‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 412 sur 552 · Correspond aux pages 352-353 cap. IX · texte numérisé non relu

Correspond aux pages 352-353 cap. IX

dut. III, dans cette édition. — Bos- 3. Correspond an début du second

suet écrivait d"abord : V.l C., (c'est- point (ci-dessus, t. III, p. 5821

à-dire -J'ot/e: l"" Canme) : nouvelle 4. Senec, Epift. iv.

preuve qu"il regardait le Carême des 5. En supprimant tout ce qui avait

Minimes cpinmc sa picmière station été mis entre croobcts dans l'édition

f|iiadraffé«iinalc. de Deforis, les éditP"i'« modernps

2. S. Greg. Magn., Fui-f . part. I, crevaient reproduire esaclenient le

LiE ^ VINT SULI'ICE. 541

Second Point.

I.a grâce du baptême porte une efficace pour nous détacher du monde; la grâce de l'ordination porte une efficace divine pour imprimer ce détachement dans tous les cœurs.

Le royaume de Jésus-Christ n'est pas de ce monde. Il y a guerre déclarée entre Jésus-Christ et le monde ; inimitié inmiortelle : le monde le veut détruire, et il veut détruire le monde. Ceux qu'il établit ses ministres doivent donc entrer dans ses intérêts : s'il y a en eux quoique puissance, c'est pour détruire la puissance qui lui est contraire. Ainsi toute la puissance ecclésiastique, c'est pour abattre les hauteurs du monde : Ad depri- 7>iendam (dtitudinem secidi hitjiis ^.

On reçoit le Saint-Esprit dans le saint baptême, dans une certaine mesure ; mais on en reçoit la plénitude dans l'ordination sacrée, et c'est ce que signifie l'imposition des mains de l'évêque. Car, comme dit le grand Aréopagite % ce que fait le pontife mû de Dieu, animé de Dieu, c'est l'image de ce que Dieu fait d'une manière plus forte et plus pénétrante', L'évêque ouvre les mains sur nos tête[s| ; Dieu verse à pleine[s] mains dans les âmes la plénitude de son Saint-Esprit. C'est ce qui fait dire à un saint pape : Plenitndo Spirîtus in sacris ordinationihus opcmtur^. Le Saint-Esprit, dans le baptême, nous dépouille de l'esprit du monde : Non spiritum litijus 7nundi acccpimiis ". La plénitude du Saint- Esprit doit "^ faire dans l'ordination quelque chose de beaucoup plus fort : elle doit se répandre bien loin au dehors, pour détruire dans tous les cœurs l'esprit et l'amour du monde. Animons-nous, mes Frères. C'est

manuscrit. Ils ne réussissaient quel- usitées au xviiie siècle: «dit un

qnefois qu'à rendre un passage inin- ancien écrivain. »

telligible. Telle était la fin de ce 3. Pionys.. I>e Eccle/. JlierarcJi.,

premier point. cap. v. [P. G., t. III, col. 508].

1. Ce texte, que le manuserit at- 4. S. Innocent. I, Epist. xxiv, Iribue à saint Augustin, n'a pu être od Alex. [P. L., t. XX, col. 650] : retrouvé. Plenitudinem ( Spiritus) quœ maxime

2. An lieu de cette indication pré- in 07'difiat ion Unis operatur.

cise d'un auteur, il est vrai, fort 5. I Cor., Il, V2. — Ms. : Non enîm

contesté parmi les savante, Deforis spiritam. prête à Bossuet les formules vagues 6. Ms. : doive.

assez pour nous d'être chrétiens : trop d'iionneur de porter ce beau caractère : Propter nos nihil sufficientius est ^ : si donc nous sommes ecclésiastiques, c'est sans doute pour le bien des autres, etc.

