‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 344 sur 552 · Ri.m., H. î. ti. /Je Spect.. n. Ut · texte numérisé non relu

Ri.m., H. î. ti. /Je Spect.. n. Ut

SUR LA FEMME ADII TKRE. 451

cachées et douteuses ? A (|uul pensons-nous, mes Frères, de nous déchirer niutuellenient par tant de soupçons injustes ? Hélas ! que le genre humain est malheureusement curieux ! Chacun veut voir ce qui est caché et juger des intentions. Cette humeur curieuse et précipitée fait que ce qu'on ne voit pas, on le devine ; et comme nous ne voulons jamais nous tromper, le soupçon devient bientôt une certitude, et nous appelons conviction ce qui n'est tout au plus qu'une conjecture. Mais c'est l'invention de notre esprit, à laquelle nous applaudissons et que nous accroissons sans mesure. Que si, parmi ces soupçons, notre colère s'élève, nous ne voulons plus l'apaiser, parce que « nul ne trouve sa colère injuste : NiiUi irascenti ira sua videtur injusta ^ )>. Ainsi l'inquiétude nous prend, et par cette inquiétude, nourrie par nos défiances, souvent nous nous battons contre une ombre, ou plutôt l'ombre nous fait attaquer le corps. Nous frappons, de peur d'être prévenus ; nous vengeons une offense qui n'est pas encore : Ipsa soUîcitudinc priiis inaliun facitmis quam pntiniur^. [p. 14] \'o3ez le progrès de l'injustice. Mon Dieu, je renonce devant vous à ces dangereuses subtilités de notre esprit qui s'égare. Je veux ap]')reiiflie de votre bonté et de votre sainte justice à ne jjrésumer pas aisément le mal, à voir et non à deviner, à ne ])récipiter pas mon jugement, mais à attendre le vôtre.

Vous me dites que, si j'agis de la sorte, je serai la dupe publique, trompé tous les jours mille et mille fois. Et moi, je vous réponds à mon tour : Eh quoi ! ne craignezvous i)as d'être si malheureusement ingénieux à vous jouer de l'honneur et de la réputation de vos sembla])les ? .J'aime beaucoup mieux être trompé que de viv?-e éternellement dans la défiance, fille de la lâcheté et mère de la dissension. Laissez-moi errer, je vous prie, de cette erreur innocente, que la prudence, que l'humanité, que la vérité même m'inspire : car la prudence m'enseigne à ne précipiter pas mon jugement, l'iiumanité n) 'ordonne de présumer plutôt le bien que le mal, et la vérité même m'apprend de ne m'abandonner

1. S. Aug., Epi.<f. xxxviir, n. 2. 2. Td., Serm. cccvi. n. 10. — Ms^,:

— Ms. ; Gemini ira fua... De dieerf., cxil (ordre ancien^.

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pas témérairement à condamner les coupables, de peur que, sans y penser, je ne flétrisse les innotentb par une condamnation injurieuse \

Second Point.

[P. i]Il pourrait sembler, Chrétiens, que c'est presser trop mollement cette pécheresse à se censurer elleîTiême, que de lui ordonner simplement de ne pécher j)lus, et la traiter cependant avec une telle indulgence ; mais il faut vous faire comprendre qu'il n'y a rien de plus efficace pour rappeler une âme étonnée au sentiment de ses crimes.

Nous pouvons voir nos péchés ou dans la justice de Dieu, ou dans ses miséricordes et dans les trésors de ses bontés infinies. Je soutiens, et il est vrai, que, si la justice nous les fait voir d'une manière plus terrible, la bonté nous les fait sentir d'une manière plus vive et plus pénétrante. Nos péciiés sont contraires, je vous l'avoue, à la justice de Dieu qui les punit; mais ne le sont -ils pas beaucoup plus à la bonté de Dieu qui les efface ? Que faites^vous, ô justice ? \'ous laissez le crime, et vous y ajoutez la peine. Mais vous, ô bonté, ô miséricorde, vous ôtez tout ensemble la peine et le crime ; et, en pardonnant au pécheur, vous portez au fojul de son cœur, par votre ir.dulgence, la lumière la l)lus perçante pour confondre son ingratitude.

