‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 50 sur 552 · Ihid.. 41. bien mérité · texte numérisé non relu

Ihid.. 41. bien mérité

4. Yar. : mais qui pense en son (>. Ps. oxviil, 137. cœur aux moyens. 7. Luc. xxiii, 41.

Bermons de Bossilet.— IV, S

06 CARÊME DKS CARMÉLITES.

doit-il plaindre? C'est, mes Frères, de ces deux objets que nous devons nous occuper parmi les douleurs ; j'entends Jésus-Christ et nous-mêmes, notre crime et son innocence. Il a souffert comme nous souffrons ; mais il s "est soumis à souft'rir [par] un sentiment [de] miséricorde, [p. vi] au lieu que nous y sommes obligés par une loi indispensable de la justice \ Pécheurs, souffrons ])our l'amour du Juste, pour l'amour de la miséricorde infinie qui nous sauve, qui expose son innocence " à tant de rigueurs ; souffrons les corrections salutaires de sa justice qui nous châtie, qui nous ménage, et qui nous épargne : ces sentiments forceront le ciel, et les portes du paradis nous seront ouvertes : Hodie mecum eris in paradiso. O le sacrifice agréable! ô l'hostie de bonne senteur !

Mais, mes Frères, les afflictions ne nous servent pas seulement pour nous faire connaître nos crimes : elles sont un feu spirituel où la vertu chrétienne est mise à l'épreuve, où elle est rendue digne des yeux de Dieu même et de la perfection du siècle futur '\ Que la vertu doive être éprouvée, comme l'or dans une fournaise, c'est une vérité connue et très souvent répétée dans les saintes Lettres; mais, afin d'en entendre toute l'étentlue, il faut ici observer que le feu opère deux choses à l'égard de l'or : [p. vu] il l'éprouve et le fait connaître * ; il le purifie et le raffine ; et c'est ce que font l)ien mieux les afflictions à l'égard de la vertu chrétienne. Je ne craindrai point de le dire : jusqu'à ce que la vertu se soit éprouvée dans l'exercice des afflictions, elle n'est jamais assurée. Car^, comme on ne connaît point un soldat, jusqu'à ce qu'il ait été à la guerre *', ainsi la vertu chrétienne^ n'étant pas pour la montre ni pour l'apparence, mais pour l'usage et pour le combat, tant qu'elle n'a pas combattu, elle ne se connaît pas elle-même. C'est pourquoi l'apôtre saint Paul ne lui

1. Var. : uous y sommes teuus par -1. Y;ir. : fait cotiuaîtro s'il est

juï^tice. V(!;ritable.

"2. Var. : qui l'expose. 5. Var. : Car la vertu (.■hrtitieuiie

3. A^ote marginalt',: Quiconque ne n'est pas pour la montre... résiste pas à ses volontés, il est in- (i. Var. : dans le combat,

juste au prochain, incommode au 7. Note viarff huile : Vertu digne

inonde, outrageux à Dieu, jDtiuible tï du siècle futur, éprouvée par la

lui-même. patience : c'est l'or du sanctuaire. ,

permet pas d'espérer, jusqu'à ce qu'elle ait passé par l'épreuve : La patience produit Vépreuve, et Vépreuve, dit-il S produit Veapérance. Et voici la raison solide de cette sentence apostolique : [p. Viii] c'est que la vertu véritable attend tout de Dieu ; mais elle ne peut rien attendre de Dieu jusqu'à ce qu'elle soit telle qu'il la juge digne de lui : or, elle ne peut jamais reconnaître si elle est digne de Dieu si ce n'est par l'épreuve que Dieu nous propose ; cette épreuve, ce sont les souffrances. Par conséquent, Chrétiens, jusqu'à ce qu'elle soit éprouvée par l'affliction, son espérance est toujours douteuse ; et son fondement le plus ferme, aussi bien que son épreuve la plus assurée, c'est l'exercice des afflictions.

Que peut espérer un soldat que son capitaine ne daigne éprouver? Mais au contraire, quand il l'exerce dans des entreprises laborieuses, il lui donne sujet de prétendre. O piété délicate, qui n'as jamais goûté les afflictions ! piété nourrie à l'ombre et dans le repos ! je t'entends discourir de la vie future : tu prétends à la couronne d'immortalité; mais tu ne dois pas renverser Tordre de l'Apôtre : La patience produit Vépreuve, et l'épreuve produit l'espérance. Si donc tu espères la gloire de Dieu, [p. ixj vien[s] que je te mette à l'épreuve que Dieu a proposée à ses serviteurs. Voici une tempête qui s'élève, voici une perte de biens, une insulte ^, une contrariété, une maladie : quoi ! tu te laisses aller aux murmures, pauvre piété déconcertée ! tu ne peux plus te soutenir, piété sans force et sans fondement ! Va, tu n'as jamais mérité le nom d'une piété chrétienne; tu n'en étais qu'un vain simulacre; tu n'étais qu'un faux or, qui brille au soleil, mais qui ne dure f)as dans le feu, mais qui s'évanouit dans le creuset. Tu n'es propre qu'à tromper les hommes par une vaine apj)areiu'p ; mais tu n'es pas digne de Dieu, ni de la pureté (lu siècle futur,

La véritable vertu cli rétienne non seulement se conserve, mais encore se raffine et se purifie dans le feu des atHictions ; et si nous nous savons coiuiaître nous-mêmes,

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