Gazette de France du 29 décem- serve
l'ANÉGYRIQUE DE SAINT THOMAS DE CANTORBERY. 423
In morte mirabilia operatus est.
Il a fait des choses merveilleuses dans sa mort i.
(Eccli., XLViii, 15.)
Les mystères de Jésus-Christ sont une chute continuelle ; et tant qu'il a vu devant soi quelque nouvelle bassesse, il n'a jamais cessé de descendre. Il se compare lui-même, dans son Évangile, à un grain de froment qui tombe ^ ; et en effet, il est allé toujours tombant : premièrement du ciel en la terre, de son trône dans une crèche ; de là, par plusieurs degrés, il est tombé^ jusqu'à l'ignominie du supplice, jusqu'à l'obscurité du tombeau, jusqu'à la profondeur de l'enfer. Mais, comme il ne pouvait tomber plus bas, c'était là aussi le terme fatal de ses chutes mystérieuses; et ce cours d'abaissements étant rempli, c'est de là qu'il a commencé de se relever couronné d'honneur et de gloire.
Ce que notre chef a fait une fois en sa personne sacrée, tous les jours il l'accomplit dans ses membres ; -et le martyr que nous honorons nous en est un illustre exemple. Saint Thomas, archevêque de Cantorbéry, s 'étant trouvé engagé, pour les intérêts de l'Église, dans de longs et fâcheux démêlés avec un grand roi, avec Henri II, roi d'Angleterre, on l'a vu tomber peu à peu de la faveur à la disgrâce, de la disgrâce au bannissement, du bannissement à une espèce de proscription, et enfin à une mort violente. Mais la providence divine, ayant lâché la main jusqu'à ce terme, a fait commencer de là son élévation. Elle a honoré de miracles le tombeau de cet illustre martyr ; elle a mené à ses cendres un roi pénitent ; elle a conservé les droits de l'Église par le sang de ce saint évêque, persécuté injustement pour sa cause ; et tirant sa gloire de ses souffrances, elle m'a donné lieu de dire de lui ce que l'Ecclésiastique a dit d'Elisée, que ce sa mort a opéré des miracles : In morte mirabilia operatus est. » Mais, afin de vous découvrir toutes ces merveilles, demandons