Ps. xviir
besoin continuel de la rémission des péchés : Ne superhi viveremus, ut sub quotidiana peccatorum remissione vivamus ^ . » Qui demande qu'on lui pardonne, ne croit pas mériter de gloire.
C'est ^ quelque chose de ferme et de vigoureux. Regardez ce qui reste à faire : vous n'avez rien moins que Jésus-Christ pour modèle. [Obligation "^J d'oublier ce qui est derrière vous, et de vous avancer sans cesse vers ce qui evSt devant vous : Quse rétro sunt ohliviscens^ ad ea... quœ sunt priora eatendens meipsum \ Telle est la posture de l'humilité : « oubliant ce qui est derrière,, et s 'étendant au-devant de toute sa force, » elle porte ses regards bien loin devant soi, dans la crainte qu'elle a de se voir soi-même, et considère toujours ce qui reste à faire, pour n'être jamais flattée de ce qu'elle a fait.
Enfoncez-vous donc aujourd'hui dans une obscurité sainte : vous êtes morte par ce sacrifice sous un glaive spirituel^. Cachez à la droite ce que fait la gauche; que votre vie soit cachée avec Jésus-Christ : soyez cachée au monde et à vous-même. Celui qui se plaît en soi-même, dit excellemment saint Jean Chrysostome, et se glorifie en ses bonnes œuvres, ravage sa propre moisson, et détruit son propre édifice. C'est ce qui vous est figuré par ce voile mystérieux, que votre illustre prélat ^ va mettre sur votre tête : vous allez être enveloppée et ensevelie dans une éternelle obscurité. Abaissez-vous donc sous la main sacrée de ce charitable et religieux pasteur, et dites avec le Psalmiste : J^aî choisi d^être humiliée et anéantie dans la maison de mon Dieu.
Mais, Messieurs, ne semble-t-il pas que la présence d'une fille de Henri le Grand, d'une reine si auguste et si grande ', donne trop d'éclat à cette cérémonie d'hu-
1. Contra Jid la II.. lib.TY. cap. lil. copie de Nancy. Deforis ne doit pas n. 28. '^: les avoir inventés.
2. La copiede Nancy présente ici la 6. Bardouin de Péréfixe, archemême incohérence que les éditions. vêque de Paris.
3. Ce mot, qui ne fait pas certes la 7. La reine d'Ano^leterre, Henrietphrase telle que l'orateur l'aui-a pro- te-Marie de France, dont Bossuet noncée, est du moins une explica- fera l'oraison funèbre deux ans plus tion de ceux qui suivent. tard, dans cette même chapelle de laj
4. Philipp., III. 13. Yisitation de Chaillot. ô. Dix mots qui manquent dans la
miliation, à ce mystère d'obscurité sainte ? Non. Madame ; Votre IMajesté ne vient pas ici pour y apporter la gloire du monde, mais pour prendre part aux abaissements de la vie religieuse et humiliée. Le sang de saint Louis ne vous a pas seulement donné une grandeur auguste et royale, mais encore vous a inspiré une piété toute chrétienne ; et il est digne de vous, qu'étant obligée par votre rang à faire une si grande partie des pompes du monde, votre foi vous invite à assister aux cérémonies où l'on apprend à les mépriser.
Mais, Messieurs, n'avez-vous pas remarqué encore qu'une autre reine nous manque ? Anne, vous n'êtes plus, puisque vous n'honorez pas de votre présence ce grand et religieux spectacle. Grande reine, si vous étiez, cette fille qui vous fut chère, dont vous connaissiez si bien la vertu, qui a eu votre confiance jusqu'à votre dernier soupir, ne serait présentée à Dieu que de votre main. Et certes, il serait juste que, l'ayant arrchée de cette maison, et l'ayant ôtée à Dieu pour un temps^, vousmême lui rendissiez ce qu'il n'a fait que vous prêter.
