‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 468 sur 552 · EXORDES D'UN^ SERMON POUR LE SAMEDI SAL\T · texte numérisé non relu

EXORDES D'UN^ SERMON POUR LE SAMEDI SAL\T

A SaiRt-Thomas-du-Louvrc, 1GG5.

Ces fragments 1, dans les éditions, sont rapportés au sermon sur la résurrection dernière, et on nous les présente comme une seconde rédaction destinée à le rattacher au temps du carême. Ces assertions ne peuvent soutenir l'examen, en face des manuscrits. Nous avons ici sous les yeux une pièce antérieure à ce sermon, dans lequel on reconnaît bien caractérisé le type de 1669. Le présent manuscrit a été certainement rédigé après 1663 et avant 1666. Un passage effacé, que nous donnerons en note, indique nettement le temps de Pâques. Le sommaire de l'ancien sermon de 1652 pour le samedi saint, Christus resurgens ",... écrit avant le Carême du Louvre, avec tous les autres, comme nous l'avons souvent remarqué, a été complété par la mention du titre de celui-ci, sans autre développement, conformément à l'habitude constante de l'auteur pour les discours composés après 1662.

Venit hora, in qua oxuies qui in vionnincntts sunt <^ audient vocem Filii Dci, et proccdent qui bona fecerunt in rcsurrectioncni vitse.

Viendra l'heure en laquelle tous ceux qui sont dans les tombeaux entendront la voix du Fils de Dieu, et ceux qui ont bien fait ressusciteront pour la vie.

(Joan., V, 28, 29.)

Deux * paroles du Fils de Dieu adressées aux morts : Venit hora, et mine est^. — Venit '^ hora in qua''... • — Deux sortes de morts : deux parties en l'homme ;

1. Ms. fr. 12821 (Réserve), i°^ 94, Y Ave. Cette fois, il n'y a pas à en 95. iii-4, sans marge. douter, il n'avait écrit rien de plus

2. Ms. fr. 12824, f° 4. que ce que nous publious. La dispo- ."5. Ms. : gui sunt in monume»tis. sition du manuscrit est significative. 4. Lâchât donne cet avant-propos. .5. Joan., v, 25.

t.VIII,p.89,mais à la suite du second ti. Ces deux paroles n'en font

exorde, et sans même faire d'alinéa. qu'une dans Lâchât : Ve))it hora et

Ou n'a pas remarqué que Bossuet, nunc eft in qua... Dés lors, le pas-

selon son habitude, avait commeucé sage cesse d'être intelligible.

par le plan du discours, et fini par 7. Joan., v, 28.

toutes deux ont leur mort. Jésus les fait revivre par sa parole. La pi-eraière aux pécheurs, pour les appeler à la pénitence. La seconde aux morts ensevelis, pour les rappeler à la vie. La première, disposition à rendre la seconde salutaire. Il faut commencer par l'âme pour préparer le corps à la vie. Pour joindre ces deux choses, et la pénitence, dont voici le temps, et la résurrection des morts, qui par l'ancienne institution de cette paroisse doit être prêchée aujourd'hui dans cette chaire, ô morts, c'est donc à vous que je parle, non point à ces morts qui gisent dans ces tombeaux et reposent dans cette terre bénite, mais à ces morts parlants et écoutants. Je veux faire retentir à leurs oreilles la parole du Fils de Dieu, afin qu'ils l'entendent et qu'ils vivent. O Jésus, vous vous êtes réservé à vous-même de prononcer la parole qui appellera les morts à la résurrection générale ; mais vous voulez que les autres morts, que vous voulez vivifier par leur conversion, soient appelés à cette vie par vos ministres. Donnez-moi donc votre parole, par la grâce de votre Esprit-Saint et l'intercession [de la sainte \'ierge : Ave] .

(^)uaiid Tordre des siècles sera révolu ^, les mystères* fie Dieu consommés, toutes ses promesses accomplies, toutes les nations de la terre évangélisées ; quand le nombre de nos frères sera rempli^, c'est-à-dire la société des élus complète, le corps mystique du Fils de Dieu composé de tous ses membres, et les célestes légions, dans lesquelles'* la désertion des anges rebelles a fait vaquer tant de places, entièrement rétablies par cette nouvelle recrue ' ; alors il sera temps, Chrétiens, de détruir/^ tout à fait la mort et de la reléguer pour toujours aux enfers ", d'où elle est sortie. Maintenant tout semble être sourd à la voix de Dieu, puisque les hommes même[s] y sont insensibles, auxquels toutefois il a donné

1. Var. : quand tous les siècles Deforis n'avait pas reproduit ce

Beront révolu;^. texte in extenso, se contentant do

■'. Lnchat : tous les mystères. donner en variante ce qui ditférait

;;. Apec, v;. 11. du sermon Ubi eH mom... fUifîO),

t Var. : où. — Texte de Tédition placé par hii au '2 novembre.

