II Cor., XI
tant ce qui est le plud en votre pouvoiz-, ne déclarezvous pas devant Dieu que vous ne vous retenez aucun bien au monde ? Vous confirmez par la religion de vos vœux ces généreuses résolutions ; et ces vœux, ne sontce pas des contrats sacrés, par lesquels vous cédez à Dieu et lui transportez en fonds tout ce que vous êtes ? \ otre profession est un sacrifice ; et les vœux que vous [jrononcez sont un glaive spirituel, qui vous immole au Sauveur des âmes.
Vivez donc, mes très chères Sœurs, comme des victimes volontairement consacrées. Humiliez-vous sous la main de Dieu, et ne souft^rez pas que l'orgueil prostitue votre virginité à Satan, qui est le prince des esprits superbes. Ha! sans doute, vous n'ignorez pas jusqu'à quel point l'orgueil est à craindre, et que c'est le plus dangereux de nos ennemis. C'est celui qui lâche le dernier prise, et qui sait même profiter de la déroute de tous les autres. Que dis-je, de la déroute de tous les autres } il profite de sa propre défaite. C'est le seul de nos ennemis, de la défaite duquel il est dangereux de se réjouir, parce qu'en se réjouissant de l'avoir vaincu, on le rétablit dans ses droits, et souvent même on lui augmente ses forces. I^orsque nous pensons quelcjuefois avoir si bien réglé notre vie que nous avons surmonté jusqu'à l'orgueil même, c'est là, dit saint Augustin, qu'il lève la tête : « Et de quoi triomphes-tu, nous dit-il ? je vis encore, et c'est ton triomphe qui me donne la vie : Ecce ego vivo, quid trhimphas ? et ideo vivo, quia triumphas ^ » ; ou plutôt ton triomphe, c'est moi-même.
Munissez-vous, mes Sœurs, contre ce poison qui a gâté les plus grandes âmes et ruiné les vertus les plus éminentes. Étudiez la science de l'humilité, qui est la vraie science des enfants de Dieu. C'est elle qui vous ouvrira les secrets célestes ; c'est par elle que les grandeurs de Jésus vous sont accessibles ; c'est elle qui mérite d'obtenir de Dieu ce qu'elle ne peut jamais exprimer assez ; c'est elle qui vous bâtira sur la terre un