‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 502 sur 552 · Yar. : leur âme · texte numérisé non relu

Yar. : leur âme

4. Tout ce qui suit a été refait en 166S,et remanié de nouveau en ltîO;>.

Nous donnerons â cette dei'nière date la rédaction définitive, et nous siarnalerons en même temps les différences qu'elle présente avec celle de 166t*. Des 1665. il y avait eu ae* tâtonnements, qui vont nous fournir une variante importante.

cheurs nous savent bien dire qu'il ne faut que le r^epejatir pour être capable d'approcher de cette fontaine de grâces. Ainsi un repentir douteux devient le motif d\ni crime certain ^ Mais, o aveuglement inouï, ô stupidité insensée de pécher pour se repentir ! Car je vous demande, mes Frères, lorsque vous vous laissez emporter à cette passion criminelle, croyez-vous quelquefois vous en repentir, ou ne vous en repentir jamais ? Jamais ! qui le pourrait dire ? Jamais ! c^ui le pourrait seulement penser ? En quoi différeriez-vous d'avec les démons, impénitents et endurcis dans leur crime ? Vous espérez donc quelque jour vous [p. g] repentir sincèrement de vos désordres, et c'est ce qui vous engage, a Ohstupescite, ohstupescite, cseli, super hoc^l O ciel, étonnezvous » d'un si prodigieux étourdissement ^ ! Les aveugles enfants d'Adam ne craignent point de pécher, parce qu'ils i^ensent en être un jour fâchés^. Est-ce moi qui n'entends pas, ou bien est-ce votre passion qui vous enchante ? Me trompé-je dans ma pensée, ou bien êtes-vous aveugle en la vôtre ? Quand vous êtesvous avisé de faire une chose parce que vous croyiez vous en repentir cjuelque jour ' ? C'est au contraire la raison formelle de s'en abstenir ; au contraire le repentir ^ qu'on prévoit n'est-il pas naturellement un frein au désir et un arrêt à la volonté ? Mais qu'un homme dise en lui-même : Je me détermine à cette action, j'espère d'en avoir regret, et je m'en retirerais sans cette pensée ; qu'ainsi le regret prévu devienne, contre sa nature, et l'objet de notre espérance et le

1. Var. : (non effacée en 1068, jnsteetplus facile que de s'affliger

tandis que la rédaction que Bossuet de ses fautes, et de se repentir d'a-

y avait substituée en 1(565 a été voir mal fait? Ainsi, par une étrange

retranchée en partie) : Que dirai-je, contradiction, le repentir douteux

où me totu-nerai-je pour arrêter les devient le motif d'un crime certain,

profanations des hommes pervers 2. .Tei-etn., H, 12.

qui vont faire malheureusement 8. Var. : égarement,

leur écueil du port ? — Et la suite, 4. Var. : parce qu'ils espèrent un

maintenant effacée : Dirai-je que jour d'en étie fâchés,

doi-énavant Dieu fermera cette fon- ."). Ms.: croj'ez. Var.: Quand est-ce

t:une ou en rendra l'abord difficile ? qu'on s'est avisé de faire une chose

Mais les pécheurs me demandent : jiarcp qu'on croit s'en repentir...

Que faut-i! donc pour en approcher? i',. Var. : car le repentir... — C'est

N'est-ce pas assez de se repentir ? à cet endroit que les remniements

C'est ce qui achève de les perdre. de IGO'j et de 1669 se rattacheront

Car qu'y a-t-il qui paraisse et plus à la première rédaction.

S IIUOU: lil; TÎO-^nict. — IV. -ii

motif de notre choix, c'est un aveuglement inouï, c'est mêler ensemble ^ les contraires, c'est changer l'essence des choses. Non, non, ce que vous pensez n'est ni un repentir ni une douleur; vous n'en entendez pas seulement le nom, tant vous êtes éloignés d'en avoir la chose. Cette douleur qu'on désire, ce repentir qu'on espère avoir quelque jour, n'est qu'une feinte douleur et un repentir imaginaire. Ne vous trompez pas, Chrétiens, il n'est pas si aisé de se repentir. Il faut ^ renverser son cœur jusqu'aux fondements, déraciner violemment ses inclinations ^, s'indigner implacablement contre ses faiblesses,s'arracher de vive force à soi-même. Si vous prévoyiez un tel repentir, il vous serait un frein salutaire. Mais le repentir que vous attendez n'est qu'une grimace ; la douleur que vous espérez, une illusion et une chimère * ; [p. h] et vous avez sujet de craindre que, par une juste punition d'avoir si étrangement renversé la nature de la pénitence, un Dieu méprisé et vengeur de ses sacrements profanés ne vous envoie en sa fureur, non le Peccavi d'un David ^, non les regrets d'un saint Pierre, non la douleur amère d'une Madeleine, mais le regret politique d'un Saûl, mais la douleur d'un Judas, mais le repentir stérile d'un Antiochus ® ; et que vous ne périssiez malheureusement dans vo^re fausse contrition et dans votre pénitence impénitente.

Vivons donc, mes Frères, de sorte que la rémission des péchés ne nous soit pas un scandale. Rétablissons les choses dans leur usage naturel. Que la pénitence soit pénitence, vm remède, et non un poison ; ([ue l'espérance soit espérance, un[e] ressource à la faiblesse, et non un appui à l'audace; que la douleur soit une douleur, que le repentir soit un repentir, c'est-à-dire l'ex-

l.Edit. : c'est confondre... — Ce poser,

mot est effacé, et remplacé par notre 5. II Reg.. xii. 13. — Yar. : non

leçon. le repentir. — Encore ici des sur-

2. Addition de 1669 : Pour pro- cbai-nres qui peuvent être de 1668, duiie un repentir sincère, il faut, etc. mais qui différent trop peu de celle.*

3. En 1668 : dér.^ciner ses incli- de IMô pour qu'on s'expose à munations avec violence. tiler cette rédaction.

4. Ces mots, depuis itnieli-epentit, 6 Eu 1669: mais la douleur déssonl neut-être ajoutés en 1668. La espérée d'un Juda.';. mais les regreta prv ■'"•e rédaction, effacée, portait : stériles d'un Antiochus.

iani.,..- vous ne voudriez vous y ex-

piatioii des péchés passés, et noD le fondement des péchés futurs. Ainsi nous arriverons par la pénitence au lieu où il n'y a plus ni repentir ni douleur, mais un calme perpétuel et une paix immuable. Au nom [du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit.]

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