‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 430 sur 552 · Lib. de Virgini'.., n · texte numérisé non relu

Lib. de Virgini'.., n

SIR LA VIIIGIMTÉ. ~%1

) 'eau eu est remuée ; ainsi les passions de notre âme s'excitent peu à peu les unes les autres par un mouvement enchaîné. Si donc vous C'tes détachée ^ du monde, craignez d'y rengager vos affections ; si vous êtes unie à un seul époux, craignez de partager votre cœur ; déniêlez-vous de la multitude, puiscjue vous êtes vouée à un seul. Préparez au Fils de Dieu un cœur net, par un détachement général, et i! le remplira de lui-même': c'est par où je m'en vais conclure en peu de paroles.

Second Point.

Il n'est rien de plus assuré que ' Jésus ne s'unit jamais aux nmes qui sont remplies de l'amour du monde, et qui sont captives des plaisirs des sens. Je vois dans la (ienèse que nos premiers pères se présentaient au commencement devant Dieu avec une sainte familiarité ; mais sitôt qu'ils eurent suivi les dangereuses persuasions du serpent trompeur, aussitôt ils fuient, nous dit l'Écriture ^, et se cachent devant la H-ue de Dieu. Ce serpent, si nous l'entendons, c'est l'amour des plaisirs du monde, cjui rampe perpétuellement sur la terre, et qui se glisse insensiblement dans nos cœurs par un mouvement tortueux pour les empoisonner d'un venin mortel. Et c'est sans doute pour cette raison qu'Eve confesse tout simplement que ce rusé serpent l'a déçue, ce (jui convient merveilleusement à l'amour du monde. Car demandez aux insensés amateurs du siècle si leurs folles et téméraires amours leur ont jamais donné la félicité qu'elles leur avaient tant de fois promise ? Sans doute, s'ils ne veulent trahir les secrets reproches de leurs consciences, ils vous répondront franchement (|ue ce serpent les a ioujours abusés : Serpens decepit me^ : d*où je conclus

1 . Ne f allail-ii pas aussi le singu- la surcharge : « de lui-même » Uf lier au commeQcement du paragra- remplaçait pas seulement les troiphe ? On ne distingue pas l'endroit derniers mots qu'on donne en v;ioù l'orateur commence à parler à la riante, mais le complément tout nouvelle religieuse. Mais tel est le entier.

texte du premier éditeur, qui seul a 3. Tour elliptique, assez peu cor-

eu le manuscrit sous les yeux. rect. mais que nous avons déjà ren-

2. Var. : de saintes délices par ses contré (t. II, p. 7, 'JO, iU, 470, et chastes embrassements. — Defoiis : t. III. jx itO).

de lui-même, par ses chastes embras- 1. Gen., iu,S.

sements. Var. : de saintes délices. — J>. fhiil.

Il nous a semblé très probable que

que l'amour du monde est semblable au serpent artificieux qui trompa dans le paradis la trop grande crédulité de nos premiers pères. Et comme, après l'avoir entendu, ils sont contraints de fuir devant Dieu, vous devez apprendre. Fidèles ^, que Dieu ne fera pas sa demeure en vous, jusqu'à ce que vous vous dépouilliez de Tamour du monde.

D'où passant plus outre, je dis que ce qui attire plus fortement Jésus en nos âmes, c'est la pureté virginale, ('ar si les âmes les plus détachées des chose^ mortelles sont les plus dignes des embrassements de la chaste et immortelle beauté (jui ne se montre qu'aux esprits purs, si d'ailleurs la virginité chrétienne, comme nous l'avons déjà dit, est tellement dégoûtée des plaisirs du siècle, qu'il n'y a aucune des joies mondaines qui n'offense sa pudeur et sa modestie, n'est-il pas plus clair que le jour <iue c'est à la pureté virginale qu'appartient la bienheureuse union de l'E])oux infiniment désirable ?

