‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 302 sur 552 · JoAn.. XVIII, 3ii · texte numérisé non relu

JoAn.. XVIII, 3ii

rOUR I.E VENDREDI SAINT. 305

imparfaite fait qu'on pense avoir accompli ce qui souvent n'est pas commencé. C'est ainsi qu'on vit dans le monde ; et, manque de s'être affermi dans un amour constant de la vérité, on étale magnifiquement une vertu de parade dans de faibles occasions, qu'on laisse tout à coup tomber dans les occasions importantes.

Jésus donc, étant condamné par cette vertu imparfaite, nous apprend à expier ses défauts et ses faiblesses honteuses. \ ous avez vu, ce me semble, toute la malignité de la créature assez clairement déchaînée contre Jésus-Christ; vous l'avez vu accablé par ses amis, par ses ennemis, par ceux qui, étant en autorité, devaient protection à son innocence, par l'inconstance des uns, ])ar la cruelle fermeté des autres, par la malice consommée et par la vertu imparfaite. Il n'oppose rien à tous ces insultes ^ qu'un pardon universel, qu'il accorde à tous et qu'il demande pour tous : Pcrc, dit-il, par- (lonncz-Jcur, car Us ne savent pas ce qiril-s font^. Non content de pardonner à ses ennemis, sa divine bonté les excuse; elle jilaint leur ignorance plus qu'elle i>e blâme leur malice ; et, ne pouvant excuser la malice même, elle donne tout son sang pour l'expier. A la vue d'un tel excès de miséricorde, y aura-t-il quelque âme assez dure pour ne vouloir pas excuser tout ce qu'on nous a fait souffrir par faiblesse, pour ne vouloir pas pardonner tout ce qu'on nous a fait souffrir par malice? Ha ! pardon, mes Frères, pardon, grâce, miséricorde, indulgence en ce jour de rémission ! et que personne ne laisse passer ce jour sans avoir donné à Jésus quehjue injure insigne, et pardonné pour l'amour de lui quelque offense capitale.

Mais, au sujet de ces haines injustes, je me souviens, Chrétiens, que je ne vous ai rien dit dans tout ce discours de ce (jue l'amour déshonnête avait fait souffrir au divin Jésus. Toutefois, je ne crains point de le dire, aucun crime du genre humain n'a plongé son âme innocente dans un plus grand excès de douleurs. Oui, ces passions ignominieuses font souffrir à notre Sauveur une confusion qui l'anéantit. C'est ce qui lui fait dire à son Père : 7't/ scis iin})roi}criiiiit [incinn^ '. Ce trouble (jui

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