Var. : Car qu'y a-t-il
654 AVENT nu LOUVRE.
Tont payé, selon leur coutume, d'ingratitude : Et bea- /^u^ [est] qui non [fuerit scnndalîzatus in me!]
Voilà Qii peu de paroles ce qui nous est proposé dans notre évangile ; mais, pour en tirer les instructions, il faut un plus long discours, dans lequel je ne puis entrer C]u 'après avoir imploré le secours d'en haut : Ave.
Ce ^ n'est plus en illuminant les aveugles, ni en faisant marcher les estropiés, ni en purifiant les lépreux, ni en ressuscitant les morts que Jésus-Christ autorise sa mission et fait connaître aux hommes sa divinité. Ces choses ont été faites durant les jours de sa vie mortelle, et continuées dans sa sainte Église tant qu'il a été nécessaire pour poser ^ les fondements de la foi naissante. Mais ces miracles sensibles, qui ont été faits par le Fils de Dieu sur des personnes particulières et pendant un temps limité, étaient les signes sacrés d'autres miracles spirituels, C[iii n'ont point de bornes ^ semblables, ni pour les temps, ni pour les personnes "*, puisqu'ils regardent également tous les hommes et tous les siècles.
En effet, ce ne sont point seulement des particuliers aveugles, estropiés et lépreux qui demandent au Fils de Dieu le secours de sa main puissante. Mais plutôt tout le genre humain, si nous le savons comprendre ^, est ce sourd et cet aveugle, qui a perdu la connaissance de Dieu et ne peut plus entendre sa voix : le genre humain est ce boiteux, qui, n'ayant aucune règle des mœurs®, ne peut plus ni marcher droit, ni se soutenir ; enfin le genre humain est tout ensemble et ce lépreux et ce mort
1. Eossuet ayant, selon son usage, 5. Yar. : si nous l'entendons. — Il
débuté flans sa composition écrite y avait amphibologrie : Bossuet a
par ce second exorde, a placé en tête donc retranché cette phrase inci-
tle la page le texte sur lequel il se dente : puis, se ravisant, il Ta heu-
proposait de prêcher. Ce n'est pas à reusement corrigée.
dire qu'il l'ait répété ici en pronon- 6. La règle des mœurs était altérée
çant son discours, comme les an- profondément : cela suffisait à la
ciennes éditions le donnaient k rendre inefficace pour guider le gen-
cioire. re humain. Du reste, Bossuet ne
i'. Yar. : appuyer. dénie pas à la raison toute lum'ère
ii. Yar. : n'ont aucunes bornes. et toute force. Il l'avait dit haute-
4. V"ar. : Ces mots d'abord sou- ment dans le sermon .<!/?• /a -1/or?, et
lignés, ont ensuite été maintenus, il le répétera ici-même, dans sa se-
ce qu'indique un second trait, qui conde partie.
annule le premier.
qui, faute de trouver quelqu'un qui le retire du péché, ne peut ni se purifier de ses taches \ ni éviter sa corruption. Jésus-Chribt a rendu l'ouïe à ce sourd et la clarté [à] cet aveugle, quand il a fondé la foi ;Jésus-Christ a redressé ce boiteux, quand il a réglé les mœurs ; Jésus- Christ a nettoyé ce lépreux et ressuscité ce mort, quand il a établi dans sa sainte Église la rémission des péchés. Voilà les trois grands miracles par lesquels Jésus-Christ nous montre sa divinité; et en voici le moyen.
Quiconque fait voir aux hommes une vérité souveraine et toute-puissante, une droiture ^ infaillible, une bonté sans mesure, fait voir en même temps la Divinité. Or est-il c^ue le Fils de Dieu nous montre en sa personne une vérité souveraine par l'établissement de la foi, une équité infaillible par la direction des mœurs, une bonté sans mesure par la rémission des péchés. Il nous montre donc sa divinité'.
Mais ajoutons, s'il vous plaît, pour achever l'explicatioii de notre évangile, cjue tout ce qui prouve sa divinité, prouve aussi notre ingratitude, Bcatus qui non fuer'tt scandidizatus [in me^ ! Tous ses miracles nous sont un scandale ; toutes ses grâces nous deviennent * un empêchement. Il a voulu, Chrétiens, dans la foi, que les vérités fussent hautes, dans la règle des mœurs, que la voie fût droite, dans la rémission des péchés, que le moyen tut facile. Tout cela était fait pour notre salut : cette hauteur, pour nous élever ; cette droiture, pour nous conduire ; cete facilité, pour nous inviter à la pénitence. Mais nous sommes si dépravés que tout nous tourne à scandale, puisque la hauteur des vérités de la foi fait que nous nous soulevons contre l'autorité de Jésus-Christ, que l'exactitude de la règle qu'il nous donne nous porte à nous plaindre de sa rigueur, et que la facilité du pardon nous est une occasion d'abuser de sa patience.