En effet, quelle éloquence pourrait exprimer quel est l'amour du Sauveur Jésus pour la sainte virginité? C'est lui qui a été engendré dans l'éternité par une génération virginale ; c'est lui qui, naissant dans le temps, ne veut point de mère qui ne soit vierge; c'est hii qui, célébrant la dernière pâque, met sur sa poitrine un disciple vierge, et l'enivre de plaisirs célestes; c'est lui qui, mourant à la croix, n'honore de ses derniers discours que les vierges ; c'est lui qui, régnant en ^a gloire, veut avoir les vierges en sa compagnie : Ce sont les vierges, dit saint Jean dans l'Apocalypse', qui suivent l'Agneau partout où il va, accompagnant ses pas de pieux cantiques. Jésus n'a point de temples plus beaux que ceux que la virginité lui consacre ; c'est là qu'il se j)laît à se reposer. Il y avait dans le 7\abernacle, dont Dieu prescrivit la forme à Moïse, un lieu dont l'accès étnit libre an peuple, un autre où les sacrificateurs exer-

1. 11 y a longtemps que nous font hésiter. La locution qui coni-

n'avons rencontré ce vocatif : est-ce inence la phrase suivante a aussi

(]ue Bossuet y revient, parce qu'il quelque chose d'archaïque: elle n'est

]irêche ceci en province ? ou le dis- pourtant pas sans exemple dans

cours remonterait-il. en tout on les discours de l'époque de Paris,

partie, à une date plus ancienne':' 2. Apec, xiv. l Ce jiass.ige est un de ceux qui nous

çaient les fonchions de leur sacerdoce ; mais il y avait outre cela, Chrétiens, la partie secrète et inaccessible que l'on appelait le sanctuaire et le Saint des saints. I/entrée de ce lieu était interdite ; nul n'en approchait que le grand pontife, et c'était là que Dieu reposait assis sur les chérubins, selon la phrase des Lettres sacrées ^. C'est la sainte virginité qui nous est représentée par cette figure : c'est elle qui se démêle de la multitude des objets sensibles qui nous environnent, et ne donne d'accès qu'au seul grand pontife. Voulez-vous entendre comment ? Écoutez le divin Apôtre : « Celles, dit-il, qui sont mariées, sont contraintes de s'occuper dans les soins du monde : Sollicita est qiise sunt inundi'. » Voyez que la multitude y aborde'^. Mais la sainte virginité, que fait-elle ? Ha ! vous dit l'apôtre saint Paul, « elle songe à plaire à Dieu seul : Quomodo placeat Deo *. » C'est là que la multitude est exclue, c'est là qu'on ne vaque qu'à l'unique nécessaire, c'est là que l'on n'a d'époux que Jésus tout seul : de sorte qu'on n'ouvre la porte qu'au seul grand pontife, c'est-à-dire, si nous l'entendons, à l'amour de Dieu, qui est la seule des affections de nos cœurs qui est capable de les consacrer, et qui a droit d'offrir devant Dieu des victimes spirituelles, agréables par Jésus-Christ, comme parle l'apôtre saint Pierre^. Aussi est-ce là le lieu du repos : c'est là que Jésus se l)laîb d'habiter, parce que rien n'y entre que son saint amour, parce qu'il aime d'autant plus à remplir les âmes qu'il les trouve plus vides de l'amour du monde. Mais, mes Sœurs, voulez-vous entendre les ravissements des vierges sacrées dans les chastes embrassements du Seigneur Jésus ? Écoutez parler la pudique Épouse dès le commencement du divin Cantique : « Oscnletur vie osciilo oris swi '' : Qu'il me baise du baiser de sa bouche. » O amour impétueux de l'Épouse ! Elle ne demande ni l'héritage, ni la récompense ; elle ne demande pas même la doctrine, nous dit le dévot saint Bernard ^ ; elle ne demande que le baiser du divin Jésus ^

1. 1 Reg., tv, 4 ; I[ Reg., vi, 2 ; fallait-il lire : « y abonde. » Ps. LXXix. 2; etc., etc. 4. I Cor., vu, 32.

2. I Cor., vu, 30. — Le texte sacré ;'>. I Petr., Il, 5. porte ■ Sollicitus... 6. Cant., T, 1.

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