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SUR L'ASyOMPTION DE LA SAINTE VIEROE. 495

DUectub meus rnihl, et ego ilU.

Mon bien-aimé est à moi, et moi, je suis à lui i.

(Canh, H, Ifi.)

En cette sainte journée ^ et durant toute cette octave, on n'entendra résonner dans toute l'Église que les paroles du sacré Cantique. 'J'out retentira des douceurs et des caresses réciproques de l'Époux et de l'Kpouse : on verra celle-ci parcourir tous les jardins et tous les parterres, et ramasser toutes les fleurs et tous les fruits pour faire des bouquets et des présents à son bien-aimé^; et le bien-aimé réciproquement chercher tout ce qu'il y a de plus riche et de plus agréable dans la nature pour représenter les beautés et les charmes de sa bien-aimée. En un mot, on n'entendra pendant ces jours que la céleste mélodie du Cantique des cantiques ; et par là l'Église veut que nous concevions fjue le mystère de cette journée est le mystère du saint amour. Suivons ses intentions ; parlons aujourd'hui, mes Frères, des délices, des chastes impatiences "* et des douceurs ravissantes ^ de l'amour divin, et contemplonsen les effets en la divine Marie.

Trois choses considérables me paraissent principalement devoir nous occuper dans ce discours : la vie de la sainte Vierge, la mort de la sainte Vierge, le triomphe de la sainte Vierge; et j'ai dessein de vous faire voir et que c'est l'amour qui la faisait vivre, et que c'est l'amour qui l'a fait mourir, et c(ue c'est aussi l'amour f(ui a fait la gloire de son triomphe. Comment peut-on comprendre que l'amour seul opère de si grands effets,

1. Il n'est, pas impossible que cette pompe sacrée: mêlons nos voix A traduction soit de Bossuet. Cepen- celles des anj^es ; et de peur de radant on attendrait plutôt, dans le vilir leurs divins cantiques par des second membre, une traduction lit- paroles humaines, faisons retentir térale : « et moi à lui ». jusqu'au ciel celles qu'un ange

2. Point d'/lve. 11 est probable qu'il même en a apportées: Ave...)) — était repris du sermon de 1660 pour Cf. t. III, p. 489, n. 2.

la même fête, et qu'il n'en ditférait 3. Var. : pour couronner la tête

que par cette conclusion, intei"polée de son bien-aimé.

dans le premier sermon par les an- 4. Var. : des transporta.

ciens éditeurs : a Joignons-nous, 5. Var. : admirables.

mes très chères Sœurs, à cette

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et des effets si contraires ? Si c'est l'amour qui donne la vie, peut-il après cela donner la mort ? L'amour a une force qui fait vivre; rameur a des langueurs qui font défaillir. Regardez cette force que l'amour inspire, qui excite, qui anime, qui soutient le cœur, vous verrez facilement que l'amour fait vivre. Regardez les faiblesses, les défaillances el les langueurs de l'amour, et vous n'aurez pas de peine à comprendre que l'amour peut faire mourir. Mais comment peut-il ensuite faire trionîpher ? C'est qu'outre sa force, qui anime, et sa faiblesse, qui tue, il a ses grandeurs, ses sublimités, ses élévations, ses magnificences ; et tout cela ne suffit-il pas pour la pompe d'un triomphe ? Entrons donc maintenant en notre sujet, et faisons voir par ordre : la force du saint amour, qui a donné la vie à la sainte Vierge ; les impatiences défaillantes du saint amour, qui lui ont donné la mort ; les sublimités du saint amour, qui ont fait la majesté de son triomphe. C'est le sujet de ce discours.

Premier Point.

Comme ^ je ne ferai autre chose dans cet entretien que de vous parler des mystères de l'amour, je me sens

1. Autre ri' (la et ion, conservée par Deforis : (( Il faut donc savoir, mes Frèree, que, toutes les créatures sortant du sein de Dieu par sa puissance, il y en a quelques-unes qu'il rappelle à soi-même par sa bonté, et ce sont les créatures raisonnables.

Etant donc créées de la main de Dieu pour retourner à lui comme à leur principe. Dieu a mis quelque chose en elles pour leur donner le moyen de retourner à leur source, et se réunir à leur auteur ; et cela. Messieurs, c'est l'amour : esprit de retour à Dieu. C'est pourquoi il a posé ce premier précepte, qui est le fondement de tous les autres : Diliffcs Dominum Deum tuitm. (Deuter., VI, 5. — Deforis traduit : « Voue aimerez le Seigneur votre Dieu »,mai3 cette traduction ne concorde pas avec celle de Bossuet lui-même, que nous rencontrerons tout à l'heure dans le texte.) Par où nous devons entendre que le premier et le véritable tribut de la créature raison-

nable pour reconnaître son créateur, et l'unique moyen qui lui est donné ponr se réunir à lui, c'est l'amour. Ainsi l'amour véritable, c'est celui qu'on doit à Dieu ; et lorsque l'Écriture divine et les auteurs ecclésiastiques se servent de l'amour profane pour exprimer les effets de l'amour divin, ce n'est pas que l'amour divin se règle sur l'amour profane, mais c'est au contraire que l'amour profane imite les propriétés de l'amour divin. Car l'amour divin, c'est l'unique et le véritable amour, et l'-miour profane n'en est qu'un égarement. Un cœur possédé de l'amour profane n'est autre chose qu'un cœur égaré, qui donne à la créature ce qui n'est dû qu'au Créateur. Lors donc que l'Écriture sainte se sert de l'amour profane pour exprimer les transports et les propriétés du saint amour, c'est qu'elle veut rappeler le cœur dévoyé au principe d'où il s'égare, et nous faire voir, môme

