‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 315 sur 552 · Joan., V, 35. IV, u · texte numérisé non relu

Joan., V, 35. IV, u

«a discrétion, son courage et sa patience. Mais, quoique les autres choses que j'ai à vous dire ne me laissent pas le loisir d'entrer bioi avant dans cette matière, je ne dois pas omettre en ce lieu qu'il a été longtemps confesseur de feu Monseigneur le duc d'Orléans, de glorieuse mémoire' . ("est une marque de son mérite d'avoir été appelé à un tel emploi après cet illustre Père Charles de Condren, dont le nom inspire la piété, dont la mémoire, toujours fraîche et toujours récente, est flouce à toute l'Ëglise comme une composition de parfums. Mais quelle a été la conduite de son successeur dans cet emploi délicat ? N'entrons jamais dans ce détail; honorons par notre silence le mystérieux secret que Dieu a imposé à ses ministres. Contentons-nous de savoir fju'il y a des plantes tardives dans le jardin de l'Époux ; que, pour en voir la fécondité, les directeurs des consciences, ces laboureurs spirituels, doivent attendre avec patience le fruit précieux de la terre, comme parle l'apôtre saint Jacques^ ; et qu'enfin le Père lîourgoing a eu cette singulière consolation, qu'il n'a pas attendu en vain, (ju'il n'a pas travaillé inutilement, la terre qu'il cultivait lui ayant donné avec abondance des fruits de bénédiction et de grâce. Ha ! si nous avons un cœui- chrétien, ne passons pas cet endroit sans rendre à Dieu de justes louanges pour le don inestimable de sa clémence, et prions sa f)onté suprême (pi 'elle fasse souvent de pareils miracles : (iratids Dca ^upcr incnarrahill âono ejtis ^.

Rendons grâces aussi, Chrétiens, à cette même boulé, par Jésus-Christ \otre-Seigneur, de ce qu'elle a fait paraître en nos jours un prêtre si saint, f]u'on a vu aijporter persévérannnent l'innocence à l'autel, le /Mo à la chaire, l'assiduité à la prière, une patience vio()ureuse dans la conduite des âmes, une ardeur infatigal)le à toutes les affaires de l'Éulise. Il ne vit (|ue ]iour l'Église, il ne respire que l'Église : il veut non seulement tout consacrer, mais encore tout sacrifier aux iiiti'rêls

1. Formule officielle. Gaston d'Or- entendre discrètement, dan? ce qui

léans n'obtiendra pas semblable suit, que ce prince avait eu besoin

nloge. tanr i-'en tant, dans l'iiistoire. de conversion.

Mais ce n'était pas le moment, deux 2. Jacob., y. T.

ans après sa mort, d'en parler avec 3. II Cor., ix, 15. sévérité. L'orateur, du reste, laisse

i)T' n. V. lioriicoiNG. 413

de rÉgliïie, sa pei'somie, ses fVères, sa congrégation. Il l'a ùoiivernée en cet esprit durant Tesipace de vingt et un ans; et comme toute la conduite de cette sainte compagnie consiste à s'attacher constanunent à la conduite fie l'Ëglise, à ses évêques, à son chef visible ^, je ne croirai pas nr éloigner de la suite de mon discours, si je trace ici, en peu de paroles, comme un plan de la sainte Ëglise selon le dessein éternel de son divin architecte. Je vous demande, Messieurs, que vous renouveliez vos attentions.

Vous comprenez, mes Frères, par tout ce que j'ai déjà dit, que le dessein de Dieu dans l'établissement de son l^glise est de faire éclater par toute la terre le mystère de son unité, en laquelle est ramassée toute sa grandeur. C'est pourquoi le Fils de Dieu est venu au monde, et le Verbe a été fait chair, ci il a daigné liabiter en nous, et nous l'avons vu parmi les Jiommes plein de grâce et de vérité ' : afin que, par la grâce qui unit, il ramenât tout le genre humain à la vérité, qui est une. Ainsi, venant sur la terre avec cet esprit d'unité, il a voulu ciue tous ses disciples fussent unis, et il a fondé son Église unique et universelle, « afin rjue tout y fût consommé et réduit en un : Ut sint consinnniati in nniim, » comme il le dit lui-même dans son Ëvangile '\

Je vous le dis. Chrétiens, c'est ici en vérité un grand uiiistcre en Jésus-Cîirist et en son Église'^. « Il n'y a qu'une colombe et une parfaite : Vna est cohtmha mea, pcrfccta mea ^ )> ; il n'y a qu'une seule Épouse, qu'une seule Église catholique, qui est la mère commune de tous les fidèles. Mais comment est-elle la mère de tous les fidèles, puisqu'elle n'est autre chose ciue l'assemblée <le tous les fidèles ? C'est ici le secret de Dieu. Toute la grâce de l'Église, toute l'efficace du Saint-Esprit est dans l'unité : en l'unité est le trésor, en l'unité est la

1. Eloge dans lequel on voit ner son discours à les combattre,

poindre la leçon. Cet esprit aurait dans le second point. (In en effet rtjgner universellement 2. Joan.. I, 14.

dans l'Oratoire. Il n'en était pas o. /ô/rf.. x vu. 23.

ainsi, et déjà s'étaient manifestées 4. Ephes., v, 32.

les tendances contraires qui de- 5. Cant., VJ, 8.

vaient préval ir. Boa net va tour-

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vie; hors de Tunité, est la mort certaine. I/Ëulise donc est une; et, par son esprit d'unité catholique et universelle, elle est la mère toujours féconde de tous les particuliers qui la composent. Ainsi, tout ce ciu'elle engendre, elle se l'unit très intimement ; en cela dissemblable des autres mères, qui mettent hors d'elles-mêmes les enfants qu'elles produisent : au contraire, l'Église n'engendre les siens qu'en les recevant en son sein, qu'en les incorporant à son unité. Elle croit entendre sans cesse, en la personne de saint Pierre, ce commandement qu'on lui fait d'en haut : « Tue et mange, unis, incorpore : Occide et manduca ' ; » et se sentant animée de cet esprit unissant, elle élève la voix nuit el jour pour appeler tous les hommes au banquet où tout est fait un. Et lorsqu'elle voit les hérétiques qui s'arrachent de ses entrailles, ou plutôt qui lui arrachent ses entrailles mêmes, et qui emportent avec eux en la déchirant le sceau de son unité, qui est le baptême, conviction visible de leur désertion, elle redouble son amour maternel envers ses enfants qui demeurent, les liant et les attachant toujours davantage à son esprit d'unité : tant il est vrai qu'il a plu à Dieu que tout concourût à l'œuvre de l'unité sainte de l'Église, et même le schisme, la rupture •t la révolte !

Voilà donc le dessein du grand architecte, faire régner l'unité en son Église et par son Église : voyons maintenant l'exécution. L'exécution, Chrétiens, c'est l'établissement des pasteurs. Car, de crainte que les troupeaux, errants et vagabonds, ne fussent dispersés deçà et delà. Dieu établit les pasteurs pour les rassembler. Il a donc voulu imprimer dans l'ordre et dans l'office des pasteurs le mystère de l'unité de l'Église; et c'est en ceci que consiste la dignité de l'épiscopat. Le mystère de l'unité ecclésiastique est dans la personne, dans le caractère, dans l'autorité des évêques. En effet, Chrétiens, ne voyez-vous pas qu'il y a plusieurs prêtres, plusieurs ministres, plusieurs prédicateurs, plusieurs docteurs ; mais il n'y a qu'un seul évêque dans un diocèse et dans une Église. Et nous apprenons de l'histoire

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