‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 3)Chapitre 236 sur 532 · T. IV, p · texte numérisé non relu

T. IV, p

tendons : le pécheur tire de loin contre le ciel et contre Dieu, et non seulement les traits n'y arrivent pas, mais encore l'arc se rompt au premier effort. Impie, tu t'élèves contre Dieu, tu te moques des vérités de son Évangile, et tu fais un jeu sacrilège des mystères de sa bonté et de sa justice. Et toi, blasphémateur téméraire, impudent profanateur du saint nom de Dieu, qui, non content de prendre en vain ce nom vénérable qu'on ne doit jamais prononcer [p. 10] sans tremblement, profères des exécrations qui font frémir toute la nature, et te piques d'être inventif en nouveaux outrages contre cette bonté suprême, si féconde pour toi en nouveaux bienfaits ; tu es donc assez furieux pour te prendre à Dieu de toutes les bizarreries d'un jeu excessif ; ou bien, poussé par tes ennemis sur lesquels tu n'as point de prise, tu tournes contre Dieu seul ta rage impuissante, comme s'il était du nombre de tes ennemis, et encore le plus faible et le moins à craindre, parce qu'il ne tonne pas toujours, et que. meilleur et plus patient que tu n'es ingrat et injurieux, il réserve encore à la pénitence cette tête que tu dévoues par tant d'attentats à sa justice ; tu prends un arc en ta main, tu tires hardiment contre Dieu, et les coups ne portent pas jusqu'à lui, que sa sainteté rend inaccessible ^ à tous les outrages des hommes. Ainsi tu ne peux rien contre lui, et ton arc se rompt entre tes mains, dit le Prophète royal. Mais, mes Frères, il ne suffit pas que son arc se brise, et que son entreprise demeure inutile. Il faut que son glaive lui perce le cœur, et que, pour avoir tiré de loin contre Dieu, il se donne de près un coup sans remède si le Sauveur ne le guérit par miracle, [p. 11] C'est la commune destinée

1. A partir de ce mot, jusqu'à jjar rédaction de 1668, il faut donc se

miracle inclusivement, tout ce pas- reporter du f« 314 au fo 288. Il faut

sag:e a été récrit en marge. Voici ce en outre réserver pour 1687 les cor-

qui y a donné lieu. Ici se terminait rections qui y ont été apposées. Les

la p. 10. Le feuillet suivant, p. 11 et éditeurs jusqu'ici ne l'ont pas fait.

12, a servi de brouillon, lors de la Ils ont pris le développement dans

composition d'un dernier discours le Jam securis (voy. Avent du Lou-

sur ce même sujet, celui du 1" jan- vre, t. lY, p. 691). — En transcri-

vier 1687. Au moment de détacher vant^Bossuet change Prophète 7-o^al

ce feuillet, Bossuet en a récrit les en Roi-Prophète : et coup sans remè-

premières lignes sur la page précé- de en coup mortel. dente. Pour trouver la suite de la

de tous les i^écheurs : le péché, qui renverse tout l'ordre du monde, le renverse premièrement dans celui qui le commet ^. La vengeance, qui sort du cœur pour tout ravager, porte ^ son premier coup, et le plus mortel, sur le cœur qui la nourrit^. L'injustice, qui veut ravir* le bien d 'autrui, fait son essai sur son auteur, et le dépouille de son plus grand bien, qui est la droiture, avant que de ravir et d'usurper le bien des autres ^. L'impudicité ^^^ qui veut tout corrompre, commence son effet par sa propre source, parce que ' nul ne peut attenter à l'intégrité d 'autrui que par la perte de la sienne. Ainsi ^ [p. 12] tout pécheur est ennemi de soimême, corrupteur en sa conscience du plus grand bien de la nature raisonnable, c'est-à-dire de l'innocence. Par conséquent le péché ^ est le plus grand et le plus extrême de tous les maux : plus grand sans comparaison que tous ceux qui nous menacent par le dehorsr parce que c'est le dérèglement et l'entière dépravation du dedans ; plus grand et plus dangereux que les maladies du corps les plus pestilentes, parce que c'est un poison fatal à la vie de l'âme ; plus grand ^° que la perte de la raison, parce que c'est perdre plus que la raison que d'en perdre le bon usage, sans lequel la raison même n'est plus qu'une folie ^^ criminelle. Enfin, pour conclure ce raisonnement, mal par-dessus tous les maux, malheur excédant tous les malheurs, parce que ^^ [p. 13] nous y trouvons tout ensemble et un malheur et un crime : malheur qui nous accable et crime qui nous

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