Le samedi. 8 décembre
380 AVEXT DE SAINT-THOMAS-DU-LOUYRE.
[Fecit 1 mihi magna qui potens est.
Le Tout-Puissant a fait en moi de grandes choses.
(Luc, I, 49.)]
C'est un trait merveilleux de miséricorde que la promesse de notre salut se trouve presque aussi ancienne que la sentence de notre mort, et qu'un même jour ait été témoin de la chute de nos premiers pères et du rétablissement de leur espérance. Nous vo3'ons en la Genèse, chapitre m, qu'en ^ même temps c^ue Dieu nous condamne, il nous promet notre grâce ^ ; en prononçant la malédiction contre nous, il prédit au serpent, qui nous a trompés, que sa tête sera brisée, c'est-à-dire que son empire sera renversé et que nous serons délivrés de sa tyrannie : les menaces et les promesses se touchent ; la lumière de la faveur nous reluit dans l'ardeur même de la colère ; afin que nous entendions que Dieu se fâche contre nous comme un bon père, qui, dans les sentiments les plus vifs d'une juste indignation, ne peut oublier ses miséricordes, ni retenir les effets de ses tendresses.
Bien plus, ô incomparable bonté ! Adam même qui nous a perdus, et Eve qui est la source de nos malheurs*, nous sont représentés dans les saintes Lettres comme des images vivantes des mystères qui nous sanctifient. Jésus-Christ ne dédaigne pas de s'appeler le nouvel Adam ; Marie, sa divine mère, est la nouvelle Eve ; et, par un secret merveilleux, notre réparation nous est figurée même dans les auteurs de notre ruine.
Je ne dois pas taire en ce lieu la remarque de saint Épiphane, qui, ayant examiné attentivement le passage de la Genèse où Eve est nommée la mère de tous les vivants, observe qu'elle n'est ainsi appelée ^ par l'ordre de Dieu qu'après la condamnation du genre humain, et qu'elle n'avait pas ce beau nom lorsqu'elle