‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 470 sur 552 · PANÉGYRIQUE DE SAINT BENOÎT · texte numérisé non relu

PANÉGYRIQUE DE SAINT BENOÎT

outre. Telle est la vie chrétienne, et telle est par conséquent la vie monastique. Car qu'est-ce qu'un moine véritable, un moine ^ digne de ce nom, sinon un parfait chrétien ? Faisons donc voir aujourd'hui dans le père, et le législateur, [et] le modèle de tous les moines la jjratique exacte de ce beau précepte, après avoir imploré le secours d'en haut, etc. [-4rt'.]

Dans ce grand et infini voyage, oii nous devons marcher sans repos et nous avancer sans relâche, je remarque trois états et comme trois lieux où nous avons accoutumé de nous arrêter. Ou bien nous nous arrêtons dans le plaisir des sens, [p. 2] ou bien dans la satisfaction de notre esprit propre et dans l'exercice de notre liberté ", ou bien enfin dans la vue de notre perfection. Voilà comme trois pays étrangers dans lesquels nous nous arrêtons, et ensuite nous n'arrivons jDas en notre patrie.

Mais, pour aller à la source, et rendre la raison profonde de ces trois divers égarements, considérons tous les pas, et remarquons les divers progrès que fait l'âme (ku'ant ce voyage. Ou nous nous arrêtons au-dessous de nous, ou nous nous arrêtons en nous-mêmes, ou nous nous arrêtons au-dessus de nous.

Lorsque nous nous attachons au plaisir des sens, nous nous arrêtons au-dessous de nous ; c'est le premier attrait de l'âme encore ignorante '', lorsqu'elle commence son voyage. Elle trouve premièrement en son chemin cette basse région ; elle y voit des fleuves qui coulent, des fleurs qui se flétrissent '^ du matin au soir : tout y passe dans une grande inconstance. Mais, dans ces fleuves qui s'écoulent, elle trouve de quoi rafraîchir sa soif : elle promène ses désirs errants dans cette variété d'ob-

1. Edit. : un moine voritaljle £'< un ce ?aint. CVoy. Hhtoire critique. , moine... p. ."411 de Ja 2« édition.) Aurait-il, à

2. Et dans l'exercice de notre li- cette occasion, relu et annoté cetio herté. Ces mots sont d"uue écriture esquisse? En tout cas, lesannotajilus tardive. tions sont trop peu considérables

;î. Deux mots ajoutés plus tard, h, pour pouvoir être données à part. <■(• qu'il semlile. — Le 11 juillet 1. Première rédaction : se faueut .

Hi'.i.S, Bossuet prêche à Jouarre le — La correction semble plus récente,

panégyrique de saint Benoît, la De même dans la. variante qui va

\ oille de la fêle de la translation de suivre.

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jets; et quoiqu'elle perde toujours ce qu'elle possède, son espérance flatteuse ne cesse de l'enchanter '^ de telle sorte qu'elle se plaît dans cette basse région, (f. Egrederc : Sors, » songe que tu es faite à l'image de Dieu ; rappelle ce qu'il y a en toi de divin et d'immortel ; veux-tu être toujours captive des choses inférieures ?

Que si elle obéit à cette voix, en sortant de ce pays, elle se trouve comme dans un autre, qui n'est pas moins dangereux pour elle; c'est la satisfaction de son esprit propre. Nuls attraits que ses désirs, nulle règle que ses humeurs, nulle conduite que ses volontés. Elle n'est plus au-dessous d'elle ; elle commence à s'arrêter en ellemême : la voilà dans des objets et dans des attaches qui sont plus convenables à sa dignité ; et toutefois l'oracle la presse, et lui dit encore : [p. 3] « Egredere : Sors. » Ame, ne sens-tu pas, par je ne sais quoi de pressant qui te pousse au-dessus de toi, que tu n*es pas faite pour toi-même ? Un bien infini t'appelle ; Dieu même te tend les bras : sors donc de cette seconde région, c'est-à-dire de la satisfaction de ton esprit propre.

Ainsi, mes Frères, elle arrivera à ce qu'il y a de plus relevé et de plus sublime, et commencera de s'unir à Dieu. Et alors ne lui sera-t-il pas permis de se reposer ? Non ; il n'}^ a rien de plus dangereux: car c'est là qu'une secrète complaisance fait qu'on s'endort dans la vue de sa propre perfection. Tout est calme, tout est accoisé ; toutes les passions sont vaincues, toutes les humeurs, domptées; l'esprit même, avec sa fierté et son audace naturelle, abattu et mortifié: il est temps de se reposer ? Non, non ; « Egredere : Sors. » Il nous est tellement ordonné de cheminer sans relâche, qu'il ne nous est pas même permis de nous arrêter en Dieu ; car, quoiqu'il n'y ait rien au-dessus de lui à prétendre, il y a tous les jours à faire en lui de nouveaux progrès, et il découvre, pour ainsi dire, tous les jours à notre ardeur de nouvelles infinités. Ainsi nous renfermer dans certaines bornes, c'est entreprendre de resserrer l'immensité de sa nature.

1. Première rédaction: de l'a mu- plue récente, ser. Enchnnter e'«t d'une éCTiture

Allez donc, sans vous arrêter jamais : perdez la vue de toute la perfection que vous pouvez avoir acquise; marchez de vertus en vertus, si vous voulez être dignes de voir le Dieu des dieux en Sion ^. Telle est la vie chrétienne ; telle est l'institution monastique conformément à laquelle nous regarderons saint Benoît dans une continuelle sortie [p. -4] de lui-même, pour se perdre saintement en Dieu. Nous le verrons premièrement sortir des plaisirs des sens par la mortification et la pénitence ; secondement, de la satisfaction de l'esprit par l'amour de la discipline et de la régularité monastique ; enfin sortir de la vue de sa propre perfection par une parfaite humilité et un ardent désir de croître. C'est le sujet de ce discours.

Premier Point.

Nous lisons de l'Enfant prodigue qu'en sortajit de sa maison paternelle, il fut en une région fort éloignée : In regionem Jonginqtiam '. C'est l'image des égarements de notre âme, cjui s'étant retirée de Dieu, ô ! qu'il est vrai qu'elle s'est perdue dans une région bien éloignée, jusqu'à être captive des sens! Voyez en quelle hauteur elle devait être : Qui futiirus fuerat etiani carne spiri-^ tîialîs ^, parce que l'esprit devait régir, etc. (Voy. sermon de la Purification, au Louvre) ^ : voilà où elle était établie ; — fnctus est etiam mente carnalis ^: voilà l'extrémité, voilà l'exil où elle a été reléguée*^. Description de cet exil (Voy. État de l'âme sous la dépendance des sens, IF Medit[atioji] de la Pureté '').

« Egredere, egredere : Sors, sors » d'une si infâme servitude et d'un bannissement si honteux : Caveatur delectatio, cui mentcm eneroandam non oportet dari ^. • — Fortitudinem suam ad te custodiant, nec eam spargant in deliciosas lassiiudines^.

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