Nous contredire, nous faire de
les mauvais désirs qui me damnent : je le reconnais ^ ; mais la résolution me manque^. C'est Dieu qui entreprend de me traiter ; c'est lui qui m'envoie par sa providence ces rencontres épineuses, ces accidents importuns, ces contrariétés ^ imprévues et insupportables, parce qu'il veut abattre et dompter ma volonté trop licencieuse, que je n'ai pas le courage^ d'attaquer moimême. Il la lie, il la serre, de peur qu'elle ne résiste au coup salutaire qu'il lui veut donner pour la guérir ^. Enfin il frappe où je suis sensible, il coupe et enfonce bien avant dans le vif, afin qu'étant pressé sous sa main suprême et sous les ordres inévitables de sa volonté, je sois enfin obligé [p. 37] de me détacher de la mienne ; et c'est là ma guérison, c'est là ma vie.
Si vous savez entendre, ô mortels, comme vous êtes composés, et combien vous abondez en humeurs peccantes ^, vous comprendrez aisément que cette conduite vous est nécessaire. Il faut ici vous représenter en peu de paroles l'état misérable de notre nature. Nous avons deux sortes de maux : il y a des maux qui nous affligent, et. Chrétiens, qui le pourrait croire ? il y a des maux qui nous plaisent. Étrange distinction, mais néanmoins véritable ! « Il y a des mauxy dit saint Augustin, que la patience supporte, ce sont les maux qui nous affligent; et il y en a d'autres, dit le même saint, que la tempérance modère, ce sont les maux qui nous plaisent : Alla quœ per [p. 38] patientîam ferimus, alia quœ per temperantiam refrenamus '^. » O pauvre et désastreuse^ hu-