Matth, X XVI. I.x 5. Mair.. XTV
t. Deux mois, p:u- lesquels Bos- (!. Vwr. : à laquelle.
te recoiHiais-tu pas toi-même dans cette histoire? N'y reconnais-tu pas les faveurs trompeuses et tes amitiés inconstantes ^ ? Aussitôt fju'il arrive le moindre embarrafî, tout fuit, tout s'alarme, tout est étonné; ou l'on . i-de tout au plus un certain dehors, afin de soutenir pour" la forme quoique apparence"* d'amitié trompeuse et cjuelque dignité d'un nom si saint. Mais poussons encore plus loin, et voyons la faiblesse de cette amitié, lorsqu'elle semble le plus secourante, ("est le faible des amis du monde de nous vouloir aider selon leur humeur, et non pas selon nos besoins.
Pierre entreprend d'assister son maître, et il met la main à l'épée, et il défend ])ar le carnaue celui qui ne voulait être défendu que par sa propre innocence. O Pierre ! voulez-vous soulager votre divin maître ? vous le jjouvez par la douceur et par la soumission, par votre fidélité persévérante. O Pierre ! vous ne le faites jias, parce que ce secours n'est pas selon votre humeur : vous vous abandonnez au tiansport ^ aveugle d'un zèle inconsidéré ; vous frappez les ministres de la justice, et vous chargez de nouveaux soupçons ce maître innocent qu'on traite déjà de séditieux. C'est ce que fait faire l'amitié du monde : elle veut se contenter elle-même et )ious donner le secours qui est conforme à son humeiu", et cei)endant elle nous dénie celui que demanderaient nos besoins.
Mais voici, si je ne me trompe, le dernier coup f|u'on peut recevoir d'une amitié chancelante : un grand zèle mal soutenu, un commencement de constance (jui tombe dans la suite tout à coup, et nous accaMe ]ilus cruellement que si l'on nous quittait au premier abord. Le même Pierre en est un exemple. Qu'il est ferme ! qu'il est intréjiide! il veut mourir pour son maître; il n'est ))as capable de l'abandonner. Il le suit au commencement ; mais, ô fidélité commencée, cjui ne sert qu'à
1. Premicre ré'lacdon : le lecon- o. Yar. : simulacre (que ]e copiste, iinis-tu dans cette liistoire. et tes c|ui décidouient était un ignorant, a fiiuitii's inconstantes? — Les cor- icrh fimulnirf). lei'tionssontde la niaiu de Bossuct. 4. ]ci le coi>istc n'avait \n\ lire, et
2. Var. : par. — Mai.'? ])eut-étre avait laisse une lacune. — Vous nï-tait-ce qu'une faute de lecture nhandoiniàlrs..., vous /'rappàlc/ ; du copiste. lemiilacé par le préseut.
percer le cœur de Jésus par un reniement plus cruel, par une perfidie plus criminelle ! Ha ! que l'amitié de la créature est trompeuse dans ses apparences, corrompue dans ses flatteries, amère dans ses changements, accablante dans ses secours à contretemps et dans ses cou)mencements de constance qui rendent l'infidélité plus insupportable! Jésus a souffert toutes ces misères, pour nous faire haïr tant de crimes que nous fait faire Tamitié des hommes par nos aveugles complaisances. Haïssonsles, Chrétiens, ces crimes, et n'ayons ni d'amitié, ni de confiance, dont Dieu ne soit le motif, dont la charité ne soit le principe.
Que lui fera maintenant souffrir la fureur de ses ennemis? Mille tourments, mille calomnies, plaies sur plaies, douleurs sur douleurs, indignités sur indignités, et, ce qui emporte avec soi la dernière extrémité de souffrances, la risée dans l'accablement, l'aigreur ^ de la raillerie au milieu de la cruauté.
C'est une chose inouïe que la cruauté et la dérision se joignent dans toute leur force, parce que l'horreur du sang répandu remplit l'âme d'images funèbres, (|ui modèrent cette joie malicieuse dont se forme la moquerie. Cependant je vois mon Sauveur livré à ses ennemis pour être l'unique objet de leur raillerie, connue un insensé; de leur fureur, comme lui scélérat : en telle sorte, mes Frères, que nous voyons régner dans tout le cours de sa Passion la risée parmi les douleurs, et l'aigreur de la moc{uerie dans le dernier emportement de la cruauté.
