ColoS.. T. '
710 CARÊME DE SMNT-THOMAS-Dl i-LOLîVRE.
sur lesquels on étendait les anciens chrétiens, notre propre nature nous fait souffrir assez, le inonde nous rend assez d'injustices, ses faveurs sont assez inconstantes, il a assez de rebuts, ses engagements sont trop insupportables, et il y a assez de bizarreries et de contrariétés dans les humeurs des hommes. Jamais la matière ne manquera à vos patiences. Que reste-il donc à faire au chrétien, si ce n'est de porter avec soumission cette perte et cette croix ? Ha! lorsque la croix nous paraît, lorsque nous sommes exercés i)ar quelques souffrances et par quelques contrariétés, ô ! alors il faut chanter avec l'Ëolise catholique : Vexilla régis prodeunt ^, voilà l'étendard de Jésus-Christ qui brille et qui éclate à vos yeux ; o Croix, je te salue, tu es mon unique espérance. En pardonnant les crimes des pécheurs, tu augmentes la justice des fidèles, O C'riLv, ave, spes iinica. Ce n'est pas seulement devant ces croix matérielles que nous devons chanter cet hymne ; mais les croix des afflictions te pressent, elles ne doivent pas être seulement présentes à tes yeux, 'elles doivent encore être imprimées sur ton corps. O ! c'est alors que nous devons chanter cet hymne : Vexilla régis prodeunt, marchons sous cet étendard de la croix, allons à la compagnie du Fils de ])ieu. \ ous le voyez donc. Chrétiens, les croix sont absolument nécessaires, elles sont même inévitables. On en trouve assez dans le monde, il y a assez de désordres dans le monde; les intrigues et les rencontres s'entrechoquent les unes les autres. Que nous reste-il donc sinon qu'après avoir établi la nécessité des souffrances, nous en apprenions l'utilité dans la seconde partie de ce discours.
Second Point.
Je n'aurais jamais fait si j'entreprenais de vous raconter tout ce que Jésus-Christ a souffert ; mais je me contenterai de vo\is en exposer les chefs les plus importants. Le premier, c'est l'utilité des souffrances parce qu'elles rappellent en nous le souvenir de nos crimes passés, nous abaissant sous l'autorité de la jus-
). Hvmnf! du bivviiitif, mux vûpres du temps de la Passioa.
SIR I.F.S SOLFFRANCES. 711
tice (iiviiie, et excitant flans un cœur rebelle les sentiments de la pénitence. Nous le voyons par l'exemple. de ces âmes qui, dans les prospérités, s'oublient de leurs désordres, et c'est par les adversités qu'ils commencent à s'en souvenir. Nous lisons dans le second livre d'Esdras ^ que le peuple d'Israël retournait à Dieu au milieu de ses afflictions, et c'est pour cela que ce prophète disait à Dieu : Seigneur, vous avez conduit nos pères par la main dans le désert, vous les avez établis dans une terre abondante en toutes choses, vous les avez engraissés, et ils ont résisté contre vous, et ils se sont soulevés contre vous, et ils ont méprisé votre loi et ils se sont éloignés de vos prophètes, et voilà que vous les avez livrés entre les mains de leurs ennemis, et ils ont retourné a vous, et vous les avez écoutés, et vous leur avez donné des biens, et aussitôt ils se sont retirés de vous, et vous les avez frappés, et ils sont retournés à vous. Il est donc vrai que quand Dieu nous frappe, il renouvelle en nous les sentiments de sa justice contre nos crimes, et la raison de cette vérité, c'est qu'il y a en nos coeurs un sentiment secret de la justice divine qui ne punit les créatures qu'en qualité de Dieu, si bien qu'il est impossible que l'innocent puisse souffrir quelque mal, tellement que nous voyons que sa nature est si bienfaisante qu'il ne veut pas qu'un innocent souffre, et que même il console ses créatures. C'est donc dans la prospérité que le chrétien oublie les dérèglements de sa vie, et qu'il dit dans son cœur, selon le Prophète: aDirit in corde suo : Non est Deus '. Il dit dans son cœur qu'il n'y a point de Dieu », et aussitôt que le pécheur se sent frappé par la main de Dieu, il renouvelle en son cœur les sentiments de sa vie passée : Recogitabo tibi onines annos meos in amaritudine animœ meœ^. Voilà donc la première utilité des souffrances : c'est qu'elles renouvellent les sentiments de componction pour les péchés passés, c'est que les souffrances font un cœur contrit * et humilié; et c'est la vérité que je trouve dans le mystère que je vous prêche. Voyez ce larron bienheureux qui s'est confié au Sauveur. Il s'étonne de l'audace in-
l.II Esdr.. IX. 3. I?., xxxvin, IT).