‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 3)Chapitre 14 sur 532 · Var. : appétits. Simplic, lib. I.) — Les éditeurs · texte numérisé non relu

Var. : appétits. Simplic, lib. I.) — Les éditeurs

3. Yar. : les excitent. — les aug- introduisent cette note dans le texte, mentent. — Première rédaction: avec une traduction :« Ainsi le péché les aiguisent... nous trompe par une fausse dou-

4. Le sermon pris à l'audition ceur, parce qu'il nous paraît d'autant ajoute ici : Tanto magis lubet quo plus agréable qu'il est moins perminus licet, dit saint Augustin. C'est mis. »

une partie de la note marginale 7. Édit. : à. — Ces mots : (( et que

signalée dans la note 6. nous prenions plaisir... )v sont une

5. Yar. : nous paraissent. — Ces addition de la mise au net. De même variantes sont préférées au texte plus haut :« le devoir est une espèce dans les éditions. Elles étaient le de supplice. »

texte du brouillon. 8. Première rédaction : du com-

6. Note marginale : Fallit enim mandement {var. : du précepte). peccatum fallaci dulcedine, quia 9. Rom., Yll, 11.

Paraissez, ô très sainte Vierge ! paraissez, ô divin Jésus ! et fléchissez par votre exemple nos cœurs indomptables. Qui peut être exempt d'obéir, puisqu'un. Dieu même se soumet ? Quel prétexte ^ pouvons-nous ti'ouver pour nous dispenser de la loi, après que la V ierge même se purifie et ne croit point être excusée par sa pureté angélique d'une observance qui lui est si peu nécessaire ? Si la loi qui a été donnée par le ministère de Moïse, qui n'était que le serviteur^ [p. 24], demande une telle exactitude, combien ponctuellement devonsnous garder celle que le Fils lui-même nous a établie " ! Après ces raisons, après ces exemples, notre lâcheté ^ n'a plus d'excuse, et notre rébellion n'a plus de prétexte. Baissons humblement la tête ; et non contents de nous disposer à faire ce que Dieu veut, consentons de plus, Chrétiens, qu'il fasse '' de nous ce qu'il lui plaira. C'est ce que j'ai à vous proposer dans ma seconde partie, que je joindrai, poui- abréger ce discours, avec la troisième dans une même suite de raisonnement ; et je les établirai ^ toutes deux par les mêmes preuves.

Second et troisième Point.

[P. 25] Parmi les choses que Dieu veut de nous, il faut remarquer, Messieurs, cette différence, qu'il y en a quelques-unes dont il veut que l'exécution dépende de notre choix, et aussi qu'il y en a d'autres où, sans aucun égard à nos volontés, il agit lui-même souverainement par sa puissance absolue. Par exemple, Dieu veut que nous soyons justes, que nous soyons droits, modérés dans nos désirs, sincères dans nos paroles, équitables dans nos actions, prompts à pardonner les injures, incapables '^ d'en faire à personne. Mais, dans

1. Première rédaction : Quelle 5. Premiéi-e rédaction: consentons couleur {var. : prétexte — excuse). qu'il fasse.

2. Phrase propre à la mise au net. 6. Première rédaction : que je join- — Var. : par l'entremise du servi- drai pour abréger, avec la troisièteur, je veux dire de Moïse. nie.... et que j'établirai...

îj. Var. : celle qui nous a été ap- 7. Édit. : et incapables. — On a

portée par le Fils ! piis poui- ef un trait de i-emplissage

4. Première rédaction : si peu né- à la tin d'une ligne. Ceci e.'^t mis au

cessaire ? Après cela, Chrétiens, no- net. tre lâcheté.

