Tout cet alinéa a été ajouté en 5. Luc, xxiv
marge, et après le sermon achevé, 6. Première rédaction (effacée) :
comme semble indiquer le carac- Quand Dieu veut faire voir sa pnis-
tèrc de l'écriture un peu différente. sance, il réduit tout à l'impuissance,
■3.<Gren., xviii, 11-15. et puis il agit.
Évangile, que deviendrez-vous ? Pêche spirituelle, vous ne serez plus. Jésus vient : Pasce oves meas ^.
Que le monde se moque tant qu'il voudra : si faut-il que la [plus] forte persuasion qui ait jamais paru sur la terre, et dans la chose la j^lus incroyable, et parmi les épreuves les plus difficiles, et dans les hommes les> plus incrédules et les plus timides, dont le plus hardi a renié lâchement son maître, ait une cause apparente. La feinte ne va pas si loin, la surprise ne dure pas si longtemps, la folie n'est pas si réglée.
Car enfin poussons à bout le raisonnement des incrédules et des libertins. Qu'est-ce qu'ils veulent penser de nos saints pêcheurs ? Quoi ? qu'ils avaient inventé une belle fable qu'ils se plaisaient d'annoncer au monde? Mais ils l'auraient faite plus vraisemblable. Que c'étaient des insensés et des imbéciles, qui ne s'entendaient pas eux-mêmes ? Mais leur vie, mais leurs écrits, mais leurs lois et la sainte discipline qu'ils ont établie, et enfin l'événement même, prouvent le contraire.
C'est une chose inouïe, ou que la finesse invente si mal, ou que la folie exécute si heureusement. Ni le projet ne sent point des hommes rusés ; ni le succès, des hommes dépourvus de sens. Ce ne sont pas ici des hommes prévenus, qui meurent pour des sentiments qu'ils ont sucé [s] avec le lait. Ce ne sont pas des spéculatifs et des curieux qui, ayant rêvé dans leur cabinet sur des choses imperceptibles, sur des mystères éloignés des sens, font leurs idoles de leurs opinions, et les défendent jusques à mourir. Ceux-ci ne nous disent pas r Nous avons pensé, nous avons médité, nous avons conclu. liCurs pensées pourraient être fausses, leurs méditations mal fondées, leurs conséquences ^ mal prises et défectueuses. Ils nous disent : Nous avons vu, nous avons ouï, nous avons touché de nos mains, et souvent, et longtemps, et plusieurs ensemble ce Jésus-Christ ressuscité des morts. S'ils disent la vérité, que reste-t-il à répondre ? S'ils inventent, que prétendent-ils ? Quel avantage, quelle récompense, quel prix de tous leurs travaux ? S'ils attendaient quelque chose, c'était ou
l.Joan., XXT, 17. Deforis déve- 2. Vav. : conclnpions.
loppe à sa façon ces pensées.
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dans cette vie, ou après leur mort. D'espérer pendant cette vie, ni la haine, ni la puissance, ni le nombre de leurs ennemis, ni leur propre faiblesse ne le souffre pas.. Les voilà donc réduits aux siècles futurs ; et alors, ou ils attendent de Dieu la félicité de leurs âmes, ou ils attendent des hommes la gloire et l'immortalité de leur nom. S'ils attendent la félicité que promet le Dieu véritable, il est clair qu'ils ne pensent pas à tromper le monde : et si le monde veut s'imaginer que le désir dese signaler dans l'histoire ait été flatter ces esprits grossiers jusques dans leurs bateaux de pêcheurs, je dirai seulement ce mot : si un Pierre, si un André, si un Jean, parmi tant d'opprobres et tant de persécutions, ont pu prévoir de si loin la gloire du christianisme et celle que nous leur donnons, je ne veux rien de plus fort pour convaincre tous les esprits raisonnables quec'étaient des hommes divins, auxquels et l'Esprit de Dieu et la force toujours invincible ^ de la vérité faisaient voir, dans l'extrémité de l'oppression, la victoire très assurée de la bonne cause.
Voilà ce que fait voir la vocation des pêcheurs : elle fait voir que l'Église est un édifice tiré du néant, une création, l'œuvre d'une main toute-puissante. Voyez la structure. Rien de plus grand ; le fondement, c'est le néant même : ea quœ non siint. Si le néant y paraît, création ; quelque partie brute, pour montrer ce que l'art a opéré. Si c'est Dieu, bâtissons dessus, ne craignons pas. Laissons-nous prendre ; et tant de fois pris par les vanités, laissons-nous prendre une fois à ces pêcheurs d'hommes et aux filets de l'Évangile^.
Laissons-nous tirer de cette mer, dont la face est toujours changeante, qui cède à tout vent, et qui est toujours agitée de quelque tempête. Écoutez ce grand bruit du monde, ce tumulte, ce trouble éternel. Voyez ce mouvement, cette agitation, ces montagnes d'eau
1. Yar. : et la confiance inébran- bros., lib. 4 in Luc, c. 5). Qui ne lable... tue[nt] point ce qu'ils prennent,-,