Mais, Messieurs, suis-je chrétien quand je parle comme je fais ? Traiter ai-je comme morte celle qui vit avec Dieu ; et croirai-je qu'elle nous manque aujourd'hui, parce qu'elle ne se montre pas à ces yeux mortels ? Non, non ; il n'est pas ainsi. Nous avons ici plus d'une reine, s'il est vrai, comme nous enseigne la théologie, qu'on voit tout dans ce miroir infini de la divine essence. Si les âmes bienheureuses y découvrent principalement ce qui touche les personnes qui leur sont attachées par des liaisons particulières, ma Sœur, Anne- Maurice d'Espagne ^, votre unique et chère maîtresse, vous voit du plus haut des cieux : sans doute, elle a trop de part au sacrifice que vous faites. Après elle, vous n'avez voulu servir que Dieu seul. Après lui avoir fermé les yeux, vous avez fermé pour jamais les vôtres aux folles vanités du siècle'^. Il semble que vous n'avez pas
1 . Dès 1661, à 23 ans, M'ie de Beau- de faire remettre à Louis XIV, par vais avait voulu se retirer à Chail- l'entremise de Le Tellier. le testalot. (Voy. la notice, p. 250.') ment de la Reine-mère, dont le dé-
2. Anne-Marie Maurice, dite Anne pot lui avait été confié (lifémoircs d'Autriche. de M'»<^ de Motteville, année 1666).
r>. Elle prit seulement le temp.s
voulu même la survivre ; puisque, dans le même moment que cette âme pieuse a quitté le monde, vous l'avez aussi quitté : vous avez passé de sa cour dans le cloître, pour vous consacrer à une mort mystique et spirituelle. En sortant de cette cour si chrétienne, si sainte, si religieuse, vous avez cru qu'aucune maison n'était digne de vous recevoir que celles qui sont dédiées à votre Dieu ; et vous venez professer ici solennellement qu'une reine si puissante et si magnifique, après vous avoir honorée de son affection et comblée si abondamment de ses grâces, n'a pu néanmoins vous rendre iieureuse. Et tant s'en faut que vous estimiez qu'elle ait pu faire votre bonheur par toutes ses largesses, qu'au contraire, mieux éclairée j^ar les lumières de la foi, vous mettez votre bonheur à quitter généreusement tout ce qu'elle a pu faire pour vous, tout ce qu'une libéralité royale a voulu accumuler de biens sur votre tête ^. O pauvreté et impuissance des rois ! qui peuvent faire leurs serviteurs riches, puissants, fortunés, mais qui ne peuvent pas les faire heureux ! Et certes, il n'appartient qu'à celui qui est lui-même le souverain bien de donner la félicité.
Venez donc, ma chère Sœur en Jésus-Christ, venez vous jeter entre ses bras ; venez vous cacher sous ses ailes, venez vous humilier dans sa maison. Recevez-la, Monseigneur, au nombre des vierges sacrées que votre haute sagesse et votre sollicitude pastorale sait si bien conduire dans la voie étroite. Donnez-lui, de ce cœur toujours pacifique et véritablement paternel, votre sainte bénédiction, que je vous demande aussi pouï moi-même, comme une authentique approbation de la doctrine que j'ai prêchée. Ainsi soit-iP.
1. Sur les libéralités d'Anne d'Au- que bon me semblerait, et avec l;i triche et de Louis XIY. dont béné- même liberté j'ai parlé à M. de Beauficia la famille de Mme fie Beauvais, vais, mon père, le 8 août, et à ma sans cependant éviter la ruine, voir mère le 5 du même mois, lesquels M. de Boislisle, op. cit. rendront le témoig'uage que c'est
2. Mii<î de Beauvais a écrit elle- de ma franche et libre volonté que même: «Le 14- juin 1G68, Mgr l'Ar- j'ai fait la sainte profession et chevéque de Paris m'a interrogée les vœux entre les mains de Mgr pour la sainte profession, ayant été notre Archevêque. — S'' Claire Aupour cette affaire laissée seule aii gélique de Beauvais. (Dictionnaire parloir pour dire en toute liberté ce de Jal.)