obligé d'abord de vous avertir que vous devez soigneuiseinent éloigner de vos esprits toutes les idées ^ de l'amour profane. FA, pour contribuer ce que je puis" à les bannir de mon auditoire, je vous prie, au nom de celle qui n'eût pas voulu être mère si elle n'eût pu en même temps être vierge, de ne penser qu'à l'amour chaste, par lequel l'âme s'efiPorce de se réunir à son auteur. Pour cela, imprimez dans vos cœurs cette vérité fondamentale que l'amour, dans son origine, n'est ciû Cju'à Dieu seul, et que c'est un vol sacrilège de le consacrer à un autre qu'à lui.

Et nous en serons convaincus, si peu que nous voulions considérer ce Cjne nous entendons par le nom d'amour. Car qu'est-ce que nous entendons par le nom d'amour, sinon une puissance souveraine, une force impérieuse qui est en nous pour nous tirer hors de nous ; un je ne sais quoi qui dompte et captive nos cœurs sous la puissance d'un autre, C]ui nous fait dépendre d 'autrui, et nous fait aimer notre dépendance ? Et n'est-ce pas par une telle inclination C[ue nous devons honorer celui à qui appartient naturellement tout empire o!: tout droit de souveraineté sur les cœurs ? C'est pourquoi lui-même voulant nous prescrire le culte c^ue nous lui devons, il ne nous demande qu'un amour sans bornes ^ : Tu aimeras, dit-il. Je Seigneur ton Dieu de toute ta force ^, afin c|ue nous entendions que l'amour seul est la source de l'adoration légitime que doit la créature à son créateur, et le véritable tribut par leciuel elle le doit reconnaître.

En effet, il est très certain que tout amour véritable tend à adorer. S'il est quelquefois impérieux, c'est pour se rejeter plus avant dans la sujétion : il ne se satisfait pas lui-même, s'il ne vit dans une dépendance absolue. C'est la nature de l'amour, et le profane même ne

dans son égarement, les traces de doctrine étant supposée pour servir la droite voie. C'est donc en cet es- d'éclaircissement à tout ce discourp, prit que je vous parlerai de l'amour ; parlons maintenant de l'amour de où si vous découvrez quelque chose la sainte Vierge, et tâchons d'exque l'amour profane ait usurpé, re- primer sa force. » gardez cela comme un vol qui est 1. Var. : pensées, fait aïi saint amour, et apprenez à. 2. Var. : contribuer de ma part, ôter à la créature et à rendre au 3. Var. : que notre amour. Créateur ce qui lui est dû. Cette 4. Deuter., vi, 5.

Sermons de Bossuet. — IV. 3}

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parle que (i "adoration, que d'hommages, que de dépendance : par où nous devrions entendre, si nous étions encore capables de nous entendre nous-mêmes, que, pour mériter d'être aimé parfaitement, il faut être quelque chose de plus qu'une créature. Cette sainte doctrine, si nécessaire, étant supposée pour servir et de fondement et d'éclaircissement à tout ce discours, parlons maintenant, sans crainte et à bouche ouverte, de la force. et des effets de l'amour, et voyons, avant toutes choses, quel était celui de la sainte V^ier^e.

Il est né de l'admirable concours de la grâce et de la nature; et il a emj)runté de l'une et de l'autre ce que l'une et l'autre ont de plus pressant. Ainsi, il y avait une liaison tout à fait singulière entre Jésus et Marie ; « Dilectus meus mihi, et ego iUi ^ : Mon bien-aimé est à moi, et je suis à lui. » Ils sont l'un à l'autre d'une façon incommunicable. Il est à elle connne sauveur : cela est commun ; mais il est à elle comme fils, à elle comme il est au Père céleste : c'est un mystère incommunical)le. Dilectus meus mihi: il est Fils unique; et ego illi : il n'a que moi «ur la terre; il n'a point de père.

Cet amour étant donc si fort, et faisant une liaison si intime entre ces deux cœurs, Marie devait mourir quand elle vit expirer son fils ; elle devait mourir autant de fois qu'elle vivait de moments : car elle le voyait toujours mourant, toujours expirant, toujours lui disant le dernier adieu, toujours dans les mystères de sa mort et de sa sépulture. « Son bien-aimé était ainsi pour elle comme un bouquet de myrrlie : Fasciculus mijrrhic, dilectus meus mihi' »; et la douleur que lui causait son amour devait à chaque instant lui donner la mort. C'est pourquoi l'Ëcriture, toujours forte dans la simplicité de ses expressions, compare cette douleur à un glaive tranchant et pénétrant : « Tuam... aniinam pcrtransihit gladius ^ : Votre âme sera percée comme par une épée, » D'où vient donc Cju'elle n'est pas morte, étant percée de ce glaive ? C'est que l'amour la faisait vivre.

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