‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 362 sur 552 · Le rc.-lt' de l'exorde cst moins · texte numérisé non relu

Le rc.-lt' de l'exorde cst moins

soumission ; plus illustre sans comparaison par le dé?ir de cacher toutes ses vertus ((ue par le soin de les acquérir et la îçloire de les posséder. Enfin, pour réduire ce discours à quelque méthode, et vous déduire par ordre les mystères qui sont compris dans ce mot évanoélique de « trésor caché, » vous verrez. Messieurs, dans le premier point de ce discours, les richesses immenses et inestimables qui sont renfermées da'is ce trésor ; et vous admirerez dans le second l'enveloppe mystérieuse et plus ï-iche que le trésor même, dans laquelle il nous l'a caché. \ oilà l'exemple que je vous propose ; voilà le témoigna£;e saint et véritable que je rendrai aujourd'hui, devant les autels, au mérite d'un si grand homme. J'en prends à témoin ce grand prélat ^, sous la conduite du- (juel cette grande maison i)ortera sa réputation ^. Il a voulu paraître à l'autel ; il a voulu offrir à Dieu son sacrifice pour lui. C'est ce grand prélat que je prends à témoin de ce que je vais dire; et je m'assure, Messieurs ^, que vous ne me refuserez pas vos attentions.

Ce que "* Jésus-Christ Notre-Seigneur a été naturellement et i)ar excellence, il veut bien que ses serviteurs le soient par écoulement de lui-même et par effusion de sa grâce. S'il est docteur du monde, ses ministres en font la fonction ; et comme, en qualité de docteur du monde, en lui, dit l'Apôtre^, ont été cachés les trésors (le science et de sagesse, ainsi il a établi des docteurs, f|u'il a l'emplis de grâce et de vérité, pour en enrichir ses fidèles; et ces docteurs, illuminés par son Saint-

1. La Mothc-Houdancourt, an- fJ/dîMo/rc,*, édit. Gaziei, Paris, 1010, cien évêquc de. Rennes, grand pro- in-8, t. VJ. p. 290).

vis-eur de Navarre, et premier aumo- 3. Parmi le? auditeur? se trou-

nier d'Anne d'Autriche. Il venait vaient, avec Péréfixe, archevêque

d'être nommé ( 1 juillet 1662) à l'ar- nommé de Paris, les évèques du

cbevfjché d'Auch. Puy, de Laon, de Soi.=.-ons. de

2. Texte arrangé maladroitement: Chartres, de Châlons, de Lisieus, de <( un Pi.9'"aH«/ homme : ce.i/rajid pré- Rennes, de Valence et de Laraur, lat : cette (/twiiie maison...;)) et les abbés de î"oix. d'Hocquincourt, encore « ce ijrand prélat. » Ce n'est de Chavigny. de Coislin, etc.

pas là le grand vovtpl'isurnt, à rendre 4. Nous retrouvons ici du Bossuct

jaloux « Monsieur l'arrlievéque de bien authentique. Paris,)) dont nous parle Hcrmant 5. Coloss., il, o.

Esprit, sont les véritables trésors de l'Église universelle.

En effet, Chrétiens, lorsque la Faculté de théologie est et a été si souvent consultée en corjjs, et que ses docteurs particuliers le sont tous les jours, touchant le devoir de la conscience, n'est-ce pas un témoignage authenticiue, qu'autant qu'elle a de docteurs, autant devrait-elle avoir de trésors publics, d'où l'on puisse tirer, selon les besoins et les occurrences différentes, de fjuoi relever les faibles, confirmer les forts, instruire les simples et les ignorants, confondre et réprimer les opiniâtres ? Personne ne peut ignorer que ce saint homme dont nous parlons ne se soit très dignement acquitté d'un si divin ministère : ses conseils étaient droits, ses sentiments purs, ses réflexions efficaces, sa fermeté invincible. C'était un docteur de l'ancienne marque, de l'ancienne simplicité, de l'ancienne probité; également élevé au-dessus de la flatterie et de la crainte, incapable de céder aux vaines excuses des pécheurs, d'être surpris aux inventions de la chair et du sang ^ : et comme c'est en ceci (jue consiste principalement l'exercice des docteurs, permettez-moi, Chrétiens, de reprendre ici d'un plus haut principe la règle de cette conduite.

