Tertull., Apodi//.. u. 39. 4. Aucune, quelque
plus craindre la faim que les autres maux. Donner aux pauvres tout ' .
Mais voyons néanmoins encore comment 11 sortira de Famour de ces infâmes plaisirs, dont les ardeurs insensées nOus poussent à des excès si horribles. [P. 6] Saint Grégoire de Nysse a remarqué que l'Apôtre parle différemment de cette passion et des autres. Il veut qu'on fasse tête contre tous les vices, et il n'}- a que celui-ci contre lequel il ordonne de s'assurer par la fuite. State succincti lumbos mentis xicstrai ' ; demeurez, mettezvous en défense, faites ferme ; mais, parlant du vice d'impureté, toute l'espérance est dans la fuite; et c'est pourquoi il a dit : Fuglic fornicatiouem ^. — Militare prœccpiuiii, dit saint Grégoire de Nysse ^ : tout le précepte de la milice dans cette guerre, c'est de savoir fuir, j)arce ciue tous les traits donnent dans les yeux, et par les yeux dans le cœur ; si bien que le salut est d'éviter la rencontre et de détourner les regards.
Quel autre avait pratiqué avec plus de force cette noble et généreuse fuite (Uic notre saint ? Mais, ô faiblesse de notre nature, oui trouve toujours en ellemême le j)rincine de sa perte ! Ce feu infernal le poursuit jusques dans cette grotte affreuse. Déjà elle lui ])ai-aît insupportable; déjà il regarde le inonde d'un œil jilus riant. Ces épines "" (Voy. sermon de saint Benoît). Sai)it (irégoire : Vohiptatern trahit in dolorem^. Le sentinu'nt de la volupté avait éveillé tous les sens, pour les appeler à la participation de ses douceurs pernicieuses; et, poiu- détourner le cours de ces ardeurs sensuelles, il excite le sentiment de la douleur, qui éveille tous les sens d'une autre manière, pour les noyer dans l'amertume : « Voluptatem traxit in dolorem : Il tira en douleur tout le sentiment de la volupté. » C'est à quoi il employa ses épines : elles rappelèrent [p. 7] en son souvenir, et l'ancienne malédiction de notre nature, et
1 . Édit. : Donner aux pauvres toit du saint, se roulant dans un buisson ce qui reste. d'épines pour triompher d'une ten-
2. I Petr., I, 13. tation. Bossuet l'avait raconté dans H. I Cor.. VI, 18. son premier panégyrique, auquel il 4. Oral, dcj'ug.furnic. se renvoie.
ô. Allusion à un trui: de l'histoire G. />(«/oy., lib. lî. uap. n.
les supplices que le Sauveur a soufierts pour nos vol«ptée infâmes.
C'est ce que doit faire en nous le plaisir àea senjs : aussitôt qu'il commence à se réveiller, cette douceur trompeuse dont il nous séduit nous doit rappeler la mémoire de ce trouble, de cette alarme, de cette amertume, où ces excès ont plongé la sainte âme de notre Sauveur. Ne croyons pas que ce combat nous soit inutile ; au contraire, la victoire nous est assurée. Saint Benoît, par ce seul effort, a vaincu pour jamais la concupiscence. Excrcet minoi'a certamîna, non virtiitum diminutione, sed hostiiim ^ (Voy. sermon de aaînt Thomas d^Aquin', 3^ point.) Sortez donc du plaisir des sens; mais prenez garde, mes Frères, qu'en sortant de cet embarras"^, pour aller à Dieu librement, vous ne vous arrêtiez pas en chemin, et ne soyez pas retenus par la satisfaction de l'esprit.
Second Point.
Saint Augustin nous apprend que, dans cette grande chute de notre nature, l'iiomme, en se séparant de Dieu, tomba premièrement sur soi-même. Il n'en est pas demeuré là, à la vérité ; et s'étant brisé par l'effort d'une telle chute, ses désirs, qui étaient réunis en Dieu, mis en plusieurs pièces par cette rupture, furent partagés deçà et delà, et tombèrent impétueusement dans les choses inférieures. Mais ils ne [p. 8] furent pas précipités tout à coup à ce bas étage ; et notre esprit, détaché de Dieu, demeura premièrement arrêté en lui-même par la complaisance à ses volontés et l'amour de sa liberté déréglée.
En effet, cet amour de la liberté est la source du premier crime. Un saint pape nous apprend que l'homme « a été déçu par sa liberté : Sua in seternum libcrtate
1. S. Aug., Contr. Julian., lib. VI, célébrer la fête de saint Thomas à cap. XVIII, n. 56. cette dernière date qu'avec la réfor-
2. Autre renvoi à un panégyrique me 1 turgique de Mgr de Yintimille, perdu pour nous, celui du 7 mars en 1736.
1657. Bossuet en prononça un autre, 3. Mot faible, souligné, non rem-
également perdu, en cette année placé. — Prenez garde^ pour : At/te
1665, le 7 mars et non, comme on a soin...
cru, le 18 juillet, jour anniversaire 4. De Civit. Dei, lib. XIV, cap,
de la canonisation du Docteur ange- XIII.
lique. On ne commença, à Paris, à
deceptua^. yy II a été trompé par sa liberté, parce qu'il en a voulu faire une indépendance ; il a été trompé par sa liberté, jmrce qu'il l'a élevée jusqu'à l'audace de la rébellion ; il a été trompé pai* sa liberté, parce qu'il a voulu goûter la fausse douceur de faire ce que nous voulons, au préjudice de ce que Dieu veut. Tel est le péché du premier honnne, qui, ayant passé à ses descendants tel qu'il a été dans la source, a imprimé au fond de nos cœurs une liberté indomptée et un amour d'indépendance.