Que n'a pas entrepris le grand saint Sulpice pour détruire le règne du monde ? Mais c'est peu de dire qu'il a entrepris : ses soins paternels opéraient sans cesse de nouvelles conversions. Il y avait dans ses paroles et dans sa conduite une certaine vertu occulte, mais toute-puissante, qui inspirait le dégoût du monde. Nous lisons dans l'histoire de sa vie que, durant son épiscopat", tous les déserts à l'entour de Bourges étaient peuplés de saints solitaires. Il consacrait tous les jours à Dieu des vierges sacrées, etc.

D'où lui venait ce bonheur, cette bénédiction, cette grâce, d'inspii'er si puissamment le mépris du monde ? Qu'y avait-il dans sa vie et dans sa personne... ? C'est ce qu'il faut tâcher d'expliquer en faveur de tant de saints ecclésiastiques qui remplissent ce séminaire et cette audience. Deux choses produisaient un si grand effet : la simplicité ecclésiastique, qui condamnait souverainement la somptuosité, les délices, les superfluités du monde ; un gémissement paternel sur les âmes qui étaient captives de ses vanités.

Simplicité ecclésiastique. Un dépouillement intérieur, qui, par une sainte circoncision, opère au dehors un retranchement ^ effectif de toutes superfluités. En quoi le monde paraît-il grand ? Dans ses superfluités : de grands palais, de riches habits, une longue suite de domestiques. L'homme, si petit par lui-même, si resserré on lui-même, s'imagine qu'il s'agrandit et qu'il se dilate en amassant autour de soi des choses qui lui sont étrangères. I.e vulgaire est étonné de cette pompe, et ne manque pas de s'écrier : Voilà les grands, voilà les iieureux ! C'est ainsi que la puissance du monde tâche de faire voir que ses biens sont grands. Vne autre puissance, établie pour faire voir qu'il n'est rien : c'est la puissance ecclésiastique.

1. Ce texte ne se rencontre pas 2. Xote marffinale : 'Dàsintére&i^i!'.

dans les deux aiateurs précédera- ii. Première rédaction: C'est un

ment cités. retranchement.

Toutes nos actions, jusqu'au moindre geste du corps, jusqu'au moindre et plus délicat mouvement des yeux, doivent ressentir le mépris du monde. Si la vanité change tout (le visage, le regard, le son de la voix, tout devient instrument de la vanité), ainsi la simplicité. Mais qu'elle ne soit jamais affectée, parce qu'elle ne serait plus sim- i plicité. Entreprenons, Messieurs, de faire voir à toua les hommes que le monde ii'a rien de solide, ni de désirable. Frugalité, modestie, simplicité du grand saint Sulpice. Hahentes olimenln et quihus tegamur, lih contcntî sîmus ^. Que nous servent ces cheveux coupés, si nous nourrissons au dedans tant de désirs superflus, pour ne pas dire pernicieux ?

Son train ", les pauvres : Hahco defcnstonem, [sed] in orationihiis pauperum ^. — Sohriam a f j/r?>fs grovitatcm, seriam vitani, singulare pondus dignitas sihivindîcat sacerdotoUs *. — Dignitatis suse aiictoritatem fidei et vitsc merïth quserant '. — Clerîciis professionem siiam, et in hahitu. et in inccssu prohet, et nce vestîhus, nec ealeemnentis deeoreni qurerat '^.

Simplicité de Jésus-Christ : VuJpcs foveas Jiahent, et volucreti cœli nidos : Filins antem hominis [non hahet nhi caput recUnet^ '^ : non pour faire pitié, mais pour donner du courage.

Mundi Incrutn qnœritnr suh ejus honoris specîe, quo mundi destrui luera dehuerunt ^.