Deux maladies dangereuses ^ ont affligé en nos jours le corps de l'Église : il a pris à quelques docteurs une malheureuse et inhumaine complaisance, une pitié meurtrière, qui leur a fait porter des coussins sous les coiides des pécheurs ", chercher des couvertures à leurs passions, pour condescendre à leur vanité, et flatter leur ignorance affectée. Quelques autres, non moins extrêmes, ont tenu les consciences captives sous des rigueurs très injustes : ils ne peuvent supporter aucune faiblesse,

l.Am^t. : d'être sui-pris des d>'- prendre au vol quelques exprèstours d'intérêts humains, aux in- sions, et de composer ensuite de ventions. — Deforis : d'être surpris mémoire une rédaction s'éloignaut des détours., [de se prêter] aux le moins possible de ce qu'il avait inventions. entendu. Il y a là des redites, des

2. Les jansénistes, au dire de G- hésitations, des lono:ueurs, encore

Hermant, leur historien dévoué, moins di.çnes de Bossuet que le

avaient aposté un écrirai d. pour re- discours imprimé. Toutefois ces no-

cueillir les paroles de Bossuet en tes sont une contre-épreuve inté-

cette circonstance. Ce n'était pas ressante. Xous les donnons à la fin

un sténographe, et il est manifeste de ce discours,

qu'il n'a pu mieux l'aire que de 3. Ezcch., Xiil, 18.

47f) ORAISON ITxtP.UF,

ils traînent toujours l'enfer après eux, et ne fulminent que des anathèmes. L'ennemi de notre salut se sert également des uns et des autres, employant la facilité de ceux-là pou," rendre le vice aimable, et la sévérité de ceux-ci pom- rendre la vertu odieuse. Quels excès terribles, et quelles armes opposées ! Aveugles enfants d'Adam, que le désir de savoir a précipités dans un abîme d'ignorance, ne trouverez-vous jamais la médiocrité ', où la justice, où la vérité, où la droite raison a posé son trône ?

Certes, je ne vois rien dans le monde qui soit plus à charge à l'Ëuli^e que ces esprits vainement subtils ', qui réflui>ent tout l'Ëvangile en problèmes, qui forment des incidents sur l'exécution de ses préceptes, qui fatiguent les casuistes par des consultations infinies : ceuxlà ne travaillent, en vérité, qu'à nous envelopper la règle des maurs. « Ce sont des hommes, dit saint Augu^tin ^, qui se tourmentent beaucoup pour ne trouver jias ce qu'ils cherchent : Xihil lahorant, ni-ti non invcnire qvod qiui'iunt; » et, comme dit le même saint, qui tournant s'enveloppent eiix-mcmes dans les ombres de leurs propres ténèbres, c'est-à-dire dans leur ignorance et dans leurs erreurs, et s'en font une couverture. Mais plus malheureux encore les docteurs, indii^nes de ce nom, qui adhèrent à leurs sentiments, et donnent ]ioids à leur folie. Ce sont des astres errants, comme j)arle l'apôtre saint Jude*, qui, pour n'être pas assez attachés à la route immuable de la vérité, gauchissent et se détournent au gré de vanités, des intérêts et des passions humaines. Ils confondent le ciel et la terre ; ils mêlent Jésus-Christ avec Bélial ; ils cousent l'étoffe vieille avec la neuve, contre l'ordonnance expresse de l'Évangile", des lambeaux de mondanité avec la pourpre royale : mélange indiene de la piété chrétienne ; union monstrueuse, qui déshonore la vérité, la simplicité, la pureté incorruptible du christianisme!