Tl le fallait de la sorte, il fallait que mon Sauveur fût rassasie d'opprobres, connue avait [)rédit le prophète" ; afin d'expier et de condamner par ses saintes confusions, d'un côté ces moqueries outrageuses, de l'autre ces délicatesses et ce point d'honneur qui fait toutes les querelles. Chrétiens, osez-vous vous abandonner à cet esprit de dérision qui a été si outrageux contre Jésus-Christ? Qu'est-ce f[ue la dérision, sinon le triomphe rie l'oruneil, le règne de l'impurlcnce, la nourriture du mépris, la
I.V.-ir. : riiisuUe. — Siiichaige rauteiii- n'u pas rcniHi-qué I;i r'dife
autiigiaphc. au crayon. — An milieu qui allait venir à la tin de l'alinéa
(autre surcharge à la jilnnip) rem- suivant,
place 'ians l'/iigreur. Apparemment 2. Thren., ni, 80.
mort (le la société raisonnable, la honte de la modestie et de la vertu? Ne vo^ez-vous pas, railleurs à outrance, que d'opprobres et quelle risée vous avez causés au divin Jésus, et ne craignez-vous pas de renouveler ce qu'il y a de plus amer dans sa Passion?
Mais vous, esprits ombrageux, qui faites les importants et qui croyez vous faire valoir par votre délicatesse et par vos dédains ', dans quel abîme de confusions a été ploni^é le divin Jésus par cette superbe sensibilité? Pour expier votre orgueil et votre dédain, il faut que son supplice, tout cruel C{u'il est, soit encore beaucoup plus infâme : il faut que ce Roi de gloire soit tourné en ridicule de toute manière, par ce roseau, par cette couronne et par cette pourpre; il faut que l'insulte de la raillerie le poursuive jusque sur la croix et dans les approches mêmes de la mort ; et enfin qu'on invente dans sa Passion une nouvelle espèce de comédie, où tout c>.t plein ■ de sang.
. Mes Frcrcfi, dit le saint Apôtre ^, nous sommes baptisés en sa mort ; et, puisque sa mort est infâme, nous sonnnes baptisés en sa confusion ; nous avons pris sur jious par le saint baptême toute cette dérision et tous ces opprobres. Eh quoi ! tant de honte, tant d'ignominie, tant d'étranges dérisions, dans lesquelles nous sonnnes plongés par le saint baptême, ne seront-elles pas capables d'étouffer en nous les cruelles délicatesses du faux point d'iioinicur^ ? Et sera-t-il dit que des chrétiens innnoleront encore à cette idole et tant de sang et tant d'âmes que Jésus-Christ a rachetées? Ha! Sire, continuez à seconder Jésus-Christ pour empêcher cet opprobre de son Église et cet outrage public qu'on fait à l'ignominie de sa croix.
Je voulais encore vous représenter ce que font les indifférents ; et je vous dirai, en un mot, qu'entraînés i)ar
1. Piemicre réiJadion : par vos étaient autographes) — teintes (Je cié<1ain?, et par votre superbe sensi- sang, dont la catastrophe soit tonte bilité, — Édit. Gazier : insensibilité. traj^iqne. — Catcisfrop/ie a été con-
2. Édit. : (sauf Icdition Gazier) : damné d'abord et a entraîné la conleint de sang. — Il y a plein et non danmiition de tout le reste.
?<i»i/, dan? la surcharge autographe, S. Rom., vi, 3.
écrite an crayon. — Var. (effacée) : 4. Première iàlficrton:ci'>ii\c]n-.\ii^'-
dont toutes les plaisanteries soient, ses d"lionnenr. — Lesnwts (|ni HifVc-
[pour ainsi dire], — (ces trois mots rent de cet te leçon «ont autographe».
la fureur, qui est toujours la plus violente, ils prennent le parti des ennemis. Ainsi les Romains, que les promesses du Messie ne regardaient pas encore, à qui sa venue et son Évangile étaient alors indifférents ^, épousent la querelle des Juifs passionnés; et c'est l'un des effets les plus remarquables de la malignité de l'esprit humain, qui, dans le temps où il est, pour ainsi parler, le plus balancé par l'indifférence", se laisse toujours gagner plus facilement par le penchant de la haine. Je n'ai pas assez de temps pour peser cette circonstance; mais je ne puis omettre en ce lieu ce que souffre le divin Sauveur par l'ambition et la politique du monde, pour expier les péchés que fait faire la politique.