POUR LA Fh:TE DE LA ]H RIbICATION. 15

ces choses qu'il veut de nous, et dans les autres semblables qui comprennent la pratique de ses saintes lois, il ne force point notre liberté. Il est vrai que, si nous, sommes [p. 26] désobéissants, nous ne pouvons empêcher qu'il ne nous punisse ; mais toutefois il est en nous de n'obéir pas. Dieu met entre nos mains la vie et la mort, et nous laisse le choix de l'une et de l'autre. C'est ainsi qu'il demande à l'homme l'obéissance aux préceptes, comme un effet de son choix et de sa propre détermination. Mais il n'en est pas de la sorte des événements divers qui décident de notre fortune et de notre vie. Il en ordonne le cours par de secrètes dispositions de sa providence éternelle, qui passent notre pouvoir, et même ordinairement notre prévoyance ; si bien qu'il n'y a aucune puissance capable d'en arrêter l'exécution, conformément à cette parole d'Isaïe ^ r « Toutes mes volontés seront accomplies, et tous mes desseins auront leur effet, dit le Seigneur tout-puissant r Consilium meum stahit, et omnis voluntas mea fiet ~ . » Quand je considère la cause de cette diversité, je trouve que. Dieu étant notre souverain, il n'est pas juste. Messieurs, qu'il laisse tout à notre disposition, ni qu'il nous rende [p. 27] maîtres absolus de ce qui nous touche et de nous-mêmes. Il est juste, au contraire, que l'homme ressente qu'il y a une force majeure à laquelle il faut céder. C'est pourquoi, s'il y a des choses qu'il veut que nous fassions par choix, il veut aussi qu'il y en ait d'autres que nous souffrions par nécessité. Pour cela ", les choses humaines sont disposées de manière qu'il n'y a rien sur la terre ni de si bien concerté par la prudence, ni de si bien affermi par le pouvoir, qui né soit souvent troublé et embarrassé par des événements bizarres qui se jettent à la traverse ; et cette puissance souveraine qui régit le monde ne permet pas qu'il y ait un homme vivant, si grand et si puissant [p. 28] qu'il soit, qui puisse disposer à son gré de sa fortune * et

1. Edit. : à cette parole d'Isaïe : Effacé au manuscrit. Bossuet ne

Mes pensées ne sont pas vos pensées ; conserve que la dernière citation.

autant que le ciel est éloigné de la 2. Is., xlvt, 10.

terre^ autant mes pensées sont-elles 3. Var. : En effet.

au-dessus des vôtres; et encore cet 4. Var. : régler à sa volonté sa

autre oracle du même prophète... — fortune...

[de] ses affaires, et bien moins de sa santé et [de] sa vie. C'est ainsi qu'il a plu à Dieu que l'homme ressentît par expérience cette force majeure dont j'ai parlé, force divine et inévitable ^, qui se relâche quand elle veut et s'accommode quelquefois à nos volontés, mais qui sait aussi se roidir, quand il lui plaît, avec une telle fermeté qu'elle entraîne tout avec elle, et nous faire ^ servir malgré nous à une conduite supérieure qui surpasse de bien loin toutes nos pensées.

C'est donc pour cette raison que cet arbitre souverain de notre sort a comme partagé notre vie entre les choses qui sont en notre pouvoir et celles où il ne consulte que son bon plaisir, afin que nous ressentions non [p. 29] seulement notre liberté, mais encore notre dépendance. Il ne veut pas que nous soyons les maîtres de tout, afin que nous apprenions que nous ne le sommes de rien qu'autant qu'il lui plaît, et que nous craignions d'abuser ^ de la liberté et du pouvoir qu'il nous donne. Il veut que nous entendions que, s'il nous invite par la douceur, ce n'est pas qu'il ne sache bien nous faire fléchir par la force ; et par là il nous a accoutumés à redouter sa force invincible '^, lors même qu'il ne nous témoigne que de la douceur. C'est lui [qui] mêle toute notre vie d'événements qui nous fâchent, qui contrarie ^ notre volonté qui s'attache trop à elle-même et qui étend sa [p. 30] liberté jusqu'à la licence, afin de nous soumettre tout à fait à lui et de nous élever, en nous domptant, à la véritable sagesse.

Car il est certain, Chrétiens, que de savoir résister à ses propres volontés, c'est l'effet le plus assuré d'une raison consommée ; et ce qui prouve évidemment cette vérité, c'est que l'âge le moins capable de raison, est aussi le moins capable de se modérer et de se vaincre. Considérez les enfants : certainement si leurs volontés étaient aussi durables qu'elles sont ardentes, il n'y aurait pas moyen de les apaiser. Combien veulent-ils violemment tout ce qu'ils veulent, sans peser aucune rai-

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