‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 8 sur 552 · Var. : as-^ez prrand. 1 1. Var. : souffrances · texte numérisé non relu

Var. : as-^ez prrand. 1 1. Var. : souffrances

(i. .\utre variante : Les jiierres le 12. Var. : qui s'en est tu.

crieront, dit-il, si ceux-ci ne le disent 13. Var. : qu'il nous ouvre.

6 CAIIÊIME DRS CARMKLITRS.

âmes saintes, (^ue la royauté qu'on lui donne n'est qu'un honneur inutile ^ qui ne contribue rien au salut des hommes, il ne faut pas s'étonner s'il fuit^ et s'il se retire, [s'] il se cache dans un désert. C'est qu'il a dessein de vous faire entendre par son exemple que, hors la nécessité d'employer sa puissance^ pour le bien du monde, ses enfants doivent préférer à tous les titres de grandeur humaine la paix d'une vie privée, où l'on vit en soi-même, où l'on se règle soi-même, où l'on règne enfin sur soi-même.

Si cet exemple du Fils de Dieu était, comme il le doit être, la règle de notre vie, nous aurions les sentiments véritables cjue doivent avoir les chrétiens touchant la puissance. Et le désir et l'usage en seraient réglés ; elle ne serait pas désirée avec ambition, ni exercée avec injustice ; le désir de s'agrandir ne produirait pas tant de perfidies*, }ii celui de soutenir sa grandeur tant d'op- ]iressions et de violences. Chacun se croirait assez puissant, pourvu qu'il eût du pouvoir sur soi-même ; et, s'il en avait sur les autres, il ne s'en servirait que pour leur bien. Comme ces deux choses, mes Sœurs, règlent parfaitement notre conscience toucliant l'amour des grandeurs humaines, je réduirai aussi à ces deux maximes tout ce que j'ai à vous dire sur ce sujet-là, en vous montrant^ dans le premier point que le chrétien véritable ne doit désirer de puissance que pour en avoir sur lui-même ; et on vous faisant voir dans le second que, fii Dieu lui en a donné sur les autres, il leur en doit tout l'emploi et tout l'exercice. Maximes saintes et apostoliques, qui feront le partage de ce discours : la première réglera le désir, la seconde prescrira l'usage.

1 . Var. : un titre de vanité. ce que Bossuet avait écrit tout

2. Yar. : il fuit et il se retire, il se d'abord : que, hors la nécessité cache. d'em))loyer sa puissance ))our le

3. Proposition absolue et indéter- l)ien du monde, il préfère à tous les minée. Le sens est : la nécessité titres.

[où l'on EcraitJ d'em()loyer sa puis- 4. Var. : tant de crimes.

sance. L'em))loi de sa s'cx])]ique par 5. Var. : en vous faisant voir.

SUR L AMniTIOX.

Premier Point '.

[P. 1] Je ne m'étonne pas, Chrétiens^, que, dans cette variété infinie de désirs et d'affections qui partagent le cœur humain, tous les hommes concourent ensemble à désirer la puissance. Ce désir est juste et nécessaire; et il doit être commun et universel, parce qu'il vient en nous du même principe qui nous fait rechercher la félicité. Car je confesse hautement devant tout le monde que nous ne pouvons jamais être heureux jusqu'à ce cjue nous soyons en état de satisfaire à tous nos désirs, d'exécuter sans peine tout ce qui nous plaît ; et vous voyez assez, Clirétiens, que c'est là le souverain désiré de puissance. Il est donc naturel à l'homme de désirer le pouvoir, sans lequel il ne peut ooûter la vie l)ienheureuse ; mais il ne faut pas néanmoins le désirer à l'avcuole. Pour mettre ce désir au point où il doit être ', il faudrait distinouer avant toutes choses ce qui est convenable à chaque état, quel doit être notre [p. 2] emploi présent, et quel le sujet de nos espérances, (^'est ce que les honunes ne savent point faire : ils désirent à tout hasard beaucoup de puissance, sans avoir examiné sérieusement de quelle puissance ils ont besoin durant cette vie. Mais, puisqu'ils se sont si fort égarés dans la recherche d'un si grand bien, tâchons de les ramener à la droite voie par une doctrine excellente de saint Augustin, dans !e livre XIIT de la Trinité.