Toujours, si l'on n'y prend garde, elle condamne la vérité, elle affaiblit et corrompt malheureusement les meilleures intentions. Pilate nous le fait bien voir, en se laissant lâchement surprendre aux pièges que tendent les Juifs à son ambition tremblante.
Ces malheureux savent joindre si adroitement à leurs passions les intérêts de l'État, le nom et la majesté de César, qui n'y ])ensait pas, c[ue Pilate, reconnaissant l'innocence et toujours prêt à l'absoudre, ne laisse pas néanmoins de la condamner. Oh ! que la passion est hardie, quand elle peut prendre le prétexte du bien de l'Etat! Oh ! que le nom du Prince fait souvent des injustices et des violences qui feraient horreur à ses mains, et dont néanmoins quelquefois elles sont souillées, parce qu'elles les appuient, ou du moins qu'elles négligent de les réprimer! Dieu préserve de tels péciiés le plus juste de tous les rois, et que son nom soit si vénérable, qu'il soit toujours si saintement et si respectueusement ménagé, que, bien loin d'opprimer personne, il soit l'espérance et la protection de tous les opprimés, jusc[u'aux provinces les plus éloignées de son empire !
Mais reprenons le fil de notre discours, et admirons ici, Chrétiens, en Pilate la honteuse et misérable fai-
1. Ces mots, depuis (( que les pro- fographo) : ;'i qui le ^lessic et les
)nt>=:ses, y> sont une correction, inter- promesses étaient indifférents,
linéaire d'abord, puis marginale. — 2. fremiiu-c rédaction (leçon du
Copie: à qui Jé!>r s-Christ et son copiste) : d^n^ In plus srrand balan-
EvHUgile devaient être dans l'indif- cernent de rinditToreuce. ff'rence. — Première correction (au-
3f»i CARKME nu rOTVRR
blesse d'une vertu mondaine et politique. Pilate avait tjuelque probité et quelque justice ; il avait même quel- (.[ue force et quelque vigueur : il était capable de résister aux persuasions des pontifes et aux cris d'un peuple mutiné. Combien s'admire la vertu mondaine, quand elle peut se soutenir en de semblables rencontres! Mais voyez que la vertu même, quelque forte qu'elle nous paraisse, n'est pas digne de porter ce nom, jusqu'à ce qu'elle soit capable de toute sorte d'épreuves. C'était beaucoup, ce semble, à Pilate d'avoir résisté à un tel concours et à une telle obstination de toute la nation judaïque, et d'avoir pénétré leur envie cachée, malgré tous leurs beaux prétextes; mais, parce qu'il n'est pas capable de soutenir le nom de César, qui n'y pense pas, et qu'on oppose mal à propos au devoir de sa conscience, tout l'amour de la justice lui est imitile, sa faiblesse a le mênie eflfet qu'aurait la malice ; elle lui fait flageller, elle lui fait condamner, elle lui fait crucifier l'innocence même; [ce] qu'aurait pu faire de pis une iniquité déclarée, la crainte le fait entreprendre à un homme qui paraît juste. Telles sont les vertus du monde : elles se soutiennent vigoureusement jusqu'à ce qu'il s'agisse d'un grand intérêt ; mais elles ne craignent point de se relâcher pour faire un coup d'importance. O vertus indignes d'un nom si auguste! ô vertus, qui n'avez rien par-dessus les vices, qu'une faible et misérable apparence !
Qu'il me sériait aisé. Chrétiens, de vous faire voir en ce lieu que la plupart des vertus du monde sont des A'ertus de Pilate, c'est-à-dire un amour imparfait de la vérité et de la justice ! On les estime, on en parle, ou en veut savoir les devoirs, mais faiblement et nonchalannnent. On demande, à la façon de Pilate : Qu'est-ce que la vérité^? et aussitôt on se lève sans avoir reçu la réponse. C'est assez qu'on s'en soit enquis en passant, et seulement pour la forme ; mais on ne veut pas j)énétrer le fond. Ainsi l'on ignore la vérité, ou l'on ne la ^^ai^ qu'à demi ; et la savoir à demi, c'est pis que de l'iuiiorer toute entière, parce (]ue cette connaissance