Pour les honneurs : il faut honorer ses ministres pour l'amour de celui qui a dit : Qui vous reçoit me reçoit^. La simplicité ecclésiastique suit cette belle règle ecclésiastique : Scipsum pieJ)eat paiientîse (dque humiJitatis exempluin, minus sihi assumendo quam offertur ; scd

1. I Tim., VI, 8. — Ms. : Hahentes nouveaux i-etranchements... » autemvicUun et vestitum... 3. S. Ambr., Serin, cont. Aux.,

2. Édit. : Soutient. — Deforisnous n. 33. — Deforis tnidiiit et complète. donne ici de longs développements. H e-t vrai que Bossuet ajoutait : etc, Son érudition y paraît assez avan- 4. S. Ambr.,«J/ren.,Epist.XXvni, tagensement ; mais quelle éloquen- n- 2.

ce ! Une phrase en donnera une f>. Conc. Carthaç. IV, cap. xv.

idée : « Loin de profiter des moyens 6. Jbid., cap. XLV. — Ms. : nea

que lui fournis-ait sa place, pour .se calcibn.i decorem .. (Distraction),

procurer plus d'aisance, de commo- ?■ Matth., vni, 20.

dites et d"éclat extérieur, il jugea, 8- S Greg. Magn., Paft., ï part.,

au contraire, que sa charge lui im- cap. viii. — Ms. : Mundi ftonor...

posait une nouvelle obligation de '•'• ^latth., x. 40. faire chaque jour, dans sa vie, de

tamen ab eh qui se honorant nec totum nec nihil accipiendo \ Il ne faut pas recevoir tout ce qu'on nous offre, de peur qu'il ne paraisse que nous nous repaissons de cette fumée; il ne faut pas le'' rejeter tout à fait : Propter illos accipiat[ur] qidhiis considère non potesi, si nimia dejectione vilescat. (Aug., Ep. 64) ^.

Gémissement. L'état de l'Ëglise, durant cette vie, c'est un état de désolation, parce que c'est un état de viduité. Numquid possunt filii sponsi liigere, quamdiu cum illîs est sponsus ^ ? Elle est séparée de son cher Epoux, et elle ne peut se consoler d'avoir perdu plus de la moitié d'elle-même. Cet état de désolation et de viduité de l'Église doit paraître principalement dans l'ordre ecclésiastique.

Le sacerdoce, état de pénitence, pour ceux qui ne font pas pénitence : Liigeam muUos... qui non egerunt psenitcntiam ^ : Saint Grégoire : Nulïa illicita pei-petrat, sed perpetrata ab aliis ut propria déplorât ^. Les joies dissolues du monde portaient un contre-coup de tristesse sur le cœur de saint Sulpice, car il écoutait ces paroles comme un tonnerre : Vœ [vobis} qui ridctis [nunc], quia lugebitis [et flcbitis'] ^ ! Il s'effrayait pour son peuple. Docente [te] in ecclesia, non clamor populi, sed gemitus suscitetur *. (Saint Jérôme) .

« M'aimes-tu ? pais mon troupeau : Neque enîm non amanti committeret tani nmatas '. » Cet amour, source de ses larmes. Jésus-Christ, gémissant pour nous. — Ses prières : Orationis usu et experimcnto jam didicit quod obtinere a Domino quœ poposcerit possit^'\ (Grég., Past.) Il l'avait expérimenté : priant en faveur du roi, il l'avait emporté contre Dieu ; combien plus pour la vie spirituelle !

1. S. Aug., ad Aurel., Epist. XXll, 6. S. Greg. Magn., Pust., part. I, antea LXi v, n. 7. — Ms. : ab iis... nec cap. x. — Ms. : Nulla illicita putrat, nihil, nec totum.. .<ed admifsa...

2. Ms. : les. 7. Luc, vi, 25. — Mb. : quia ploii. Les éditeurs ajoutent ici In rabitig.

traduction : à cause de ceux à qui 8. S. Hieron., ad Iftpot., Epist.

on ne pourrait se rendre utile, si l'on xxxiv. — Ms. : audiatur.

ne jouissait de quelque considéra- 11. Texte attribué par le manuscrit

tion. ik saint Bernard ; mais la référence

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