La justice tonne et foudroie : que fait-elle par ses foudres et \M\r son tonnerre ? Elle remplit Tiniagination de [p. Il] la terreur de la peine. La ])onté va bien plus avant, qui, par ses facilités et ses compassions, fait sentir au dedans l'horreur de la coulpe ". Au milieu du bruit que fait la justice, le cœur troublé se resserre '. Le mouvement dans la crainte : il se trouble, et à peine se sent-il lui-même : il se resserre en lui-même, il vou-

1. Renvoi à un sermon perdu du 3. rremiire rédacl'inn : ... sp rcs- Carême de lt)62 : « V^ov- Lourrt, .3<= serre, et à peine se sent-il lui int'ine. semaine. 3« sermon, 2«^ point, p. IX. » Les do'.iceiirs de la bonté dilatent ...

2. Édit. : faute. — Ce mot, ''crit en — (lîepiis en in-irge, pour insister, surcharge, devrait en effet être pré- en d'rveloppant.) - Ce passage est féré,s'il n'était supprimé par un trait. d'une iiuprprétarion difficile ; et Bossuet apeiisé que le terjne théoîo- notri- éd.tion dififère ici des précégique serait conipiis de sts auditeurs. dente.-?.

drait se cacher à ses propres yeux ; il fuit de toute sa force la colère c/ui le poursuit ; et, pour fuir plus précipitément \ il [voudrait] pouvoir se séparer de soimême, parce qu'il trouve toujours dans son fond un Dieu vengeui-. Les douceurs de la bonté dilatent le cœur, pour recevoir les impressions du Saint-Esprit: tout s'épanche, tout se découvre, et jamais on ne sent mieux son indignité que lorsqu'on se sent prévenu par une telle profusion de grâces.

Quand Joseph se découvrit à ses frères, et qu'il leur dit ces paroles : Je suis Joscpli, votre frère, que vous avez vendu en Égijptc, ils furent saisis d'j/jie grande horreur ^ ; ils sentirent bien qu'ils avaient mal fait de le livrer de la sorte. Mais lorsqu'il commença non seulement à les rassurer, [mais] à les excuser ', et qu'il leur dit ces paroles: H cl ne vous affligez pas de m'' avoir vendu : ce n\t pas tant été par votre malice que par un conseil de Dieu, qui voulait vous préparer ici un libérateur par une telle aventure * ; et lorsqu'il les embrassa, « et qu'il pleura sur chacun d'eux en particulier : et ploravit super singulos ^ », ha! les reproches les plus sanglants qu'il aura[it] pu inventer contre eux, n'eussent pas été capable [s] de les faire entrer dans le sentiment de leurs crimes à l'égal de ces larmes, de cette tendresse, de ces embrassements imprévus d'un frère si outragé, et néanmoins si tendre et si bienfaisant *".

Il en est de même [p. in] de notre grand Dieu. Qu'il tonne, qu'il menace et qu'il foudroie, qu'il crie à mon âme étonnée, par la bouche de son prophète : « 'l'u m'as quitté, infidèle, tu t'es abandonnée à tous les passants, épouse volage et parjure : Tu autem fornicata es cuni amatorihus muUis ' », j'entre, à la vérité, dans le sentiment de mes horribles infidélités. Mais lorsqu'il ajoute après: Toutefois retourne à moi, et je te recevrai, dit le Seigneur ; c'est ce qui achève de percer

L Précipitèmertt. Taugelas juge t. Gen., xi,v, 5-8.

ce mot moins bon que précipitam- 5. Ihid., 15.

ment. , t>. Var. : si bon et si tendre. —

2. Gen., xr,v, 3, 4. Edit. : .«i bon, si tendre et si bienfai-

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