‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 3)Chapitre 381 sur 532 · Ms. : Malheureuse homme · texte numérisé non relu

Ms. : Malheureuse homme

Sermons de Bossuet. — V. 31

l^assant, nous ne devons pas lui permettre de s'attacher à cette nature dissemblable, mais que nous devons tous les jours rompre nos liens, afin que l'esprit, se renfermant en lui-même, conserve sa noblesse et sa pureté ^ : Sit quotidianus usii^ in nobis affectusque moriendi, ut per illam, quam diximus, segregationem a corporels cupiditatihuSf anima nostra se discat extraliere, et quasi in suhlimi locata, qiio terrenœ adiré Uhidines et eam sibi glutinare non possint, suscipiat mortis imaginemy ne pœnam mortis incurrat-. C'est pourquoi, dans la fonction qui est donnée à notre âme d'animer et de mouvoir les organes corporels, le même saint Ambroise [avertit] de ne se plonger pas tout à fait dedans et de ne se mêler pas avec eux : Non credamus liuic corpori, nec misceamus curn illo animam nostram ^ ; mais plutôt que nous les touchions d'une main légère, comme un instrument de musique : SinnmiSf ut ita dicam, [p. x] digitis, sicut nervorum sonos, ita puisât carnls listiusl passiones ^.

On se pique de délicatesse, comme on se pique d'esprit ou de grandeur. Une tendre éducation... Une personne si chère... Ce ^ soin extrême du corps est indigne du chrétien. Vous voudriez vous rendre immortels : la moindre douleur, la moindre faiblesse vous accable et vous décourage ; vous abandonnez tous les exercices de piété. Vous craignez d'échauffer ce sang, cette tête déjà trop émue, ce tempérament si faible et si délicat. Que ne vous servez-vous plutôt de cette occasion favorable pour rompre ces liens trop doux et trop décevants, pendant que la nature vous aide, qu'elle tire les liens, si elle ne les brise pas tout à fait encore ? Apprenez à regarder ce corps, dont la faiblesse vous appesan-

1. Notes marginales (la première union par laquelle l'âme dominera. »

à la plume, la seconde au crayon) : 2. Dejide Èesiirr., lib. II, n. 40.

(( Deux liens, ceux de la nature, et 3. De bon. Mort., cap. IX, n. 10. —

ceux de l'affection. Pour le premier, Ms. : No7i credaimis nos...

c'est à Dieu à rompre ; pour l'autre, 4. Jbid., cap. vit, n. 27.

c'est à vous à prévenir: Quotidie 5. Lâchât supprime ce qui précède.

morior (I Cor., xv, 31). — Par la C'est, en effet, une addition margi-

première union, l'âme est en prison nale, qui n'est pas rédigée. On peut

et en servitude ; le corps la domine, cependant s'apercevoir que Bossuet

et s'en rend le maître. Secouons ce en tient compte, puisqu'il change

joug, tirons-nous de cette indigne ici :<( Le soin dn corps ») en « Ce soin

dépendance : il se fera une autre du corps,,. »

tit, non plus comme une demeure agréable, mais comme une prison importune ; non plus connne ^ votre organe, mais comme votre empêchement et votre fardeau : « Je suis captif de ce corps, et captif trop assujetti; je m\iffranchirai en souffrant, afin de ressusciter tout à fait libre ~. L'âme " démêlée de ce corps de mort, qu'elle laisse au-dessous d'elle, et retirée dans sa propre enceinte.La faiblesse et la douleur, qui agitent tout [p.xi] le corps, forcent l'âme à s'en détacher, et la renfermant dans ses propres biens, lui font corriger une secrète délicatesse et un certain repos dans les sens, qui gagne les hommes trop facilement dans une grande santé.

Que si l'attache à la santé même et à la vie est si vicieuse et si contraire à la dignité du christianisme, que dirai-je de la curiosité, de la vanité, de cette vivacité qu'on affecte tant sur le teint et sur le visage ? Faible et misérable créature, et vainement appelée à une beauté et à une gloire éternelle, vous ne sauriez sans regret voir tomber cette fleur d'un jour, ni passer cette couleur vive, ni cet air de jeunesse s'évanouir. Hélas ! vous en avez honte, comme si c'était un défaut. Vous voulez cacher vos années, et non seulement les cacher, mais résister à leur cours, qui emporte tout, vous soutenir [p. xii] contre leur effort, et tromper par mille artifices * leurs mains si subtiles, qui ne cessent de vous enlever toujours quelque chose. Est-ce là cette gloire du corps de Jésus ? L^ne autre santé, une autre beauté, une autre vie "". Hé ! laissez-vous dépouiller de ce fragile ornement, qui ne fait que nourrir votre vanité, vous exposer à la tentation, vous environner de scandales. Quittez l'amour de ce corps trop chéri et trop soigné : car, si vous persistez à le tant chérir, ô que la mort vous sera cruelle ! o que vainement vous soupirerez, disant avec ce roi des Amalécites : « Siccine séparât

1. Correction inachevée: qu'il Les éditeurs les joignent, et lisent : n'est pas tant... « de vous enlever par mille artifices

2. S. Ignat., Epist. ad Rom., iv. toujours quelque chose. )) Nous

3. Idée indiquée en marge, à la croyons avoir rétabli la vraie leçon, suite de la citation de saint Ignace, Il s'agit, non des artifices des ans, martyr. mais de ceux qu'emploie la coquet-

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