Hebr., lï
le Père, quand il marche contre son Fils. Il est armé de son foudre, je veux dire de cette terrible malédiction qu'il lance sur les têtes criminelles. Quoi ! ce foudre tombera-t-il sur le Fils de Dieu? Écoutez l'apôtre saint Paul : « Il est fait pour nous malédiction : Factus pro 7i(>his rnaledictum^ ; » le grec porte : exécration ^.
Pour entendre le sens de l'Apôtre, vous voyez qu'il faut méditer avant toutes choses quelle est la force, quelle l'énergie de la malédiction divine; mais il faut que [p. c] Dieu l'explique lui-même par la bouche du di An Psalmiste. « Induit maledictionem sicut vestimeri' tum, et intravit sicut aqua in interiora ejus, et sicut oleum in ossibus ejus^ : la malédiction l'environne comme un vêtement; elle entre comme de l'eau dans son intérieur, et pénètre comme de l'huile jusques à ses os. » \ oilà donc trois effets terribles de la divine malédiction. Fille environne les pécheurs par le dehors; elle entre jusqu'au dedans, et s'attache aux puissances de leurs âmes ^ ; mais elle passe encore plus loin : elle pénètre, comme de l'huile, jusques à la moelle de leurs os ", elle perce jusqu'au fond de leur substance^. Jésus chargé des péchés des hommes en qualité de répondant et de caution, est frappé de ces trois foudres, ou plutôt de ces trois dards du foudre de Dieu. Expliquons ceci en peu de paroles, autant que le sujet le pourra permettre.
L'un des privilèges des justes [p. c/J, c'est que Dieu les assure, dans les saintes Lettres, que sa miséricorde les environne : Speranteni autem in Domino misericordia circunidahit \ Il veut par là que nous entendions f[u"il fait, pour ainsi dire, la garde autour d'eux pour détourner de sa main les coups qui menacent leurs têtes ; qu'il bride la puissance de leurs ennemis, et qu'il
1 . Oahit.. nr, 1:1. Grec : xaTctpa. est en partie empruntée à une not»
'2. Xtite marginale : Remarque/. àe la page //, ci-après. Elle ne sau
que Dieu veut nous faire voir en rait entrer dans le texte sans en iii
cette image [ce que c'est qu'un teri'om]>re la suite.
crime réel, ce que c'est qu'un pé- o. Ps. cviii. 17.
clieur véritable: Si in viridi lii/no 4. Var. : de l'âme, de son âme. '
hwc J'acitait, in arido quid fiet ?] .5. Var. : des os.
(Luc, xxni, 31 ). — Cette ad'iition, fi. Var. : de la substance.
que l'auteur ajoute en se relisant, 7. Ps. .xxxi, 10.
100 CAPftME DES CARMÉLITES.
les met à couvert de tous les insults du dehors, sous l'aile de sa ])rotection.
Ainsi le premier degré de malédiction, c'est que Dieu retire des pécheurs cette protection extérieure, et les laisse par conséquent exposés à un nombre infini d'accidents fâcheux, qui menacent de toutes parts la faiblesse humaine. Je vous ai déjà fait voir, Chrétiens, que Jésus a été réduit à ce triste état par la volonté de son Père, qu'il s'y est assujetti [p. e] volontairement en qualité de victime; et comme ce que j'aurais à dire sur ce sujet tomberait à peu près dans le même sens de ma première partie, pour ne vous accabler pas de redites dans un discours déjà assez long, je remarquerai seulement cette circonstance.
C'est que la protection de Dieu sur les justes leur est promise principalement dans le temps des afflictions ; parce que Dieu, comme un bon ami, se plaît de faire j)araître à ses serviteurs, dans le temps des adversités, la fidélité de ses soins. De là vient que, lorsqu'il semble les abandonner, il fait luire sur eux ordinairement, par certaines voies imprévues, qui ne manque [ntj jamais à sa providence, quelque marque de sa faveur \ Jésus n'en voit pas la moindre étincelle; si bien qu'en se plaignant que Dieu le délaisse, dans les ternies du Roil)ropliète ^, il pouvait encore ajouter ce (ju'il dit en un autre lieu ^ : « Ut quid, Domine, recesshti longe ? () Dieu! pourquoi vous êtes-vous retiré si loin, » qu'il semble que je vous perde de vue? Despicis in [p. /] opportuititatibus : \ ous, qui vous glorifiez d'être si fidèle, (( vous nie dédaignez dans l'occasion, lorsque j'ai le j)lus de besoin de votre secours : Despicis in opportiinitatibus. » Et quelle est cette occasion? 7/! tribidatione : o Dieu! vous me méprisez dans Vextréniité de mes angoisses.
"\'oilà l'état du Sauveur. Mais disons ici en passant aux enfants de Dieu qui semblent abandonnés j)arnii leurs ennuis*, qu'ils considèrent Jésus, qu'ils sachent
1. Var. : par quelque voie impré- 4. Ce mot, très énergique au
(le su faveur. xyii» siècle, a été substitué ici h
détifste^. effacé.
roi R I,F- VENnRKDI SAINT. 101
i|iio Dieu, cet aini fidèle, ne nous inan(|iie jamais aux occasions ' ; mais ce n'est pas à nous de les lui prescrire : elles dépendent de l'ordre de ses décrets, et non de Tordre des temps " ; il suffit que nous soyons assurés qu'il viendra infailliblement à notre secours, pourvu ([ue nous ayons la force d'attendre.
Après ce mot de consolation que nous devions, ce me semble, aux affligés, revenons maintenant au Fih de Dieu, et voyons [p. g] la divine malédiction qui commence à pénétrer son intérieur et le frappe dans les puissances de l'âme. Suivons toujours l'Écriture sainte, et ne parlons point sans la loi.
J'ai appris de cette Écriture c^ue Dieu a un visage pour les justes et un visage pour les pécheurs. Le visage qu'il a pour les justes est un visage serein et tranquille, qui dissipe tous les nuages, qui calme tous les troubles de la conscience; un visage doux et paternel, « qui remplit l'âme d'une sainte joie : « Adimplehis riie lœtitia cum vvltu f j/o \ » O Jésus ! il était autrefois pour vous : autrefois ; mais maintenant la chose est changée. Il }• a un autre visage que Dieu tourne contre les pécheurs, un visage dont il est écrit : « Viiltm^ axitem Domini super focientcs main'*' : Le visage de Dieu sur ceux qui font mal : » visage terrible et épouvantable, le visage de la justice irritée, dont Dieu étonne les réprouvés.
O grâce ! ô rémission ! ô salut des hommes ! que vous coûtez à Jésus ! Son Père lui paraît avec ce visage ; il lui montre cet œil enflanuné ; il lance contre lui ce regard terrible, « qui allume le feu devant soi : Ignia in conspectu ejus exardescet^ . » Il le regarde [p. li'\ enfin comme un criminel, et la vue de ce criminel lui fait en quelque sorte oublier son Fils.
Ha ! si nous pouvions ouvrir les yfux pour considérer ce visage! Jésus lui-même en est étonné, parce qu'il porte l'image d'un criminel. Voyez comme il entre*
1. Réminiscence du mot in oppor- C. Var. : oiiljlier son Fils. Mon
tunitatihus. cité plus haut. Sauveur en est étonné. Voj-ez comme
3. Var. : des temps; mais il vien- il entre... — A la suite de l'addition
dra. marginale qui contient la correction,