1. Au sens latin : la mesure, le 3. De Gènes, cont. .\fnnirh.. hh. II, juste milieu. cap. IJ. et De Ub. arbUr., lib. II,

2. Cette expression se retrouve cap. xvi. dans l'oraison funtbre de la Fala- 4. Ju'l., l.". tine. 5. Marc, il, 21.

DK XrcOI.AS fOIîNK'l'. 477

Mais (juc (lirai-jf de tciix (jiii di't lui^oit , par un autre excès, J'esprit (ie la piété; <iui trouvent partdiii des crimes nouveaux, et accablent !a faiblesse humaine en ajoutant au joug' que Dieu Jious imjjose ? Qui ne voit (jue cette rij^ueur (iifle la ])résomjjlion, nourrit le dédain, eiitretient un chagrin superbe et un esjjrit de fastueuse singularité, fait paraître la vertu trop pesante, l'Évangile excessif, le christianisme impossible ? () faiblesse et légèreté de l'esprit humain, sans poids', sans consistance, seras-tu toujours le jouet des extrénutés opposées ? Oux qui sont doux devieinient troj) lâches; ceux qui sont fermes deviennent trop durs. Accordez-vous, o docteurs; et il vous sera bien aisé, l)ourvu que vous écoutiez le Docteur céleste. Son jong est doux, nous dit-il '~, et son jnrdvau est Icgcr. Voye::^ dit saint Chrysostome ^, le teinpérauicni : il ne d'il pan snn])h'nient (]uc wn Êvanf^de soil on pesant ou léger; mais il joint run et V autre ensemble, afin que nous entendions ifue ce bon Maître ni ne nons décharge ni ne nous accable; et que, si son autorité veut assujettir nos esprits, su bonté veut en môme temps ménager non forces.

Vous donc, docteurs i^lachés, i)nisque l'Évangile est un joug, ne le rendez pas si facile, de peur que, si vous nous ' déchargez fie son poids, nos passions indomptées ne le secouent Iroj) Caciiement, et fju'ayant rejeté le joug-, nous ne marchions indociles, superbes, indiscil)linés, au gré de nos désiis impétueux. Vous aussi, ({(jeteurs trop austères, i)uis(jue l'Évangile doit être léger, n'entreprenez pas d'accroître son poids; n'y ajoutez rien de vous-mêmes, ou par faste, ou par caprice, ou par ignoi-ance. Lorsque ce Maître commande, s'il charge d'une main, il soutient de l'autre : ainsi tout ce (ju'ii impose est léger ; mais tout ce que les hommes y mêlent est insupportable.

1. Edit. : sans jjoint. — La faute lions donnent cette leçon manifee- Uc lecture est ici évidente. tetncnt fautive : «de jieur que, si

2. Matth., XI, 30. vous êtes cViargés de sou i^oids, vos ;i. //( Mntth., Homil. Ilïvin, passions.... et que... nous... » —

n. .';. Ne le /secouent, c'est-à-dire ne te-

4, Nous rétablissons ce membre cou^nl le joug de l'Ki-atiç^'ile. de jiliraae [lur conjectui'e. Le» édi-

478 OltAISON FUNÈBRE

Vous voyez donc, ('hri'tlt^ns, que, pour trtjuvcr la relaie des mœurs, il faut tenir le milieu entre les deux fxtiéniités ; et c'est pourquoi TOracle toujours saj^e Dous avertit de ne nous détourner jamais ni à la droite ni à la gauche \ Ceux-là se détournent à la gauche, qui j)enchent du côté du vice et favorisent le i)arti de la corruption ; mais ceux qui mettent la vertu ti-oj) haut % à (|ui toutes les faiblesses paraissent des crimes horribles, ou qui, des conseils de perfection font la loi conunune de tous les fidèles, ne doivent i)as se vanter d'aller droitement, sous prétexte qu'ils semblent chercher une régularité plus scrupuleuse. Car FËcritiu'e nous apprend que, si l'on peut se détourner en allant à gauche, on peut aussi s'égarer tlu côté de la droite, c'est-à-dire eu s'avançant à la perfection ^, en captivant les âmes infirmes sous des rigueurs trop extrêmes. II faut marcher au milieu : c'est dans ce sentier où la justice et la paix se baisent de baisers sincères, c'est-àdire (ju'on rencontre la véritable droiture et le calme assuré des consciences : Misericordia et veritas ohviaverunt sibi, jiistitia et pax oscuhtœ sunt ^.

Il est permis aux enfants de louer leur mère; et je ne dénierai point ici à l'École de théologie de Paris la louange qui lui est due, et (ju'on lui rend aussi par toute rPiglise. Le trésor de la vérité n'est nulle part plus inviolable ; les fontaines de Jacob ne coulent nulle part ])lus incorruptibles. Elle semble divinement être établie pour tenir la balance droite avec une grâce particulière ^, pour conserver le dépôt de la Tradition ''. Klle a toujours la bouche ouverte pour dire la vérité ; elle n'épargne ni ses enfants ni les étrangers, et tt)ut ce <jui choque la règle n'évite pas sa censure.

Le sage Nicolas Cornet, affermi dans ses maximes, exercé dans ses emplois, plein de son esjirit, nourri

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