‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 433 sur 552 · Ad Boni/., Epist. ccxx, n · texte numérisé non relu

Ad Boni/., Epist. ccxx, n

désordres, parce que c'est par là que les grands commencent ; craignez où il n'y a rien à appréhender, et vous trouverez la sûreté dans le péril même. Vous devez croire qu'il est bienséant à des vierges d'être timides, puisque vous voyez la très sainte Vierge être même troublée à l'aspect d'un ange ^ ; et ce qui doit vous obliger à craindre toujours, c'est que l'Époux que vous donne le saint Apôtre n'a pas moins de jalousie que d'amour pour vous.

Voulez-vous voir qu'il a de l'amour? écoutez le divin Psalmiste : Le roi, dit-il, désirera votre beauté^. Voulez-vous voir qu'il a de la jalousie ? Je suis jaloux de vous, dit l'Apôtre, de la jalousie de Dieu ^. Voyez que cet excellent maître des Gentils, vous montrant l'amour de Jésus pour exciter votre confiance, vous parle en même temps de sa jalousie pour vous retenir toujours dans la crainte. De là vient qu'en lisant le sacré Cantique, nous remarquons deux regards du divin Époux : il y a un regard qui admire, et c'est le regard de l'amant; il y a un regard qui observe, et c'est celui de la jalousie. Que vous êtes belle, 6 fille du prince, dit l'Époux à la chaste Épouse* ! Cette ardente exclamation ne vient-elle pas d'un regard qui admire ? C'est ce que j'appelle le regard de l'amant. Voulez-vous voir le regard du jaloux ? Mon bien-aimé est venu, dit l'Épouse, regardant par les fenêtres, guettant par les treillis ^. Ne voyez-vous pas le regard qui observe ? C'est le regard de la jalousie. Aimez le regard de l'amant ; craignez le regard de la jalousie, qui vous veille et qui vous observe.

Chères Sœurs, votre bien-aimé est jaloux de la jalousie la plus délicate : s'il voit que votre cœur se partage, il se pique et il se retire ; il vous veut posséder tout seul. C'est })Ourquoi, en le choisissant pour époux, vous vous êtes entièrement dépouillées. Vous avez joint à la sainte virginité une pauvreté désintéressée, qui ne laisse rien sur la terre que vous puissiez justement estimer à vous. V^ous abandonnez même votre volonté ; et quit-

l.Luc, I, 29. 4. Cant., vir, 1, 6.

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