contre les désordres de notre vie. Pour cela, il nous faut entendre ce que le péché en général, et ce que tous les crimes en particulier^ ont fait souffrir au Fils de Dieu, et apprendre à détester le j)éché par le mal qu'il a fait à notre Sauveur.
Le péché en général porte séparation d'avec Dieu, et attache très intime à la créature. Deux attraits nous sont présentés, avec ordre indispensable de prendre parti: d'un côté, le bien incréé; de l'autre, le })ien sensible; et le cœur humain, par un choix indigne, abandonne le Créateur pour la créature. Qu'a porté" le divin Sauveur pour cette indigne préférence? La honte de voir Barabbas'^, insigne voleur, préféré publiquement à lui-même par les sentiments de tout un grand peuple. Ne frémissons pas vainement contre l'aveugle fureur de ce peuple ingrat : tous les jours, pour faire vivre en nos cœurs une créature chérie, nous faisons mourir Jésus-Christ; nous crions qu'on l'ôte,
1. C'est-à-dire chacun des crimes ris : « Barabbas, le malbem-eux Baen particulier. rabbas était nu voleur ; et celui-li'i
2. Porter, supporter. que ...(cinq ou six mots effacés par ;5. Nott marginale, 2M crayon, déjà l'usure)... le juste. Homicide coiu-
en partie illisible au temps de Defo- me le diable ; tue l'àme. n
Sermoiid de Bosjujt. — IV 22
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qu'on le crucifie ; nous-uiêiues nous le crucifions de nos jjropres main?, et nous juiduna aux pitds, dit le saint Apôtre ^, /«■ sang du \ouvetiu Tcstanunt, répandu [luiir iaver nu.i> criuw.s.
Mais l'attache aveugle à la créature au préjudice du Créateur a mérité à notre Sauveur un supplice bien plus terrible; c'est d'avoir été délaissé de Dieu. Car écoutez comme il parle : Mon Dieu, mon Dieu, dit Jésus, pourquoi niavez-vous abandonné' ? Arrêtons ici, Chrétiens ; méditons la force de cette parole, et la grâce qu'elle porte en nous pour nous faire détester nos crimes.
C'est un prodige inouï qu'un Dieu persécute un Dieu, <|u"un Dieu abandonne un Dieu ; qu'un Dieu délaissé se plaigne, et qu'un Dieu délaissant soit inexorable : c'est ce qui [se] voit sur la croix. La sainte âme de mon Sauveur est l'emplie de la sainte horreur d'un Dieu tonnant ; et comme elle se veut rejeter entre les bras de ce Dieu pour v chercher son soutien, elle voit qu'il tourne la face, qu'il la délaisse, qu'il l'abandonne, qu'il la livre toute entière en proie aux fureurs de sa justice irritée. Où sera votre secours, ô Jésus ? Poussé à bout ' ])ar les hommes avec la dernière violence, vous vous jetez entre les bras de votre Père ; et vous vous sentez repoussé, et vous voyez que c'est lui-même qui vous per^écute, lui-même qui vous délaisse, lui-même (jui vous accal)le par le poids intolérable de ses vengeances !
Chrétiens, quel est ce mystère? Nous avons délaissé le Dieu vivant, et il est juste qu'il nous délaisse par un sentiment de dédain, par un sentiment de colère, i)ar im sentiment de justice : de dédain, parce que nous l'avons méprisé; de colère, parce que nous l'avons outragé; de justice, parce que nous avons violé [ses^] lois et offensé sa justice. Créature folle et frauile, pourras-tu supporter le dédain d'un Dieu, et la colère d'un Dieu, et la justice d'un Dieu? Ha! tu serais accablée sous ce poids terrible. Jésus se présente pour le