‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 3)Chapitre 147 sur 532 · Anciennes édit. : cette charité · texte numérisé non relu

Anciennes édit. : cette charité

sa clémence est semblable à la pluie du soir. » A la lettre, il faut entendre que la clémence est autant agréable aux hommes qu'une pluie qui vient sur le soir tempérer la chaleur du jour et rafraîchir ^ la terre que l'ardeur du soleil avait desséchée ^ . Mais ne me sera-t-iP pas permis d'ajouter que, [p. 30] comme le matin nous désigne la vertu, qui seule peut illuminer la vie humaine, le soir nous représente au contraire l'état où nous tombons par nos fautes, puisque c'est là en effet que le jour décline et que la raison n'éclaire plus ? Selon cette explication, la rosée du matin ce serait la récompense de la vertu, de même que la pluie du soir serait le pardon accordé aux fautes ; et ainsi Salomon nous ferait entendre que, pour réjouir la terre et pour produire ies fruits agréables de la bienveillance publique, le Prince doit faire tomber sur le genre humain et l'une et l'autre rosée, en récompensant toujours ceux qui font bien et pardonnant quelquefois généreusement à ceux •qui manquent, pourvu que le bien public et la sainte autorité des lois n'y soient point trop intéressés^.

[P. 31] Telle ^ est la première obligation de cette justice tempérée par la bonté : c'est de supporter les faiblesses et de pardonner quelquefois les fautes. I^a seconde est beaucoup plus grande, c'est d'épargner la misère : je veux dire que l'homme juste ne doit pas toujours demander ni ce qu'il peut, ni ce qu'il a droit d'exiger des autres. Il y a des temps malheureux où c'est une cruauté et une espèce de vexation que d'exiger une dette ; et la justice veut cpi'on ait égard non seulement à l'obligation, mais encore à l'état de celui qui doit. Le sage Néhémias avait bien compris cette vérité, lorsque, ayant été envoyé par le roi Artaxerxès pour être le gouverneur du peuple juif, il se mit à considérer non seulement

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