Attentifs, je prétends convaincre par le raisonnement de ce grand évêque *. Peut-être qu'étant convaincus. Dieu permettra que vous vous laisserez émouvoir.

Là, ce grand homme pose pour principe une vérité importante, que la félicité demande deux choses'': pouvoir ce qu'on veut, vouloir ce qu'il faut : Po.s.sx' quod velit..., vt'Ue quod oporict. Le dernier [estj aussi né-

1. La pagination du manuscrit, i loppement (f° 317) sous forme de

laquelle renvoie le sommaire auto- titre,

graphe, ne commence cette fois 3. Var. : qu'il doit être,

qu'avec le premier point. 4. Var. : de ce grand génie, — de

"2. En marge: «Puissance dési- ce grand homme.

rable. » — C'est le résumé du déve- 5. Var. : consiste en deux choses

0 CAREME DES CARMELITES.

ce.^saire^ ; car coiiMue ", si vous ne [x-uvez pas ce que vous voulez, votre volonté n'est pas satisfaite, de même, si vous ne voulez pas te qu'il faut, votre volonté n'est pas réglée; et l'un et l'autre l'empêche d'être bienheureuse, parce que [si| la volonté qui n'est pas contente est pauvre, aussi la volonté qui n'est pas réglée [p. 3] est malade; ce qui exclut nécessairement la félicité, qui n'est pas moins ^ la santé parfaite de la nature c[ue l'affluence universelle du bien. Donc, également nécessaire de désirer ce qu'il faut, que de pouvoir exécuter ce qu'on veut *.

Ajoutons, si vous le voulez, qu'il est encore, sans difliculté, plus essentiel. Car l'un^ nous trouble dans l'exécution, l'autre porte le mal jusques au principe. Lorsque vous ne pouvez pas ce que [vous] \oulez, c'est que vous en avez été empêché par une cause étrangère ; et lorsque vous ne voulez pas ce qu'il faut, le défaut® en arrive toujours infailliblement par votre propre dépravation. Si bien que le premier n'est tout au plus qu'un pur malheur, et le second toujours une faute ; et en cela même que c'est une faute, qui ne voit, s'il a des yeux, que c'est sans comparaison un plus grand malheur? Ainsi l'on ne peut nier sans perdre le sens qu'il ne soit bien plus nécessaire à la félicité véritable d'avoir une volonté bien réglée que d'avoir une puissance bien étendue.

fP. 4] Et c'est ici. Chrétiens, que je ne puis assez m'étonner du dérèglement de nos affections et de la corruption de nos jugements. Nous laissons la règle, dit saint Augustin ', et nous soupirons après la puissance. Aveu<j,les, qu'entreprenons-nous? T-a félicité a deux parties, et nous croyons la posséder toute entière pendant que nous faisons * une distraction ® violente de ses

1. Var. : Que le coucours de ces ô. \'ar. : le premier... le second deux choses s&it absolument néces- (dans un résumé en marge, où l'ausaire pour rendre heureux, il paraît leur a pris ensuite la phrase pour évidemment par cette raison : car... l'introduiie dans le texte).

2. Var. : car ^i vou.'^ ne voulez pas (i. Var. : cela arrive.

ce qu'il faut Utrdrf Ini'crse). 7. l'e Trinit.. XllI. .XIII, 17.

3. Var. : qui est la santé... et 8. .Ms. : nous en faisons... de ses l'attluence... deux parties.

4. Itésunié du développement tout 9. {)n \ oit que distraction ^?X\mi entier.Soulijinépourson importance, dans son sens ét\ iiiologii]ne : débien que la phrase ne soit lias faite. chirement (dittrahere).

