‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 3)Chapitre 330 sur 532 · On peut douter si cette traduc- 2. Joan., xii · texte numérisé non relu

On peut douter si cette traduc- 2. Joan., xii

tion est de Bossuet ; il la -tourne 3. Var. : descendu,

autrement à la fin de l'avant-propos.

l'assistance du Saint-Esprit par l'entremise de Marie :

Ave.

C'est une loi établie, que l'Église ne peut jouir d'aucun avantage qui ne lui coûte la mort de ses enfants ; et que, pour affermir ses droits, il faut qu'elle répande du sang. Son Époux l'a rachetée par le sang qu'il a versé pour elle, et il veut qu'elle achète par un prix semblable les grâces qu'il lui accorde. C'est par le sang des martyrs qu'elle a étendu ses conquêtes bien loin au delà de remi3ire romain ; son sang lui a procuré et la paix dont elle a joui sous les empereurs chrétiens, et la victoire qu'elle a remportée sur les empereurs infidèles. Il paraît donc qu'elle devait du sang à l'affermissement de son autorité, comme elle en avait donné à l'établissement de sa doctrine ; et ainsi la discipline, aussi bien que la foi de l'Église, a dû avoir des martyrs.

C'est pour cette cause. Messieurs, que votre glorieux patron ^ a donné sa vie. Nous avons honoré, ces derniers jours, le premier martyr de la foi ^ ; aujourd'hui, nous célébrons le triomphe du premier martyr de la discipline ; et afin que tout le monde comprenne combien ce martyre a été semblable à ceux que nous, ont fait voir les anciennes persécutions, je m'attacherai à vous montrer que la mort de notre saint archevêque a opéré les mêmes merveilles dans la cause de la discipline que celle des autres martyrs a autrefois opérées lorsqu'il s'agissait de la cro3^ance.

En effet, pour ne pas vous laisser longtemps en suspens, comme les martyrs qui ont combattu pour la foi ^ ont affermi, par le témoignage de leur sang, cette foi que les tyrans voulaient abolir, calmé par leur patience la haine publique, qu'on voulait exciter contre eux en les traitant comme des scélérats, confirmé par leur constance invincible les fidèles, qu'on avait dessein d'effrayer par le terrible spectacle de tant de supplices ;

1. Thomas Becket, le martyr de s'agit nullement comme on Ta pré-

Cantorbéry, patron de Saint-Tho- tendu, d'un panégyrique dont nous

mas-du-Louvre. devions regretter la perte.

, 2. Allusion à la fête de saint 3. Var. : comme ceux que j'ai

Etienne, premier martyr, qui se nommés les derniers ont appuyé —

célèbre le 26 du même mois. Il ne établi...

en sorte que, profitant des persécutions, ils les ont fait servir, contre leur nature, à l'établissement de leur foi, à la conversion de leurs ennemis, à l'instruction et à l'affermissement de leurs frères : ainsi vous verrez bientôt, Chrétiens, que des effets tout semblables ont suivi la mort du grand archevêque de Cantorbéry ; et la suite de cet entretien vous fera paraître que le sang de ce nouveau martyr de la discipline a affermi l'autorité ecclésiastique, qui était violemment opprimée ; que sa mort a converti les cœurs indociles des ennemis de la discipline de l'Église '^ ; enfin, qu'elle a échauffé le zèle de ceux qui sont préposés i30ur en être les défenseurs. Voilà ce que j'ai dessein de vous faire entendre dans les trois parties de ce discours.

Premier Point.

Pour bien entendre le sujet des fameux combats du grand saint Thomas de Cantorbér}- pour l'honneur de l'Église et du sacerdoce, il faut considérer avant toutes choses quelques vérités importantes qui regardent l'état de l'Église : ce qu'elle est, ce qui lui est dû, et ce qu'elle doit ; quels droits elle a sur la terre, et quels moyens lui sont donnés pour s'y maintenir. Je sais que cette matière est fort étendue et pleine de questions épineuses ; mais, comme la décision de ces doutes dépend d'un ou deux principes, j'espère qu'en laissant^ un grand embarras de difficultés fort enveloppées, je pourrai vous dire en peu de paroles ce qui est essentiel et fondamental, et absolument nécessaire pour connaître l'état de la cause pour laquelle saint Thomas a donné sa vie. J'avance donc deux vérités qui expliquent parfaitement, si je ne me trompe, l'état de l'Église sur la terre. Je dis qu'elle y est comme une étrangère, et qu'elle y est toutefois revêtue d'un caractère royal par la souveraineté toute divine et toute spirituelle qu'elle y exerce. Ces deux vérités éclaircies nous donneront par ordre "^ la résolution des difficultés que j'ai proposées.

