Yar. : certaine
DE NOTRE-SEIGNEIR. 527
traité qu'il fait avec nous est un traité éternel : Ferlant vûbiscum pactiiin sempiternum ^ » : c'est-à-dire que notre grand Dieu, toujours fidèle à sa vérité et à ses saintes promesses, ne quitte jamais de lui-même ceux qu'il a une fois admis à la nouvelle alliance, à la société de son Fils et à l'unité de ses membres. Mais, si nous sommes bien assurés qu'il ne rompra pas le traité, nous ne sonmies pas assurés de ne le pas rompre. Il est vrai, cet Ëpoux toujours fidèle ne fera jamais de divorce"; mais cette âme, perfide et ingrate épouse, l'obligera peut-être à se séparer ; et ainsi, dit le prophète Isaïe, « les hommes dissipe[nt] le pacte éternel^: Dissipaverunt fœdus sempiternum '*. y> Comment est-il dissipé, s'il est éternel ? « C'est à cause, dit ce prophète, que les hommes ont transgressé la loi ancienne ' et qu'ils ont changé le> droit établi: Trunsgressi sunt Icgcs, mutaverunf jus^ » ; c'est-à-dire, si nous l'entendons, que le pacte était éternel de la part de Dieu, mais qu'il a été rompu de la part des hommes. Celui qui est immuable est toujours prêt à demeurer ferme, mais celui qui est changeant a tout renversé en manquant à la foi donnée. \ oilà donc, âmes chrétiennes, quelle est notre assurance durant cette vie ; voilà quel est notre repos durant cet exil. Grand et admirable repos! car qu'y a-t-il de plus grand cjne d'être assuré de Dieu ? Mais incertitude terrible ! car qu'y a-t-il de plus misérable que de n'être pas assuré de nous ? Viendra donc enfin le dernier repos et l'assurance parfaite, où nous serons assurés de Dieu et non moins assurés de nous. Nous sommes déjà certains que Dieu ne peut pas nous manquer ' jamais ; alors nous serons certains que nous ne pourrons jamais manquer * à Dieu, et que notre fidélité, je l'oserai dire, ne sera pas moins assurée ni moins inébranlable que la sienne propre. Tel est ce jour de repos et de sabbat éternel qui
l.Is., LV, 3. ^ Première rédac- 4. Is., xxiv, 5.
tion : Vuhiscum fœdns... Corrip^é 5. Var. : établie,
plus tard, probablement pour le 1" <; ]<:., Ihid.
janvier KJOïS. 7. Lâchât : nous manquer de luî-
2. Note marginale : Fidélité réci- même. — Mots effacés. Reste d'une proque : que son amour est délicat ! première rédaction : que Dieu ne mais que .sa jalousie e«t scrupuleuse ! nous manquera jamais de lui-même,
3. Var. : çUe di.=sipe, elle viole... 8. Var. : que nous ne manquerons (traduction moins littérale.) jamais...
nous est promis; \ûilà quels, nous serons à La fin» saiiîs tin, immuables comme Dieu même, saints comme Dieu même, impeccables comme Dieu même.
Comment, mes Frères, pourra arriver à des hommes toujours changeants cet état de félicité immuable, si ce n'est que ce même Dieu, qui a fait la créature raisonnable dans la loi des changements, ne cesse de la rappeler à la loi de son éternité ? Car qui ne sait qu'il nous a créés pour être participants de lui-même ? Il commence en nous cette grâce dans ce lieu de pèlerinage, c'est pourquoi nous y pouvons être saints; mais il ne fait encore que la commencer, c'est pourquoi nous pouvons devenir pécheurs. Alors nous serons saints sans changement et délivrés du péché sans aucun retour, lorsque nous serons élevés à la parfaite unité, à la pleine participation du bien immuable : Plcna participatione mcommutahUis boni ^.
Combien libre sera alors notre liberté, combien vive notre vie, combien tranquille notre paix ! « Là, nous n'aurons plus aucun vice, ni dont il nous faille secouer le joug, ni dont il nous faille effacer les restes, ni dont il nous faille combattre les attraits trompeurs : [NuUinn hahens vitinm,] nec suh quo jaceat, 7iec cui cedat, nec cum qiio saJtem lauclahiliter dinûcet ^ » Rien ne pourra nous plaire que le vrai bien, rien ne pourra nous délecter que la justice. Pourquoi ? Parce que, pour parler selon l'Évangile, « nous serons alors entrés "' en la joie de notre Seigneur : Intra in gmidîum [Domîni twi] ^. » Quelle est cette joie du Seigneur, si ce n'est l'amour de la vérité et la chaste délectation de la justice ? Cette joie entre en nos cœurs ^ durant cette vie ; mais elle y entre, mes Frères, comme dans un vaisseau corrompu, et déjà rempli d'autres joies sensibles, qui altèrent la pureté de cette sainte et divine joie. C'est pourquoi le cœur humain est partagé ; et les entrées étant ouvertes à la joie du monde, elle ne gagne que
1. S. Aug., Epist. CXI, ad Hono- Cet adverbe imaginaire est le résulrat.,n.74. — lis. : Plena participa- tat d'une fausse lecture. (Selon tio... VÉvanç..., a été transformé en plei-