I/ichat. (5. Apec., xx, 11.

h. Quatre mots omis par E'achal.

et des oreilles pour écouter sa parole et un cœur pour s'y soumettre ; et alors toute la nature sera animée pour l'erktendre. Une voix sortira du trône de Dieu S qui ordonnera aux morts de revivre. Les corps gisants, les os desséchés, la cendre et la poussière froide et insensible en seront 4raues dans le fond de leurs tombeaux " ; tous les éléments commenceront à se remuer ; et la mer, et la terre, et les abîmes se prépareront à rendre leurs morts ; et au lieu qu'il nous paraissait qu'ils les avaient engloutis comme leur proie, nous verrons alors par expérience qu'ils ne les avaient reçus en effet que comme un dépôt, pour le " remettre fidèlement au premier ordre. Tellement que Dieu, qui aime les siens, et les aime jusques à la fin ^, ayant soigneusement ramassé de toutes les parties du monde leurs restes toujours précieux devant lui, et toujours aussi gardés sous sa main puissante, en quelque coin de l'univers que la loi des changements les ait pu jeter, et ayant par ce moyen rétabli leurs corps dans une parfaite intégrité, il les unira à leurs saintes âmes, et ils deviendront animés; il bénira cette union, et ils seront immortels ; il la rendra tellement intime ^ que les corps participeront aux honneurs de l'âme, et il les fera glorieux. Et voilà les trois présents magnifiques que ])ieu nous doiniera en ce jour pour gage de son amour éternel, la vie, l'immortalité et la gloire.

Si j'annonçais à des infidèles cet évangile de vie '^, je m'efforcerais. Chrétiens, de détruire les raisonnements (|u'oppose ici la sagesse humaine à la puissance de Dieu et à la gloire "^ de notre nature ^. Mais, puisque je parle à des chrétiens, à qui cette doctrine céleste n'est pas moins familière ni moins naturelle que le lait qu'ils ont sucé dès leur enfance, je n'ai pas dessein de m'étendre à vous prouver par un long discours la réalité de ces trois

1. Lâchât : du tione parla bouche dépôt, pour le rendre fidèlement... du f'?/*- de Dieu. — Correction négli- 4 Joan.. xiii, 1.

gée. 5. yar. : si intime.

2. Var. : Commenceront à s'émou- 6. Lâchât : de rie et de résurrecvoir dans le creux de leurs tom- tion éternelle. — Effacé sur le ms. beaux. 7. Var. : à l'honneur.

3. Lâchât : les. — Var. : leurs 8. Lâchai : si puissamment répamorts. lesquels, à ce qu'on croyait, rée. — C'est la variant*^ : à notre éiaient leur proie, et [qu'ils] n'a- nature si puissamment, — niisérivaient reçus en effet que comme un cordieusement réparée.

présents, mais seulement de vous préparer à les recevoir en ce dernier jour ^ de la justice de Dieu et de sa main libérale '.

J'ai déjà dit ^, Chrétiens, que c'est l'âme qu'il faut préparer, comme la partie prin[cipale], pour recevoir en nos corps ces dons précieux. J'ai dit et j'ai promis de vous faire voir que ces saintes préparations sont toutes heureusement renfermées dans celles de la pénitence. Que vous demande-t-on dans la pénitence, sinon que vous vous retiriez de tous vos péchés, que vous preniez des précautions pour ne tomber plus, que vous vengiez sur vous-mêmes par une satisfaction convenable la honte de votre chute. Ainsi la volonté de vivre à la grâce acquerra à vos corps une vie nouvelle ; les sages précautions pour n'y [plus] mourir assureront a vos corps l'immortalité ; le zèle de satisfaire un Dieu irrité, par les saintes humiliations de la pénitence, leur méritera d'être revêtus d'une gloire toute divine*.,,

1. Var. : à les recevoir un jour... vant ceci, Bossuet se place au mo-

2. Passage effacé : « Voici le ment de l'action. S'il n'avait pas temps bienheureux dans lequel tous enco-e écrit son Are, déjà la pensée les chrétiens sont appelés par l'E- en était arrêtée dans sou esprit, trlise au sacrement de la Pénitence. 4. Bossuet s'interrompt ici : il ne Celui-là est maudit de Dieu et des remplit pas même un peu de blanc iiommes, de Jésus-Christ et de son qui restait dans sa page. Ce plan. Église, qui ne s'approche pas durant ^lui lui étiit familier, se trouvait ces saints jours et des augustes tout exécuté dans des sermons antribunaux et des eaux salutaires de ciens : Samedi saint, 1652 ; Pâquen, la pénitence. » — Allusion très 1654 (que nous avons publié pour la claire aux solennités pascales. 'n'emière fois), et Pâques, 1660.

;t. Dans l'avant-propos. Eu écri-

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