Hebr., xii
hommes ^, Rachetés d'une si grande rançon, ne ravllissez pas votre dignité : vous qu'un Dieu a daigné payer au prix de son sang, ne soyez pas dépendant* des hommes mortels ; ne prodiguez pas une liberté qui a tant coûté à votre Sauveur. Tel est le précepte [p. 18] de l'Apôtre; et il semble que Pierre Nolasque agit au contraire ; et je vois que, pour imiter un Dieu rédempteur, il se rend esclave des hommes, et des hommes ennemis de Dieu. Entendons le sens de l'Apôtre : Vous qui êtes racJietés par un si grand pri.r, ne vout: rendez pas, dit-il, serviteurs - des hommes. Ne vous rendez pas les esclaves de leurs vanités, mais rendez-vous les esclaves de leurs besoins. Ne vous rendez pus leurs esclaves en adhérant à leurs erreurs, mais leurs esclaves en soulageant leurs jiécessités. Ne vous rendez pas leurs esclaves par une vaine complaisance, mais rendez-vous leurs esclaves j)ar une charité sincère ot compatissante : Per eharitatem... servi te invicem ^.
Entrons dans le détail de cette morale. Un de vos amis vous aborde, un de ces amis mondains qui nous aim.ent pour le siècle et les vanités : il vous veut donner un sage conseil. Comme il vous honore et qu'il vous estime, il désire votre avancement : c'est pourquoi il vous exhorte de vous embarquer dans cette intrigue, peutêtre malicieuse; d'engager ce grand dans vos intérêts, peut-être au j^réjudice de votre conscience. Pi'enez garde soigneusement, et ne vous rendez pas esclaves des hommes. Entrez en considération de ce que vous êtes, pensez à [p. 19] ce qu'un Dieu a donné pour vous. Quand on vous représente ce que vous valez, pour vous engager dans des desseins ambitieux : Vous ne me connaissez pas tout entier, je vaux infiniment davantage. Ne vous mettez pas tout seul dans la balance ; « pesez-vous, dit saint Augustin, avec votre prix : Appende te cum pretio iuo ^ » ; et si vous savez estimer votre âme, vous verrez (ju 'aucune chose n'est digne de vous qui ne soit digne premièrement de Jésus-CJirist même. — Vous êtes digne