‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 316 sur 552 · DV R. P. BOURGOING · texte numérisé non relu

DV R. P. BOURGOING

ecclésiaslique que, lorsque les factieux entreprenaient de diviser l'épiscoijat, une voix commune de toute l'Ë^ll-^e et de tout le peuple fidèle s'élevait contie eet attentat sacrilège par ces paroles remarquables : « T/n Dieu, un Christ, un évêque : Uniis Deus, unus Cliristus, uniis episcopus ^ ». Quelle merveilleuse association, un Dieu, un Christ, un évêque! un Dieu, principe de l'unité ; mi Christ, médiateur de l'unité; un évêque, marquant et représentant en la singularité de sa charge le mystère de l'unité de l'Église. Ce n'est pas assez, Chrétiens : chaque évêque a son troupeau particulier. Parlons plus correctement : les évêques n'ont tous ensemble cju'un même troupeau, dont chacun conduit une partie inséparable du tout ; de sorte qu'en vérité tous les évêques sont au tout et à l'unité, et ils ne sont partagés que pour la facilité de l'application. Mais Dieu, voulant maintenir parmi ce partage l'unité inviolable du tout, outre les pasteurs des troupeaux particuliers, il a donné un père commun, il a préposé un pasteur à tout le troujjeau, afin que la sainte Ëglise fût une fontaine scellée par le sceau d'une parfaite unité, et « qu'y ayant im chef établi, l'esprit de division n'y entrât jamais : Ut capite constituto scli'mnatis toUcrctur occasîo'. » Ainsi, Notre-Seigneur Jésus-Christ voulant commencer le mystère de l'unité de son Église, il a séparé les apôtres du nombre de tous les disciples ; et ensuite, voulant consommer le mystère de l'unité de l'Ëglise, il a séparé l'apôtre saint Pierre du milieu des autres apôtres. Pour commencer l'unité, dans toute la multitude il en choisit douze; pour consommer l'unité, ]iarmi les douze il en choisit un. En commençant l'unité, il n'exclut pas tout à fait la pluralité: Comme le Père m'a envoyé, ain<<i. dit-il % je vous etivoie. Mais, poin- conduire à la perfection le mystère de l'unité de son Église, il ne parle pas à plusieurs ; il désigne saint Pierre personnellement, il lui donne un nom particulier : Et moif dit-il \ je te cHk à toi: Tu es Pierre ; et, ajoute-t-il, mr celte pierre je bâtirai mon Église; et, conclut-il, les

1. Cornel., Episf. ad Cypr., ap. 2. i^. Hieron., adi\ Jovin., lib. I,

Cypr., Ep. XLVi. — Theodoret, :?. Joan., xx, 21.

Hht. Ecoles., lib. II, cap. Xiv. 4. Matth., xvi, 18.

portes d'enfer ne prévaudront point contre elle: afin que nous ejitendions que la police, le gouvernement et toute l'ordonnance de rËglise se doit enfin réduire à l'unité seule, et que le fondement de cette unité est et sera éternellement le soutien inimo])ile de cet édifice.

Par conséquent, Chrétiens, quiconque aime l'Ëglise doit aimer l'unité; et quiconque aime l'unité doit avoir une adhérence immuable à tout l'ordre épiscopal, dans lequel et par lequel le mystère de l'unité se consomme, pour détruire le mystère d'iniquité, qui est l'œuvre de j'éhellion et de schisme. Je dis : à tout l'ordre épiscopal : au pape, chef de cet ordre et de l'É<)lise universelle; aux évêcjues, chefs et pasteurs des Églises particulières. Tel est l'esprit de l'Église ; tel est principalement le devoir des prêtres, qui sont établis de Dieu pour être coopérateurs de l'épiscopat. Le cardinal de liéruUe, [)lein de l'esprit de l'Église et du sacerdoce, n'a formé sa congrégation que dans la vue de ce dessein ; et le Père François Bourgoing l'a toujours très saintement gouvernée dans cette même conduite.

Soyez ^ bénie de Dieu, sainte Compagnie ; entrez de plus en plus dans ces sentiments : éteignez ces feux de division, ensevelissez sans retour ces noms de parti. I-aissez se débattre, laissez disputer et languir dans des cjuestions ceux qui n'ont pas le zèle de servir l'Église : d'autres pensées vous appellent, d'autres affaires demandent vos soins. Employez tout ce c^ui est en vous d'esprit, et de cœur, et de lumière, et de zèle, au réta- ])lissement de la discipline, si horriblement dépravée et dans le clergé et parmi le peuple.

Deux choses sont nécessaires à la sainte Église : hi pureté de la foi et l'ordi'e de la discipline. La foi est toujours sans tache, la discipline souvent chancelante. D'où vient cette différence, si ce n'est que la foi est le fondement, lequel étant renversé, tout l'édifice tomberait par terre ? Or, il a plu à notre Sauveur, C|ui a établi son Église comme un édifice sacré, de permettre que, pour exercer le zèle de ses ministres, il y eût tou-

1. Cet alinéa et les premières li- fragment autograplie conservé à la gnes dii suivant jusqu'à : ti ce n'est Bibliothèque d'Avignon. que (la foi, etc.) se lisent dans un

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jours, à la vérité, quelques réfections à faire dans le corps du bâtiment, mais que le fondement fût si ferme que jamais il ne pût être ébranlé : }>arce que les hommes peuvent bien, en quelque sorte, contribuer par sa grâce à faire les réparations de l'édifice, mais qu'ils ne pourraient jamais le redresser de nouveau, s'il était entièrement abattu ^ Il faudrait que le Fils de Dieu vînt encore au monde; et comme il a résolu de n'y venir qu'une fois, il a fondé son temple si solidement, qu'il n'aura jamais besoin qu'on le rétablisse, et qu'il suffira seulement qu'on l'entretienne.

Qui pourrait assez exprimer quel était le zèle du Père Bourgoing, pour travailler à ce grand ouvrage ? Il regardait les évêques comme ceux qui sont établis de Dieu pour faire vivre dans le peuple et dans le clergé la discipline chrétienne. Il révérait dans leur ordre la vigueur et la plénitude d'une puissance céleste, pour réprimer la licence et arrêter le torrent des mauvaises mœurs, qui, s'enflant et s'élevant à grands flots, menace d'inonder toute la face de la terre. Non content d'exciter leur zèle, il travaillait nuit et jour à leur donner de fidèles ouvriers. Sa compagnie lui doit le dessein d'avoir des institutions ecclésiastiques pour y former de saints prêtres, c'est-à-dire donner des pères aux enfants de Dieu. Et il ne faut pas sortir bien loin pour voir des fruits de son zèle. Allez à cette maison où reposent les os du grand saint Magloire : là, dans l'air le plus pur et le plus serein de la ville, un nombre infini d'ecclésiastiques respire un air encore plus pur de la discipline cléricale. Ils se répandent dans les diocèses, et portent partout l'esprit de l'Église; c'est l'effet des soins du Père Boui-going. Mais pourquoi vous ^ parler ici d'un séminaire particulier ? Toutes les maisons de l'Oratoire n'étaientelles pas, sous sa conduite, autant de séminaires des évêques ? Il professait hautement que tous les sujets de sa compagnie étaient plus aux prélats qu'à la compagrn'e ; et avec raison, Chrétiens, puisque la gloire de la compagnie, c'est d'être toute entière à eux. pour être pas eux toute entière à l'Église et à Jésus-Christ.

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