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PANÉGYRIQUE DE SAINT THOxMAS DE CANTORBÉKY. 441
sa vengeance épuisée se tourne à de meilleurs sentiments. Quoiqu'il voie que ses biens ravis, sa réputation déchirée, les fatigues d'un long exil, l'injuste ^ persécution de tous les siens, n'aient pu assouvir sa colère, il sait ce que peut le sang d'un martyr ; et le sien est tout prêt à couler pour amollir le cœur de son prince. Il n'a pas été tromjDé dans son espérance : le sang de ce martyr, le sacrifice sanglant de Thomas, a produit un autre sacrifice, sacrifice d'humilité et de pénitence ; il a amené à Dieu une autre victime, victime royale et couronnée.
Je vous ai représenté l 'appareil du premier sacrifice ; Cj[ue celui-ci est digne encore de vos attentions ! Là, un évêque à la tête de son clergé, et ici, un roi environné de toute sa cour ; là, un évêque nous a paru revêtu de ses ornements ; ici, nous voyons un roi humblement dépouillé des siens ; là, vous avez vu des épées tirées, qui sont les armes de la cruauté ; ici, une discipline et une haire, qui sont les instruments de la pénitence. Dans le premier sacrifice, si vous avez eu de l'admiration pour le courage, vous avez eu de l'horreur pour le sacrilège ; ici, tout est plein de consolation. La victime est frappée, mais c'est la contrition qui perce son cœur ; la victime est abattue, mais c'est l'humilité qui la renverse. Le sang qui est répandu, ce sont les larmes de la pénitence, quidam sanguis animse ^ ; l'autel du sacrifice, c'est le tombeau même du saint martyr. Le roi se prosterne devant ce tombeau, il fait une humble réparation aux cendres du grand saint Thomas, il honore ces cendres, il baise ces cendres, il arrose ces cendres de larmes, il mêle ses larmes au sang du martyr, il sanctifie ces larmes par la société de ce sang ; et ce sang qui criait vengeance, apaisé par ces larmes d'un roi pénitent, demande protection pour sa couronne. Il affermit son trône ébranlé, il relève le courage de ses serviteurs ; il met le roi d'Ecosse, son plus grand ennemi, entre ses mains ; il fait rentrer son fils dans son devoir, qu'il avait oublié ; enfin, en un même jour, il rend la concorde à sa maison, la tranquillité à son État, et le repos à sa con-