\. Var. : des persécuteurs de 2. En laissaiit de côté.

l'Église. 3. jPar ordre, successivement.

Et premièrement, l'Eglise est dans le monde comme une étrangère ; cette qualité fait sa gloire. Elle montre sa dignité et son origine céleste, lorsqu'elle dédaigne d'habiter la terre : elle ne s'y arrête donc pas, mais elle y passe ; elle ne s'y habitue ^ pas, mais elle y voj^age. Ce qu'elle appréhende le plus, c'est que ses enfants ne s'y naturalisent, et qu'ils ne fassent leur principal établissement où ils ne doivent avoir qu'un lieu de passage. Mais nous comprendrons plus facilement cette qualité d'étrangère, si nous faisons en un mot la comparaison de l'Eglise de Jésus-Christ avec la Synagogue ancienne.

Il n'y a personne qui n'ait remarqué que les livres sacrés de Moïse, outre les préceptes de religion, sont pleins de lois politiques, et qui regardent le gouvernement d'un État. Ce sage législateur ordonne du commerce et de la police, des successions et des héritages, <le la justice et de la guerre, et enfui de toutes les choses qui peuvent maintenir un empire. Mais le Prince du nouveau peuple, le législateur de l'Église, a pris une conduite opposée. Il laisse faire aux princes du monde l'établissement des lois politiques; et toutes celles qu'il nous donne et qui sont écrites dans son Évangile ne regardent que la vie future. D'où vient cette différence entre l'ancien et le nouveau peuple, si ce n'est que, la Synagogue devant avoir sa demeure " et faire son séjour sur la terre, il fallait lui donner des lois pour y établir son gouvernement ; au lieu que l'Église de Jésus-Christ voyageant comme une étrangère parmi tous les peuples du monde, elle n'a point de lois particulières touchant la société politique; et il suffit de lui dire généralement ce qu'on dit aux étrangers et aux voyageurs, qu'en ce qui regarde le gouvernement, elle suive les lois du pays où elle fera son pèlerinage, et qu'elle en révère les princes et les magistrats : Omnis ■anima potestatihvs siihlimîorihns suhdîta sit ^ ? C'est

'[.S'habituer, s'établir, fixer son y faire des fonctions, sans être curés

domicile. Aujourd'hui encore on ap- ni vicaires,

pelle prêtres habitués les ecclésias- ' 2. Demeure, résidence fixe, tiques attachés à une paroisse pour 8. Rom., xiii, 1.

le seul commandement politique que le Nouveau Testament nous donne.

Cette vérité étant supposée, si vous me demandez, Chrétiens, quels sont les droits de l'Église ^, qu'attendez-vous que je vous réponde, sinon qu'elle a sans doute de grands avantages et des prétentions glorieuses ; mais que Celui dont elle attend tout ayant dit que son royaume n'est pas de ce monde ^, tout le droit qu'elle peut avoir d'elle-même sur la terre, c'est qu'on lui laisse, pour ainsi dire, passer son chemin et achever son voyage en paix ? Tellement que rien ne lui convient mieux, à elle et à ses enfants, que ces mots de Tertullien : « Toute notre affaire en ce monde, c'est d'en sortir au plus tôt : Nihil nostra refert in hoc œvo, nisi de eo quam celeriter excéder e ^ . »

Mais peut-être que vous penserez que je représente l'Église comme une étrangère trop faible, et que je la laisse sans autorité et sans fonction sur la terre, enfin trop nue et trop désarmée au milieu de tant de puissances ennemies de sa doctrine ou jalouses de sa grandeur. Non, mes Frères, il n'en est pas ainsi *. Elle ne voyage pas sans sujet dans ce monde : elle y est envoyée par un ordre suprême, pour y recueillir les enfants de Dieu et rassembler ses élus dispersés aux quatre \ents ^. Elle a charge de les tirer du monde, mais il faut qu'elle les vienne chercher dans le monde ; et en attendant. Chrétiens, qu'elle les présente à Dieu, maintenant qu'elle voyage avec eux et qu'elle les tient sous son aile, n'estil pas juste qu'elle les gouverne, qu'elle dirige leurs pas incertains et qu'elle conduise leur pèlerinage? C'est pourquoi elle a sa puissance, elle a ses lois et sa police spirituelle, elle a ses ministres et ses magistrats, par lesquels elle exerce, dit Tertuîlien, « une divine censure contre tous les crimes, exhortatîones, castîgationes et censura dîvina^. » Malheur à ceux qui la troublent, ou qui se mêlent dans ^ cette céleste administration, ou qui osent en usurper la moindre partie! C'est une injustice

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