‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 76 sur 552 · Ps. XLix,4. ainsi (juc nous l'avons remarqué · texte numérisé non relu

Ps. XLix,4. ainsi (juc nous l'avons remarqué

,102 CARÊME DES CARMELITES.

aussi dans ce sentiment, et comme il prend en vérité l'état de pécheur. Ha! c'est ici mon salut. Je me plais de m'occuper dans cette pensée; j'aime à voir que mon Sauveur prend mes sentiments, parce que c'est en cette manière qu'il ^ne donne la liberté de prendre les siens ; ijDarce qu'il parle à Dieu comme un pécheur, ha! c'est ce qui me donne la liberté de parler comme un innocent. Je remarque donc, âmes saintes, que, dès le commencement de sa Passion, il ne parle plus à Dieu qu'en tremblant : lui qui, priant, autrefois commençait sa prière par l'action de grâces'^, assuré d'être toujours ouï pourvu qu'il dît; lui qui disaii si hardiment : Père, je le veux', dans le jardin des Olives commence à tenir un autre langage: Père, dit-il, s'il est possible; Père, si vous voulez, détournez de vioi ce calice ; non ma volonté, mais la vôtre ^. Est-ce là le discours d'un Fils bien-aimé? Eh! vous disiez autrefois si assurément: Tout ce qui est à vous est à moi; tout ce qui est à moi est à vous ■*. Il a été un temps qu'il pouvait parler de la sorte : maintenant [p. i] que le Fils unique est caché et enveloppé sous le pécheur, il n'ose plus lui parler avec cette liberté première ; il prie avec tremblement ; et enfin, dans la suite de sa Passion, se voyant toujours traité comme un criminel, ne découvrant plus aucuns traits de la bonté de son Père, il n'ose plus aussi lui donner ce nom; et, pi'essé d'une détresse incroyable, il ne l'appelle plus que son Dieu : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné? Deus meus, Deus meus, [ut quid dereJiquîsti me] ^? ^>

Mais la cause principale de cette plainte, c'est que la colère divine, après avoir occupé toutes ses puissances, avait produit son dernier efï'et, en perçant et pénétrant jusqu'au fond de l'âme. Je n'aurais jamais fini ce discours, si j'entreprenais de vous expliquer [p. fc] combien ce coup est terrible. Il suffit que vous remarquiez qu'il n'appartient qu'à Dieu seul d'aller chercher

f( Voyez en l'image et en la peinture 2. Jhid., x vu, 24.

ce que c'est qu'un crime réel, ce que *>. Matth., xxvi, 39 ; Luc, x x il

c'est qu'un pécheur véritable : Si in 42. riridi Uqno hœc faclunt, in arido 4. Joan., xvir, 10.

quidfiet? (Luc, xxrii, 31.) ;'.. Matth.. xxvir, 40

J. Joan., XI, 41, 42.

POIR I.F, VENDREDI SAINT, 103

l'âme jusque dans son centre. Le passage en est fermé aux attaques les plus violentes des créatures ; Dieu seul, en la faisant, se l'est réservé; et c'est par là qu'il la prend, quand il veut la renverser par les fondements, selon l'expression prophétique : Commovehit illos a fundamentis \ C'est ce qui s'appelle, dans l'Écriture, « briser les pécheurs : (Deus) conteret (eos) ". » Voyez ici combien il est horrible de tomber entre les mains du Dieu vivant : c'est pour cela que Dieu a suivi cette voie de justice. Isaïe l'a dit clairement dans ce beau passage (chapitre lui), qui s'entend de Jésus-Christ à la lettre : « Le Seigneur l'a voulu briser ; Doniînus volitît conterere cum in infirmitate^ y) ; et pour achever la perfection de son sacrifice, il fallait qu'il fût encore froissé par ce dernier coup *.

Je ne crains point de dire que tous les autres tourments de notre Sauveur, quoique leur rigueur soit insupportable, ne sont qu'une ombre et une peinture, à comparaison des douleurs, de l'oppression, de l'angoisse que souffre son âme très sainte, sous la main de Dieu qui la froisse.

[P. /] De ([uelle sorte le Fils de Dieu a pu ressentir ce coup de foudre, c'est un secret profond qui passe de trop loin notre intelligence, soit que sa divinité se fût comme retirée en elle-même; soit que, ne faisant sentir sa présence qu'en une certaine partie de son âme, ce qui n'est pas impossible à Dieu, qui pénètre', comme (lit saint Paul ", jiisqu^aux divisions les plus délicates de rame d\ivec V esprit, elle eût abandonné tout le reste aux coups de la vengeance divine ; soit que, par quelque autre miracle inconnu et inconcevable aux mortels, elle ait trouvé le moyen d'accorder ensemble l'union très étroite de Dieu et de l'homme avec cette extrême désolation où l'homme Jésus-Christ a été plongé

1. Sap., IV', 19. — ^fs. : Evcrlam minus conleret eos; et pour donner illos a fundamentis. la perfection au sacrifice que devait

2. Job., x.x.xiv, 24. — Le texte le divin Jésus à la justice divine, il véritable est : Conteret multos. fallait qu'il fût encore froissé de ce

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