Ps. xni. ! 4. Ms. : content
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sensée de son compagnon, leiiuel, étant accablé sous le poids de la justice divine, ne la reconnaît point encore et se moque tout au contraire du Fils de Dieu : FA tu non agno)<cis Dcmn cinii in cadcm damnntione sis ^. Voilà le ]iiemier état de celui qui est frappé de la main de Dieu. II rentre dans le souvenir de son crime lorsqu'il se sent frappé de la main de Dieu, C'est pour cela C|ue ce saint voleur commence à rentrer en soi-même et à confesser son crime : « Et îws quidem digna factis rccipimus ~ : pour nous, nous souffrons justement le mal Cjue nous avons mérité », Voyez ^ comme il adore et comme il baise !a main qui le châtie. Ha ! Messieurs, c'est le moyen de changer bientôt de vie, car le Saint-Esprit, qui ne veut point la mort du pécheur, ne refuse point sa grâce à un cœur contrit et humilié, et si Dieu nous frappe en cette vie par les souffrances, ce n'est que pour nous faire revenir à lui. Il ne demande rien autre chose, sinon qu'au jjremier coup qu'il nous frappe, nous reconnaissions la main de celui qui nous frappe. C'est pourquoi, aussit^ que nous la reconnaissons, nous pouvons dire avec le Prophète : « No7i acccndet * omnem iram siiam : Ha ! notre Dieu n'a pas allumé toute sa colère ». Ne lui permettez pas, pécheurs, d'étendre tout son bras, car, s'il est si grand quand il est en colère, ha ! qui est-ce qui pourra le supporter? Soyez donc sensibles, INIessieurs, aux premiers coups et aux premières atteintes de la colère de Dieu, et rentrant dans un sentiment profond de notre péché, rendons nos hommages à sa justice souveraine et lui offrons le sacrifice d'un cœur contrit et humilié; c'est ce que fait ce voleur pénitent. Mais voyons la suite de son histoire.
Il ne se contente pas de regarder ses crimes ; mais ensuite il jette un regard sur Jésus innocent, et c'est ce. que nous devons faire dans nos afflictions. Deux choses doivent être l'objet de notre pensée : notre crime et l'innocence du Fils de Dieu. Notre crime nous doit convaincre que nous souffrons avec justice; l'innocence du
1. Le texteiporte : yeipie tu tintes (Luc. XXTU, 41). Deum, guod nt eadem damnuùone. vs 3. Ms. : Voici. Cf. p. 65.
(Luc. xXiii, 10). 4. Et nun acccndit (Ps. l.XXVll,
2. La Tulp.ite: Et nos quidem 38). ,. ; Juste, nam dir/uu J'actts rtcipimuii •. i
J'i!> de Dieu doit nous empêcher de nous plaindre uan^ nos souffrances : « Et nos qu'idem digna jadis recipimus, hic auton quid miili fccit ^ ? Un pécheur se sauve parce qu'il souffre dans la compagnie de Jésus-Christ, souhiettons-nous donc à sa miséricorde qui nous pardonne ; mais un pécheur souffre pt se danme en sa compagnie, soumettons-nous donc à sa justice qui nous cjiâtie.
La deuxième utilité qu'il faut tirer des souffrances, c'est une chose très importante : il n'y a rien de plus nécessaire à l'homme, c'est d'avoir la volonté domptée. Maliieur à celui qui ne résiste pas à sa volonté ! Il y a, Messieurs, dans notre âme des désirs malades, il y a des appétits irréguliers. (^)uiconque ne résiste pas à sa volonté résiste à Dieu. Ainsi toute la perfection consiste à résister à sa volonté. Mais résistoris-nous à nousmêmes ? mais aurons-nous jamais le courage de résister à nous-mêmes ? Quelque grangrené que soit notre bias, jamais nous n'avons la force de l'arracher : il faut employer la main d'un chirurgien pour faire cette opération. Ainsi, si nous ne nous surmontons nous-mêmes, comment résisterons-nous à notre volonté? et cependant, c'est dans la résistance de notre volonté que consiste la perfection. Donc il est nécessaire que notre volonté soit domptée. Elle ne sera pas domptée si elle n'est disciplinée ; elle n'est pas disciplinée si elle n'est contrariée, et toute la résistance que vous apportez à votre volonté ne consiste pas seulement dans les objets extérieurs, mais encore dans les sentiments intérieurs.
Passons outre et disons que les afflictions des chrétiens sont une preuve certaine de leur vertu. La vertu n'est pas digne que nous l'aimions quand elle n'est pas épurée. Il est de la vertu conmie de l'or ; il faut qu'elle soit mise dans la fournaise, et le feu de cette fournaise fait deux choses. La première, c'est qu'il fait voir si cet or est véritaVrie : la deuxième, c'est qu'il l'épure. Il en faut dire de même de la vertu : que je trouve de guerriers hors du combat ! que je trouve de combattants hors des occasions dangereuses, mais, qu'il y en a peu qui puissent; soutenir un cœur égal dans les périls et
1. La Vnlpate : Hic vero nihil malf çessit (Luc, XXXIJI. 41).
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dans les dangers! Il en est ainsi de la vertu. Il y en a beaucoup qui la perdent, mais il y en a peu qui combattent pour l'acquérir. Que je me ris de tes discours, ô vertu à la mode et qui n'as que la grimace! Je me mociue de tes vanteries. Si tu es une vertu solide, viens que je t'éprouve. Voici une tempête qui s'élève, voici une perte de biens, une injure, une maladie. Quoi ! tu ne peux pas soutenir cet affront, ô piété de grimace ; tu demeures sans force et sans mouvement, ô piété, tu n'as que du vent, tu t'abandonnes au murnmre, piété en apparence ! tu n'es pas une piété véritable, tu n'as que de l'apparence, tu es un faux or ! tu as un peu de brillant, mais tu rie peux pas subsister dans le t'en, tu n'as que la grimace de la vertu chrétienne! Cette vertu chrétienne s'endurcit dans les afflictions, et c'est d'elle dont il est dit: Aruit tanquam tcxta virtiis mea^. Ha! dit saint Augustin", c'est que la vertu est comme une terre d'argile, qui se sèche et cjui s'endurcit au feu de la souffrance. Telle est ta vertu. Chrétien ! Il y avait de telles vertus dans les premiers chrétiens qui, voyant la sentence de leur mort attachée à des poteaux que les empereurs avaient fait dresser contre terre, ne pouvaient s'empêcher de confesser hautement qu'ils étaient chrétiens. Mais, depuis que la paix a été dans le christianisme, la vertu n'a été que languissante. Dans les premiers temps, on n'estimait que les souffrances ; alors la vertu était véritable, parce qu'elle avait accoutumé de ne regarder que les choses du ciel. Les chrétiens n'avaient point encore appris le secret de faire un art de la piété. La piété était fervente, parce qu'elle était exercée, parce qu'elle ne regardait que les choses du ciel, parce qu'elle était toujours préparée aux bonnes œuvres. Mais qui pratique cette véritable vertu ? mais qui est capable de soutenir de telles épreuves ? Et je vous demande, avons-nous ressenti cette première vigueur ; sommes-nous dignes de porter le nom de chrétiens ? qui le fera voir ? Non seulement la vertu véritable est reconnue par les souffrances, mais encore elle a besoin de passer par les souffrances pour être épurée.