‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 448 sur 552 · I Cor., VII, 23. place par serviteurs ; puis souligne · texte numérisé non relu

I Cor., VII, 23. place par serviteurs ; puis souligne

2. Bossuet avait d'abord écrit le mot esclave qui irait mieux. tsclares. Pour éviter des répétitions 3. Galat., v, 13.

trop nombreuses de ce mot. il le rem- i. Enarr. ii in Ps. xsiU, n. 4.

de cet emploi, — Mais est-il digne de ce que je suis r — Ne soyons donc pas si vils à nous-mêmes, nous qui sommes si précieux au Dieu rédempteur, que nous nous rendions esclaves des complaisances mondaines.

C'est ainsi que nous devons estimer notre âme, pour laquelle Jésus-Christ a donné la sienne. Mais apprenons aussi à nous mépriser et à dire avec l'Apôtre : Mon âme ne m* est pas précieuse ^. Si nos frères ont besoin de notre secours, quelque indignes qu'ils nous paraissent de cette assistance, ne craignons pas de nous prodiguer pour les secourir. Car Jésus n'a pas dédaigné de prodiguer et sa vie et sa divine personne pour le salut des pécheurs. Méprisons donc saintement notre âme, a} onsia toujours en nos mains pour la prodiguer au premier venu: Anima mea in manibus meis semper^. O sainte charité ! rendez-moi captif des nécessités des misérables, disposez en leur faveur, non seulement de mes biens, mais de ma vie et de ma personne. C'est ici [p. 20] qu'il faut pratiquer toutes ces contrariétés évangéH- ([ues ^, de perdre son âme pour la conserver, de la gagner en la prodiguant, de la rendre estimable par le mépris même.

Car, en effet *. Chrétiens, quelle gloire, quelle grandeur, cruelle dignité dans ce mépris ! Saint Pierre Nolasque ne s'estime rien, il s'appelle le vrai néant", et préfère la liberté du moindre esclave à la sienne ; et vous voyez qu'en se méprisai^t, il participe à la dignité du Sauveur des âmes, qui ■s'est montré non seulement le sauveur, mais encore le maître et le Dieu de tous, en se donnant volontairement pour tous.

Ha ! le zèle de Dieu me presse. Je ne veux plus que mon âme soit à moi-même. V^enez, pauvres ; venez, misérables, faites de moi ce qu'il vous plaira, je suis à vous, je suis votre esclave! Ce n'est pas moi, Messieurs, en particulier qui vous parle ainsi ; mais je vous exprime, comme je puis, les sentiments d'un vrai chrétien. O Dieu ! qui nous donnera (jue des âmes de cette sorte, libres par leurs servitudes, dégagées et indépendantes par leurs

1. Act., XX, 21. Traduit d'après a. Matth,, x, 39 : Joan.. xu, 2.Ï

le ^reo. 4. En efd, en réalité.

•2. Ps. CXVIII, 109. 5. Édit. : nu vrai néant.

Sermons «lo Bo5=uet. — lY. 33

dépendances, travaillent au salut des hommes? L'Église aurait bientôt conquis tout le monde. Car tel [le] est la règle de rÉvangile : il faut que nous nous donnions à ceux que nous voulons gagner à Jésus-Christ. Voulonsnous les assujettir, il faut nous assujettir à leur service ; et nous [p. 21] devons, pour ainsi dire, être leur conquête, pour les rendre capables d'être la nôtre. Pourquoi est-ce qu'un Paul, un Céphas, un ApoUo et tant d'autres ouvriers fidèles ont conquis tant d'âmes à notre Sauveur ? C'est à cause qu'ils se donnaient sans réserve aux âmes : « Omnia vestra siini : Tout est à vous, dit l'Apôtre \ et Paul, et Céphas, et Apollo ; « tout est à vous, encore une fois. C'est pourquoi tout était à eux, parce qu'ils étaient à tous sans réserve.

Et Dieu nous l'a fait connaître en la vie de notre grand saint *. On a vu un mahométan, astrologue, médecin, parent du roi maure d'Andalousie, c'est-àdire, si nous l'entendons, un homme dans lequel tout combattait contre l'Évangile, la religion, la science, la curiosité, la fortune, baiss[er^] néanmoins la tête sous le joug aimable de Jésus-Christ, convaincu par le seul miracle de la charité de Pierre Nolasque. Il voyait un homme qui se donnait pour des inconnus ; l'image du mystère de la Rédemption lui fit adorer l'original : il crut à la charité que Dieu a eu[e] pour les hommes, en voyant celle que ce même Dieu inspirait aux hommes pour leurs semblables. Il n'eut point de peine à comprendre que ce grand œuvre de la Rédemption, que les chrétiens vantaient avec tant de force, était réel et véritable, puisque l'esprit en durait encore et se déclarait h ses yeux avec une telle efficace dans cet illustre disciple de la croix. Il se jette donc entre ses bras ; et non conient de recevoir de lui le baptême, il lui demande l'habit de son ordre, avide de pratiquer ce ([ui l'avait gagné à l'Ëglise : Si... comprchcndam in quo ci comprclicnsus sion n Chrifiio Jcsu * . Ha ! si l'on voyait reluire en

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