‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 317 sur 552 · Mot omis par Batterel, ou · texte numérisé non relu

Mot omis par Batterel, ou

Strmons de Bossuet. — IV. 21

418 ORAISON FUNÈBRF

■ De là, vous pcniv^'z comiaîti-e combien ceUe compagnie est redevahle aux soiii« de ^oii général, qui i<avait ï^i bien coiiservei- en elle resi)rit de son institut, c'est-à-dire l'esprit primitif de la cléricature et du sacerdoce. Il en était tellement rempli qu'il en animait tous ses frères ; et ceux qui auraient été assez insensibles ],our ne se pas rendi-e à ses paroles auraient été forcés oc céder à la force toute-puissante de ses exemples. Et en effet, Chrétiens, quel autre était i^lus capable de leur inspirer l'esprit d'oraison que celui qu'ils voyaient toujours le i>lus assidu à ce divin exercice ? Qui pouvait plus puissamment enflannner leurs cœurs à travailler sans relâche pour les intérêts de l 'Église que celui dont les maladies n'étaient pas capables d'en ^ ralentir l'action ? ce grand honmie ne voulant pas, autant qu'il ])ouvait, qu'il fût tant permis aux infirmités [que] d'interrompre " les occupations d'un prêtre de Jésus-Christ. Qui a pu leur enseigner yjlus utilement à conserver parmi les emi^lois une sainte liberté d'esprit que celui qui s'est montré dans les plus urands embarras autant paisible, autant dégagé qu'agissant et infatigable ? Enfin, de qui pouvaient-ils apprendre avec plus de fruit à dompter par la pénitence la délicatesse des sens et de la nature que de celui qu'ils ont toujours vu retrancher de son sommeil malgré son besoin, endurer la j'igueur du froid malgré sa vieillesse, continuer " fses jeûnes malgré ses travaux, enfin affligei- son corps par toutes sortes d'austérités malgré ses infirmités corporelles ?

O membres tendi*es et délicats, si souvent couchés sur la dure ! 0 gémissements ! ô cris de la nuit, pénétrant les nues, perçant jusqu'à Dieu! O fontaines de larmes, sources de joie! O admirable ferveur d'esprit, et prière continuelle ! O âme qui soutenait le corps presque sans aucune nourriture, ou plutôt, ô corps contraint de mourir avant la mort même, afin que l'âme fût en liberté ! O appât du plaisir sensible et goût du fruit défendu, surmonté par la continence du Père Bourgoing ! O Jésus-

1. Batterel : de ralentir. — Il ne 2. Batterel : qu'elle? pussent in-

paraît pas probable cependant que terrompre.

cette construction archaïque soit de 3. A'ar. : prolonger, l'invention des éditeurs.

Dr n. r. no[RGOiNT.. 419

Christ! 6 sa mort ! ô son anéantissement et sa croix, honorés par sa pénitence ! Plût à Dieu que, touché d'un si saint exemple, je mortifie mes membres mortels, et que je commence à marcher par la voie étroite, et que je m'ensevelisse avec Jésus-Christ, pour être son cohéritier !

Car ciue faisons-nous. Chrétiens, que faisons-nous autre chose, lorsque nous flattons notre corps, que d'accroître la proie de la mort, lui enrichir son butin, lui engraisser sa victime ? Pourquoi m'es-tu donné, ô corps mortel, fardeau accablant, soutien nécessaire, ennemi flatteur, ami dangereux, avec lequel je ne puis avoir ni guerre ni paix, parce qu'à chaque moment il faut s'accorder, et à chacjue moment il faut rompre ? 0 inconcevable union, et aliénation non moins étonnante ! « .Malheureux homme cjue je suis ! qui me délivrera de ce corps mortel ? Infeli.v ego hoino ! quis me liberahit de corpbre mortis lui jus ^ » ? Si nous n'avons pas le courage d'imiter le Père Bourgoing dans ses austérités, pourquoi flattons-nous nos corps, nourrissons-nous leurs convoitises par notre mollesse, et les rendons-nous invincibles par nos complaisances ?

Se peut-il faire, mes Frères, cjue nous ayons tant d'attache à cette vie et à ses plaisirs, si nous considérons attentivement combien est dure la condition avec laquelle on nous l'a prêtée ? La nature, cruelle usurière, nous ôte tantôt un sens et tantôt un autre. Elle avait ôté l'ouïe au Père Bourgoing, et elle ne mancjue pas tous les jours de nous enlever quelque chose, comme pour l'intérêt de son prêt, sans se départir pour cela du droit, qu'elle se réserve, d'exiger en toute rigueur la sonnne totale à sa volonté. Et alors où serons-nous ? que deviendrons-nous ? dans quelles ténèbres seronsnous cachés ? dans C[uel gouffre serons-nous perdus ? Il n'y aura plus sur la terre aucun vestige de ce que nous sonunes. « La chair changera de nature, le corps prendra un autre nom ; même celui de cadavre, dit Tertullien, ne lui demeurera pas longtemps; il deviendra un je ne sais quoi, qui n'a point de nom dans aucune lan-

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