FÊTE DE LA COXCEPTIOX
sainte Vierge a reçu la grâce, il la faut mesurer par son alliance et par son union très étroite avec son Fils : et c'est par là, Chrétiens, qu'il nous est aisé de connaître que les hommes ne lui doivent donner aucunes bornes. Vous raconterai-je, Messieurs, les adresses de la nature pour attacher les enfants et pour les incorporer au sein de la mère, pour faire que leur nourriture et leur vie passent par les mêmes canaux, et faire des deux pour ainsi dire un même tout et une même personne ? Les enfants, en venant au monde, ne rompent pas le nœud de cette union. La nature fait d'autres liens, qui sont ceux de l'amour et de la tendresse : les mères portent leurs enfants d'une autre manière, c'est-à-dire dans le cœur. Aussitôt qu'ils sont agités, leurs entrailles sont encore émues d'une manière si vive, qu'elle ne leur permet pas de sentir qu'elles en soient séparées.
Mais que sera-ce, si nous ajoutons à cette union ce qu'il y a de particulier entre Jésus et Marie ? si nous considérons qu'il n'a point de père sur terre, et qu'il reconnaît par conséquent sa mère très pure comme la source unique de tout son sang et le principe unique de sa vie ? en sorte qu'il ressent pour elle seule, avec une incroyable augmentation et d'amour et de tendresse, ce que la nature a inspiré au cœur des enfants pour le partager également entre le père et la mère ; comme aussi réciproquement cette mère vierge rassemble en elle-même pour ce cher unique ce que la même nature répand ordinairement en deux cœurs, c'est-à-dire ce que l'amour du père a de plus fort, et ce que l'amour de la mère a de plus vif et de plus tendre : Dilcctua yneiis mihi, et ego ilU ^
Que si vous me répondez que cette union regarde seulement le corps et ne fait que suivre la trace riu sang, c'e.st ici qu'il faut que je vous expose une vérité admirable, mais qui ne sera pas moins utile à votre instruction que glorieuse et avantageuse à la sainte Vierge. C'est, Messieurs, que le Fils de Dieu ayant pris un corps pour l'amour des âmes, il ne s'approche jamais de nous par son divin corps que dans un désir infini de