Var. : juger. ici ce texte, qu'on lit en marge de la
5. Le latin en marge : Dabis ergo page suivante : Non recipit stultiis seî'vo tuo cor docile, ut populnm iuum verha pruclentiœ,nisi eu dixeris quœ iudicare possit et discernere inter vermntnr in corde ejtis (Prov., honum et malwn. Quis enim poterit xviil, 2).
ijudicare popidum istum, jyopidum
quelque temps qu'elle vienne, de quelque côté qu'elle aborde, sous quelle forme ^ qu'elle se présente.
C'est pour cela, Chrétiens, qu'il n'y a rien de plus beau dans les personnes publiques qu'une oreille toujours ouverte et une audience facile^. C'est une des principales parties de la félicité du monde ; et l'Ecclésiastique l'avait bien compris, lorsqu'il a dit ces paroles ^ : Heureux celui qui a trouvé un ami fidèle, et qui raconte son droit "^ à une oreille attentive^. Ce grand homme a joint ensemble dans ce seul verset deux des plus sensibles consolations de la vie humaine : l'une, de trouver dans ses embarras un ami fidèle à qui l'on puisse demander un bon conseil; l'autre, de trouver dans ses affaires une oreille patiente à qui on puisse déduire toutes ses raisons. Il n'y a rien de plus [p. 24] doux ni de plus efficace pour gagner les cœurs ^ ; et les personnes d'autorité doivent avoir de la joie de pouvoir faire ce bien à tous. La dernière décision des affaires les oblige à prendre parti, et ensuite ordinairement à fâcher quelqu'un ; mais il semble que la justice, voulant les récompenser de cette importune nécessité \ leur ait mis en main un plaisir qu'ils peuvent faire à tous également, qui est celui de prêter l'oreille avec patience et de peser sérieusement toutes les raisons ^.
1. Sous quelle forme...: « C'est sition de la Politique. une faute familière à toutes les pro- 3. Eccli., xxv, 12. vinces qui sont delà Loire, de dire, 4. Var. : ses i-aisons.
par exemple : Quel mérite que l'on 5. En marge : Beatus qui invenit
ait., il faut être heureux, au lieu de amicum verum, et qui enarrat justi-
dire : Quelque mérite que l'on ait, et tiam auri audienti (Eccli., XXA", 12).
c'est une merveille quand ceux qui — Et aussitôt après : Aurem audien-
parlent ainsi s'en coiTigent, quelque tein et oculum videntem, Dominus
séjour qu'ils fassent à Paris ou à lu fccit utrumque (Prov.,xx, 12). — Le
Cour. » (Vaugelas, Remarques., édit. premier de ces textes a pu être pro-
de 1655, in-4, p. 136). Cette <( fau- nonce ; non le second, qui n'est pas
te )) avait été évitée dans les deux même traduit. Les éditeurs le pla-
membres de phrase précédents.D'ail- cent à la fin de la phrase suivante,
leurs, ce tour est exceptionnel dans 6. Var. : ni qui gagne davantage
"Bossuet, et c'est à tort que certains un cœur.
éditeurs modernes l'ont adopté dans 7. Anciennes édit. : où elle les en-
Y Histoire des Variations., liv. XI, gage. — Mots inutiles, efi:acés.
