A VENT DU LOUVEE. IP DIMANCHE
DIVIXiTE DE JÉSUS-CHRIST,
G décembre 1G65.
Par une exception que justifiait la grandeur du sujet et la manière dont il était conçu, Bossuet, a prêché trois fois ce magnifique sermon, en 1665, 1668 et 1669. Chaque reprise a été l'occasion de quelques retouches, d'additions, de remaniements. Pour éviter des compHcations, peut-être inextricables, nous prendrons, nous aussi, une mesure exceptionnelle au sujet de cetti" œuvre, qui le mérite à tant de titres. Nous la donnerons d'abord ici dans sa rédaction primitive ^, telle qu'elle fut composée pour l'Avent du Louvre (1665) ; et, une seconde fois, dans le volume suivant, sous sa forme définitive, destinée au second A veut royal, celui de Saint- (lermain-en-Laje (1660). Le Koi n'avait pas assisté, d'après la (iazeite de France, au sermon du lyouvrc ; ainsi, à l'égard du principal auditeur, il n'y avait pas de redite. Il était bon de lui présenter tôt ou tard ces vérités capitales ; et le reste de l'auditoire ne pouvait que se féliciter de pouvoir les entendre de nouveau. Les modifications que notre sermon reçut en 1668 diffèrent beaucoup moins, quant à l'aspect, de la rédaction première; parfois, quand il s'agit d'une simple surcharge interlinéaire, on peut hésiter entre 1665 et 1668. Dans le doute, nous nous garderons de rien retrancher, mais nous aurons soin d'avertir le lecteur,
Ceeci vident, claudi ainbiilanl, leprosi niuiulautur, et le reste; et un peu après : Beatits est <iui non Jiierii scandalhatus in nie!
Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés; et bienheureux est celui qui n'est point scandalisé en moi !
(Mattii., XI, 5, G.)
Jésus-Christ interrogé dans notre évangile par le.ç disciples de saint Jean-Baptiste s'il est ce Messie que l'on attendait, et ce Dieu qui devait venir en personne pour sauver la nature humaine : <( Tu es qui venturus
1. M?, fr. 12821, f" Iii3-ls4. — Édit. : Si'K la m vinitk de LA keligiox.
es ? Êteà-voUï. celui cjui devez venir r « leur dit pour toute réponse qu'il fait des biens infinis au monde et que le monde cependant se soulève unanimement contre lui. Il leur raconte d'une même suite les iDienfaits qu'il répand et les contradictions qu'il endure; et tous ^ les miracles cj[u'il fait, et les scandales qu'il cause à un peuple ingrat : c'est-à-dire qu'il donne aux hommes pour marques de divinité en sa personne sacrée premièrement ses bontés, et secondement leur ingratitude.
En effet, il est véritable que Dieu n'a jamais cessé d'être bienfaisant, et que les honmies aussi ^ n'ont jamais cessé d'être ingrats ; tellement qu'il pourrait sembler, tant notre méconnaissance est extrême, que c'est comme un apanage de la nature divine d'être infiniment libérale aux hommes, et de ne trouver toutefois dans le genre humain qu'une perpétuelle opposition à ses volontés et un mépris injurieux de toutes ses grâces. Saint Pierre a égalé ^ en deux mots les éloges des plus fameux panégyriques* lorsqu'il a dit du Sauveur « qu'il passait en bienfaisant et guérissant tous les oppressés :, Pertransiit hcnefaciendo et sanando ojiines oppressas^ .y) Et certes il n'y a rien "^ de plus magnifique et de [plus] digne d'un Dieu ' que de laisser partout [où] il passe des effets de sa bonté, que de marquer toute sa route^ par ses bienfaits, que de parcourir les provinces ' non par ses victoires, comme on a dit de ces conquérants ^'', car c'est tout ravager et tout détruire ^\ mais par ses libéralités.
Ainsi .Jésus-Christ a montré aux hommes sa divinité comme elle a accoutumé de se déclarer, à savoir par ses grâces et j)ar ses soins paternels ; et les hommes l'ont traité aussi connue ils traitent la Divinité, quand ils
1. Edit. Gazier : puis les mira- 7. Var. : Car qu'y a-t-il de plus c'es. — Il y a ici une réelle diflSculté digne d'un Dieu ?...
de lecture: Lâchât avait p-issé outre. «S. Correctioa de IGG'J : * tous ses