Joan., VIII
dans leur haine aveugle et envenimée, et qui sait que c'est leur heure et la puissance des ténèbres, ne se sert ni de son pouvoir infini , ni de sa sagesse pour les confondre. Il ne fait que baisser la tête; et bien loin d'appeler à son secours des légions d'ange[s], lui-même n'allègue rien pour sa justification ^. Bien plus, il ne se plaint pas même de ses ennemis. On a vu les innocents afiîigés faire de funestes imprécations contre leurs persécuteurs ; celui-ci, le plus juste sans comparaison et le plus indignement traité, ni ne dit rien de fâcheux, ni n'invoque contre les Juifs, qui le persécutent ^, le ciel témoin de son innocence. iVu contraire, il n'ouvre la [p. 3] bouche que pour demander leur grâce ; et non content de leur pardonner, pendant qu'ils le font mourir inhumainement, il ofl^re encore pour eux ce sang que répandent leurs mains sacrilèges : tant sa bonté est inépuisable !
C'est ainsi que, pendant que les méchants osent tout contre le Juste, non seulement il souffre tout par obéissance, mais encore il pardonne tout par miséricorde ^. O ! le saint et admirable spectacle ! Qu'ont jamais vu ^ le ciel et la terre qui mérite davantage "" d'être regardé qu'une telle persécution si injustement entreprise, si humblement soutenue, si miséricordieusement pardonnée ? Ouvrons donc les yeux. Chrétiens ; et pour obéir au prophète qui nous presse avec tant de force de penser à la mort du Juste, considérons attentivement avec quelle malice on le persécute, avec quelle obéissance il se soumet, avec quelle bonté il pardonne. Mais, puisque tout se fait ici pour notre salut, et que nous avons tant de part en toutes manières à la mort de cet innocent, pénétrons encore plus loin; et nous trouverons, M [essieurs], dans ses persécutions notre crime, dans son obéissance notre exemple, dans le pardon qu'il accorde notre grâce et notre espérance.
1. Var. : pour sa défense. 5. Edit. : plus. — Davantage... que,
2. Yar. : contre ses ennemis. fréquent au xvii«= siècle, n'a pas
3. Souligné, mais non remplacé. trouvé grâce, en cet endroit, devant
4. Édit. : qu'a iamais vu le ciel et la grammaire étroite du siècle suila terre...? — Ont est une correction, vant.
qui n'a pas été aperçue.
Premier Point.
[P. 4] Il €st aisé ^, Ch [rétiens], de rencontrer notre crime dans les injustes persécutions du Sauveur des âmes. Car, comme la foi nous apprend qu'il a été livré pour nos péchés ^, nous pouvons comprendre sans peine, dit le dévot saint Bernard ^, que nous sommes les auteurs de son supplice, plus que Judas qui le trahit, plus que les Juifs qui l'accusent, plus que Pilate qui le condamne, plus que les soldats qui le crucifient. Mais c'est d'une autre manière que je prétends considérer notre crime dans la Passion du Sauveur. Je veux vous y faire voir les diverses dispositions de ceux qui ont concouru à persécuter l'innocent, et dans ces dispositions, [les] inclinations et les mœurs des hommes, afin que chacun puisse reconnaître la malignité qu'il porte en son cœur. Pour cela, il faut remonter jusques au principe, et remarquer, Ch [rétiens], que c'a été un conseil de Dieu que Jésus-Christ, qui devait mourir pour le péché, mourût aussi par le péché même ; je veux dire qu'étant la victime et la conmciune propitiation de tous les crimes du monde *, il est aussi arrivé que presque tous les crimes ont part à sa mort et à son supplice. C'est pourquoi nous y voyons concourir l'envie, la cruauté, la dérision, les blasphèmes, les artifices, les faux témoignages, l'injustice et la perfidie ; enfin il a éprouvé tout ce qu'il y a de plus furieux, de plus injuste et de plus malin dans le cœur de l'homme.
Que si vous me demandez quelle a été la cause de ce conseil, et pourquoi tant de crimes ont concouru au supplice du Sauveur des âmes, je vous dirai, Chrétiens, que c'est que le Fils de Dieu nous est proposé comme celui [qui] non seulement doit expier les péchés et la malice du monde, mais encore la faire haïr.
[P. 5] Il y a dans la créature un fonds de malignité infinie qui fait dire à l'apôtre saint Jean, non seulement que le monde est malin, mais encore qu'il n'est autre