■ch. I, et danslaPo(JiY?'5'M<?, liv. V, art. 8. Yar. : qui est celui d'écouter
II, prop. 6. On le trouve dans Cor- avec patience, et de bien peser tou-
neille {China, TII, ii. v. 82'J), et tes les raisons — qui est celui d'écou-
Molière {les Fâcheux,lll, iv, p. 762). ter et de décharger un cœur angoissé
2. En face, à la marge., au crayon : de cette peine cruelle de n'être pas M Audience 8. n Note pour la compo- entendu.
Sermons de Bosquet. — V. 12
[P. 25] Mais ^, après avoir exposé de quelle importance il est que les personnes publiques recherchent la vérité, avec quelle force et de quelle voix ne faudrait-il pas ~ nous élever contre ceux qui entreprendraient de l'obscurcir par leurs faux rapports ! Qu'attentez-vous, malheureux, et quelle entreprise est la vôtre ? Quoi ! vous voulez ôter la lumière au monde et envelopper de ténèbres ceux qui doivent éclairer la terre ! Vous concevez " de mauvais desseins, vous fabriquez des tromperies"^, vous machinez des fraudes les uns contre les autres ; et, non content "" de les méditer dans votre cœur, vous ne craignez point de les porter jusqu'aux oreilles importantes ; vous [p. 26] osez même les porter jusqu'aux oreilles du Prince. Ha ! songez qu'elles sont sacrées, et c^ue c'est les profaner trop indignement que d'y porter, comme vous faites, ou les injustes préventions d'une haine aveugle, ou les pernicieux raffinements d'un zèle affecté, ou les inventions artificieuses d'une jalousie cachée*^. Infecter les oreilles du Prince, c'est quelque chose de plus criminel que d'empoisonner les fontaines publiques et que de voler les trésors publics. Car le vrai trésor d'un État, c'est la vérité dans l'esprit du Prince'^. Prenez donc garde, M[essieurs], comme vous parlez, surtout dans la Cour, où tout est si délicat et si important. C'est là que s'accomplit ce que dit le Sage: « Les paroles obscures ne se perdent pas en l'air: Sermo ohscurus in vacuum non ihit ^. » Chacun écoute et chacun commente; cette raillerie maligne, ce trait que vous lancez en passant, cette parole malicieuse, et ce demi-mot qui donne tant à penser par son obscurité affectée, peut avoir des suites terribles ; et il n'y a rien de plus criminel [p. 27] que de vouloir couvrir de nuages le siège^ de la lumière, ou altérer tant soit peu la source de la bonté et de la clémence.
1 . Ici venait d'abord le passage: 3. Idées reprises du sermon non <( Mais j'ajouterai. Chrétiens, qu'en- prêché sui' la Charité fraternelle. core ne suffit-il pas... » — Voy. ci- 4. Is.: Fahricatoreserrorum (XLV, dessus, p. 174 et la n. 2. 16).
2. M. Gazier supprime cette néga- 5. Ms. : contant. Edit. : contents, tive. Il est vrai qu'elle est soulignée: 6. Var. : d'un intérêt qui se cache, mais non, ce semble, d'une manière 7. En marge, au crayon: (( Vérité». définitive. L'auteur avait ausi effacé Note pour la Politique.
il, et il l'a rétabli.. Apparemment il 8. Sap., r, 11.
avait songé ici à changer le tour, et !'. Yar. : la source,
il v aura renoncé.
Troisième Point.
Ce serait ici, Clirétiens, qu'il faudrait ^ vous faire voir que la justice doit être exercée avec quelque tempérament, qu'elle devient inique et insupportable quand elle use de tous ses droits : Summum jus^ summa injuria ^, et que la bonté, qui modère sa rigueur extrême, est une de ses parties principales. Mais, comme le temps me presse, je supposerai, s'il vous plaît, la vérité assez connue de cette doctrine ''\ et je dirai en peu de paroles à c^uoi elle doit être applic^uée.
Premièrement, Chrétiens, comme la faiblesse commune de l'humanité ne nous permet pas de nous traiter les uns les autres en toute rigueur, il n'y a rien de plus juste que cette loi de l'Apôtre : Supportez-vous mutuellement en charité ^ ; et cette ^ facilité, c^ui s'appelle condescendance dans les particuliers, c'est [p. 28] ce qui s'appelle clémence dans les grands et dans les princes®.
[P. 29] L'histoire n'a rien de plus éclatant que les actions de clémence ; et je ne vois rien de plus beau que cet éloge que recevaient les rois d'Israël de la bouche de leurs ennemis: a Audivimus quod reges domus Israël clémentes sint ^ : Les rois de la maison d'Israël ont la réputation d'être cléments. » Au seul nom de clémence, le genre humain semble respirer plus à son aise, et je ne puis taire en ce lieu ce qu'en a dit un grand roi : « In hilaritate vidtus régis vita, et clementia ejus quasi imber serotinus^f dit le sage Salomon ; c'est à dire : La sérénité du visage du Prince, c'est la vie de ses sujets, et
1 . M. Gazier lit: <( que je pourrais. )> et facilité. — Deux mots supprimés C'est une rédaction effacée. Le trait au manuscrit.
destiné à barrer ces mots, de même 6. Bospuet interrompt ici laseconque l'adverbe « aisémeiat, » au com- de rédaction, en sacrifiant même un mencement de la ligne suivante développement impoi'tant, pour redans l'original. ?e trouve un peu venir à la première. Il emprunte à trop haut au début; on a cru qu'il celle-ci les pages )JI et iv, qui desoulignait (condamnait) la surchar- viennent les pages 29 et 30. Voir, gedéfinitive, écrite au-dessus. — On p. 189-190, le passage effacé de la peut voir, p. 189, une j)remière ré- seconde rédaction ; on en trouvera, daction de ce début. il est vrai, la substance dans la suite
2. Terent.,IIeautontîmorum.,IY,Y; de la première rédaction (p. 190) ; Cicer., De Offic.^ lib. I, x, n. 33. mais il y avait là de notables amé-