SUR l'ambition. 9

deux parties. F.iicore rejetons-iiou« la plus nécessaire, et celle (jue nous choisissons, étant séparée de sa compagne, bien loin de nous rendre iieureux, ne fait qu'aug"inenter le poids de notre misère. Car que peut servir la puissance à une volonté déréglée ^, sinon qu'étant misérable en voulant le mal, elle le devient encore plus en l'exécutant? Ne disions-nous pas dimanche dernier" (jue le grand crédit des pécheurs est un fléau que Dieu leur envoie? Pourquoi? sinon. Chrétiens, qu'enjoignant l'exécution au mauvais désir ', [p. 5] c'est jeter du poison sur une plaie déjà mortelle, c'est ajouter le comble? N'est-ce pas mettre le feu à l'humeur maligne dont le venin nous dévore déjà les entrailles? Le Fils de Dieu reconnaît que Pilate a reçu d'en haut une grande jniissance sur sa divine personne : si la volonté de cet honmie'* eût été réglée, il eût pu s'estimer heureux en faisant servir ce pouvoir, sinon à punir l'injustice et la calomnie, du moins à délivrer l'innocence. Mais, parce ([ue sa volonté était corrom[)ue par une lâcheté honteuse à son rang, cette puissance ne lui a servi qu'à l'engager contre sa pensée dans le crime du déicide. C'est donc le dernier des aveuglements, avant que notre volonté soit bien ordonnée, de désirer une puissance qui se tournera contre nous-même[s] et sera fatale à notre bonheur ''.

Notre grand Dieu, Messieurs, nous donne une autre conduite ; il veut nous mener par des voies unies, et non pas par des précipices. C'est pourquoi il enseigne à ses serviteurs, non à désirer de pouvoir beaucoup, mais à s'exercer fp. 6] à vouloir le bien ; à régler leurs désirs avant que de songer à les satisfaire ; à commencer leur félicité par une volonté bien ordonnée, avant que de la

I.Var. : que peut nous servir la facilité de contenter leurs mauvais

puissance... rlésirs. c'est donner à un malade. —

2. Le sermon du III* dimanclie c'est leiu- donner. — le moyen He

est perdu. Nous trouverons une mettre le venin dans la plaie et

nouvelle allusion à ce discours dans d'accroître par une nourritiu-e con-

celui du dimanche des Rameaux traire la maliprnité qui le dévore, —

(comuienceuient du 3<^ point"). Cette cpii nous di'-vore ?

niêuie idée avait été développi'e 4. Var. : si sa volonti*.

antérieurement dans le /^r(»mtrr ïf?-- ."). Bossupt ajoute ici, en lll<;2 :

miiii sur lit l'iurtUence (lOûG). Voy. «parce qu'il (elle) sera fune.^ie à

t. IT, u. itil. notie vertu. >

;!. Var. : qu'en leur accordant la

10 ( AHKMF', DES CARMÉLITES.

coiisomiiier par une puissance absolue. Où je ne puis assez admirer ^ Tordre merveilleux de sa sagesse, en ce que, la félicité étant composée de deux choses, la bonne volonté et la puissance, il les donne Tune et l'autre à ses serviteurs, mais il les donne chacune en son temps. Si nous voulons ce qu'il faut dans la vie présente, nous pourrons tout ce que nous voudrons dans la vie future. Le premier est notre exercice, l'autre sera notre récompense. Que désirons-nous davantage? Dieu ne nous envie pas la puissance; mais il a voulu garder l'ordre, qui demande que la justice marche la première : Non quod potentia... fugicnda sît, sed ordâ sei-vandua est, qiio prior est justitia. Réglons donc notre volonté par l'amour de la justice, et il nous couronnera en son temps par la communication de son pouvoir. Si nous doimons ce moment de la vie présente à composer nos mœurs, il donnera l'éternité toute entière à contenter nos désirs. Mais il est temps, Chrétiens, que nous fassions une application plus particulière de cette belle doctrine de saint Augustin. Que demandez-vous, ô mortels? [p. 7| Quoi? que Dieu vous donne beaucoup de puissance? F.t moi, je réponds avec le Sauveur: ce Vous ne savez ce (|ue vous demandez". » Considérez bien où vous êtes, voyez la mortalité qui vous accable, regardez « cette figure du monde qui passe ^. » Parmi tant de fragilité, sur quoi pensez-vous soutenir cette grande idée de jniissance? Certainement un si grand nom doit être appuyé sur quelque chose : et que trouverez-vous sur la terre qui ait assez de force et de dignité pour soutenir le nom de puissance? Ouvrez les 3eux, pénétrez l'écorce : la plus grande puissance du monde ne peut s'étendre plus loin que d'ôter la vie à un homme : est-ce donc un si grand effort que de faire mourir un mortel, que de hâter de quelques moments le cours d'une vie qui se précipite d'elle-même? Ne croyez donc pas, Chrétiens, qu'on puisse jamais trouver du pouvoir où règne la mortah'té : Nom quanta* potentia potest esse inortaJUnn? Et ainsi.

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