‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 3)Chapitre 214 sur 532 · SERMON · texte numérisé non relu

SERMON

à Dijon, chez les Carmélites, en 1607^

A la suite de ce sermon, nous en donnerons un autre, que Bossuet a certainement prêché dans sa ville natale, devant Condé, le l^i" janvier 1668. Celui qu'on va lire, assez semblable pour l'aspect et la disposition du manuscrit i, faisant d'ailleurs également mention du Jubilé, ne peut avoir été prononcé qu'à la fin de 1667. Les Carmélites, auxquelles il est fait allusion dans le troisième point, ne peuvent être celles de Paris, comme on l'a prétendu, car Bossuet n'était plus en cette ville à la fin de décembre de cette année.

Il n'y a pas lieu de se préoccuper d'une note, qu'on voit sur le manuscrit (f^ 250) : « Jour de Nativité : Avent aux Carmélites. » Elle n'est point de la main de Bossuet^ mais de celle de son neveu ; et comme la plupart de celles qui ont la même origine, elle est erronée: ce sermon ne fait partie d'aucune station. On a imaginé de le rattacher à celle de Saint-Thomas-du-Louvre ; mais il fallait pour cela supposer des remaniements dont il n'y a pas trace au manuscrit. Les passages où l'auteur écrit : « mes Sœurs » et ceux où il dit : ce Messieurs, » sont bien du même jet : les uns et les autres remontent à la rédaction primitive.

On pourra, avec profit et intérêt, comparer cette œuvre avec le sermon de 1656 pour la même fête. Elle en reproduit la division; mais tout autres sont, pour la plupart, les développements, surtout dans le premier point. En revanche, on y rencontre d'autres réminiscences : elles proviennent du sermon sur le mystère de l'Incarnation, faisant partie du Carême dea Carmélites (1661).

L'abbé Vaillant avait signalé la nécessité de dégager ce second sermon pour la fête d^ Noël du premier, dans lequel les anciens éditeurs s'étaient ingéniés à l'incorporer 2. Lâchât l'a entrepris. Chose étrange ! dans un texte de lecture facile, il a fait de si nombreuses erreurs ou omissions, que nous userions la patience du lecteur à les relever en détail. Nous en signalerons quelques-unes seulement, tout en corrigeant les autres.

1. Ms. fr. 12821, fos 247-268. — en grande partie au précédent. Dont In-4, avec marge des deux cinquiè- on [n']a i-etenu qu'un fragment. » mes. A leur tour, les éditeurs de Versail-

2. D'ailleurs, ils en avaient averti. les indiquent, sur la même page. Sur l'enveloppe même du manuscrit l'endroit où ce (( fragment » aurait (fo 248),Deforis note : ((... semblable dû être placé dans l'imprimé.

Sermons île Boisuet. — Y. 18

Natus est vobis hodie Salvator 1 ;... et hoc vobh signum: Invenietis infante m, panais involutiini, [etj positum in prsesepio.

Le Sauveur du motiide vous est né aujourd'hui ; et vous le reconnaîtrez à cette marque 2 ,- Vous trouverez un enfant enveloppé de langes, couché dans une crèche.

(Luc, II, 12:.)

Le Verbe, qui était au commencement dans le sein de Dieu, par qui toutes choses ont été faites^, et qui soutient toutes choses par sa force toute-puissante ^, a disposé comme trois degrés par lesquels il ^st descendu * de la souveraine grandeur à la dernière bassesse : premièrement il s'est fait homme,, secondement il s'est fait passible, troisièmement il s'est fait pauvre et s'est chargé de tous les opprobres de la fortune la plus méprisable.

Le texte de mon évangile renferme en trois mots ce triple abaissement du Dieu-Homme : Vous trouverez un enfant, c'est le commencement d'une vie humaine ; enveloppé de langes, c'est pour défendre l'infirmité contre les injures de l'air *^ ; couché dans une crèche, c'est la dernière extrémité d'indigence. Et par là vous voyez, Mess[ieurs '^J, quel est l'ordre de sa descente. Son premier pas est de se faire homme, et par là il se met au-dessous des anges, puisqu'il prend une nature moins noble : Minuisti [eum paulo minus ah angelis] *. Suivons attentivement et arrêtons-nous sur tous les de-

1. Ms. : Salvator mxndi. — Cette 5. Ici la faute <le rédition Vives inexactitude a la même origine qu'un (Lâchât) est assez heureuse : (( . . .par certain nombre d'autres dans nos lesquels est descendue la souveraine manuscrits : elle remonte à la litur- grandeur à la dernière bassesse. )) gie, où les textes sont cités ou para- 6. Les Élévations ajoutent une phrasés assez librement. Ce mundi, autre raison à celle-ci, qu'elles revenu spontanément à la mémoire j^roduisent : « Sa mère l'enveloppe de l'auteur, est passé dans la tra- de langes, avec ses chastes mains, duction. Du reste, il n'en modifie pas II faut couvrir le nouvel Adam, qui le sens, Sauveur du monde étant jjorte le caractèi-e du ]iéché. que l'air l'équivalent de Salvator du texte dévorerait, et que la pudeur doit sacré. habiller autant que la nécessité. »

2. Var. : et voici (mot effacé) la 7. Lâchât : mes sœurs. — Il y a marque — le signe jDOur le recon- mess., qui doit se lire messieurs. Du naître. reste, mes sœurs se trouve lui peu

P.. Joan., I, 3. plus loin.

Page 1