Nous nous relevons de notre ciiute avec le même progrès par lequel nous sonnnes tombés. Comme donc, en nous retirant de Dieu, nous nous sommes arrêtés en nous-mêmes avant cjue de nous engager tout à fait dans les choses inférieures, ainsi, sortant de ce bas étage, nous avons beaucoup à craindre de nous arrêter* encore à nous-mêmes plutôt que de nous réunir tout à fait à Dieu. C'est à quoi s'est opposé le grand saint Benoît, lorsqu'il vous a obligé [s] si exactement à la loi de l'obéissance^. I-aisser tous les ouvrages imparfaits, afin que l'ouvrage de l'obéissance soit [p. 9] parfaitement accompli. Image de la souveraineté de Dieu Honorer la dépendance souveraine où sa grandeur et sa majesté tiennent toutes choses. Exactitude de la Règle à décrire l'obéissance. Dompter par la discipline cette liberté indomptable, etc.
Exhortation aux Pères de pratiquer l'obéissance^. Les mondains [vont] à la servitude par la liberté ; vous, à la liberté par la dépendance. YoleriH qiio nollem pervcneram^. Voulez-vous que vos passions soient invincibles ? Qui de nous n'espère pas de les vaincre un jour ? Mais, en les autorisant par notre liberté indocile, nous les mettons en état de ne pouvoir plus être répriméefs]. Vous suivez vos inclinations, vous faites ce que vous voulez ; vous ne pouvez {)lus en être le maître, vous voilà
1. Innocent. I, Eplft. XX iv, ad Pères, avec joie, une obéissance s Conc. Cartli. palutaire et si glorieuse. )) — Ce n'est
2. Renvoi à la Règle de saint pas une phrase que Bossuet voulait Benoît, ch. v : « T'. Begul. S. Bene- faire, mais un développement. J/cf.. cap. V. » 4. S. Aug., Confeg>:. lib. VIIT,
3. Deloris se charge de cette ex- cap. v, t. I, col. 149. hoi'tation : << Pratiquez donc, mes
Sermons lie Bossuet. — IV. 40
OÙ vous ne voulez pas. Vous voua engagez à cet amour, vous allez où vous voulez ; vous ne pouvez plus vous en (loprendre ; et ces chaînes que vous avez vous-même forgée[s] ^ etc.. : vous voilà donc où vous ne voulez pas. Ainsi à la servitude par la liberté.
Prenez une voie contraire : allez à la liberté par la dépendance. Qu'est-ce que la liberté des enfants de Dieu, sinon une dilatation et une étendue d'un cœur qui se dégage de tout le fini ? Par conséquent, coupez, retrancliez. Egredcre : notre volonté est finie; et tant ([u'olie se resserre en elle-même, elle se donne des bornes. Voulez-vous être libre ? dégagez-vous; n'ayez plus de volonté que celle de Dieu. Ainsi vous entrerez dans les puissances du Seigneur ' ; et oubliant votre volonté })ropre, vous ne vous souviendrez plus que de sa justice. fP. 10] (lo.)/. Vêture : Siniile est rcgnitm cxlorvm" .)
Mais peut-être que vous direz : Comment est-ce que saint Benoît a pratiqué cette obéissance, lui qui a toujours gouverné ? Et moi, je vous répondrai qu'il a pratiqué l'obéissance lorsque, malgré son humilité, il a accepté le commandement. Je vous répondrai encore une fois qu'il a pratiqué l'obéissance lorsqu'il s'est laissé forcer par la charité à quitter la paix de sa retraite. Enfin je vous répondrai qu'il a pratiqué l'obéissance lorsqu'il a exercé son autorité.
Quelle est la supériorité ecclésiastique ? Dans le monde, l'autorité attire à soi les pensées des autres, captive leurs humeurs sous la sienne. Dans les supérioj'ités ecclésiastiques, on doit s'accommoder aux humeurs des autres, parce qu'on doit rendre l'obéissance non seuîen)ent ponctuelle, mais volontaire ; parce qu'on doit non seulement régir, mais guérir les âmes; non seulement les conduire, mais les supporter. Saint Benoît a bien entendu cette vérité, lorsqu'il a dit ces mots touchant l'abbé : Qnam ordumn sit regere animas, et nniJiorum sei-vîre 7noribus ^. Admirable alliance, régir et servir ! Telle est l'autorité ecclésiastique. Il y a cette