‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 3)Chapitre 410 sur 532 · Ps. cxxxYi, 4. que: «Je ne dois pas omettre ici · texte numérisé non relu

Ps. cxxxYi, 4. que: «Je ne dois pas omettre ici

4. Le latin en note : Aperuit pu- que presque tous les interprètes anteuin abi/ssi^ et ascendit fuviusputei.... ciens et modernes, et les protestants et obscuratus est sol. (Apoc, ix, 2.) comme les autres, entendent ici les — Yingt ans plus tard, dans VApo- hérétiques. » Au début, il avait ac- ■calypse avec une explication., Bos- cordé que c'était ((peut-être l'endroit suet persistait à voir les hérésies le plus difficile de la prophétie. » •désignées dans ce chapitre sous la De plus, il consentit à substituer, forme des o combattants de la plus dans l'application historique, Théoétrange figure que saint Jean ait dote de Byzance à Paul de Samomarqués dans tout ce livre. » Féne- sate. tous deux hérésiarques des prelon et ses amis, qui ne songeaient miers siècles. (Cf. R. de La Broise, pas encore à rompre avec Bossuet. Bossnet et la Bible, p. 201 ; Corresle suppliaient de voir dans ces sau- pondance de Bossuet, éd. Urbain et terelles, (( sorties de la fumée du Levesque. t. III, p. 502^.

siècles passés, j'en fais un juste rapport à l'état présent, j'ose croire, et je vois les sages concourir à ce sentiment, que les jours d'aveuglement sont écoulés, et qu'il est temps désormais que la lumière revienne. Lorsque le roi Henri VIII, prince en tout le reste accompli, s'égara dans les passions qui ont perdu Salomon et tant d'autres rois, et commença d'ébranler l'autorité de l'Église, les sages ^ lui dénoncèrent qu'en remuant ce seul point, il mettait tout en péril, et qu'il donnait, contre son dessein, une licence effrénée aux âges suivants. Les sages le prévirent ; mais les sages sont-ils crus en ces temps d'emportement, et ne se rit -on pas de leurs prophéties ? Ce qu'une judicieuse prévoyance n'a pu mettre dans l'esprit des hommes, une maîtresse plus impérieuse, je veux dire l'expérience, les a forcés de le croire. Tout ce que la religion a de plus saint a été en proie. L'Angleterre a tant changé, qu'elle ne sait plus elle-même à quoi s'en tenir ; et, plus agitée en sa terre et dans ses ports mêmes que l'Océan qui l'environne, elle se voit inondée par l'effroyable débordement de mille sectes bizarres. Qui sait si, étant revenue de ses erreurs prodigieuses touchant la royauté, elle ne poussera pas plus loin ses réflexions, et si, ennuyée de ses changements, elle ne regardera pas avec complaisance l'état qui a précédé ? Cependant admirons ici la piété de la Reine, qui a su si bien conserver les précieux restes de tant de persécutions. Que de pauvres, que de malheureux, que de familles ruinées pour la cause de la foi, ont subsisté, pendant tout le cours de sa vie, par l'immense profusion de ses aumônes ! Elles se répandaient de toutes parts jusqu'aux dernières extrémités de ses trois royaumes ; et, s'étendant, par leur abondance, même sur les ennemis de la foi, elles adoucissaient leur aigreur et les ramenaient à l'Église. Ainsi, non seulement elle conservait, mais encore elle augmentait le peuple de Dieu. Les conversions étaient innombrables ; et ceux qui en ont été témoins oculaires nous ont appris que, pendant

1. Ij' Histoire des Variations (YII, sher, évêqvie de Eochester, desquels XV) nomme deux de ces sages : le c( l'univers déplora le supplice. » chancelier Thomas Morus, et Fi-

trois ans de séjour ^ qu'elle a fait dans la cour du roi son iils, la ' seule chapelle royale a vu plus de trois^ cents convertis, sans parler des autres, abjurer saintement leurs erreurs entre les mains de ses aumôniers. Heureuse d'avoir conservé si soigneusement l'étincelle de ce feu divin que Jésus est venu allumer au monde ^ ! Si jamais l'Angleterre revient à soi; si ce levain précieux vient un jour à sanctifier toute cette masse, où il a été mêlé par ces royales mains, la postérité la plus éloignée n'aura pas assez de louanges pour célébrer les vertus de la religieuse Henriette, et croira devoir à sa piété l'ouvrage si mémorable du rétablissement de l'Église.

Que si l'histoire de l'Église garde chèrement la mémoire de cette reine, notre histoire ne taira pas les avantages qu'elle a procurés à sa maison et à sa patrie. Femme et mère très chérie et très honorée, elle a réconcilié avec la France le roi son mari et le roi son fils. Qui ne sait qu'après la mémorable action de l'île de Rhé, et durant ce fameux siège de La Rochelle, cette princesse, prompte à se servir des .conjonctures importantes, fit conclure la paix qui empêcha l'Angleterre de continuer son secours aux calvinistes révoltés ? Et dans ces dernières années, après que notre grand roi, plus jaloux de sa parole et du salut de ses alliés que de ses propres intérêts, eut déclaré la guerre aux Anglais,, ne fut-elle pas encore une sage et heureuse médiatrice ? Ne réunit-elle pas les deux royaumes ? Et depuis encore, ne s'est-elle pas appliquée en toutes rencontres à conserver cette même intelligence ? Ces soins regardent maintenant Vos Altesses royales*; et l'exemple d'une grande reine, aussi bien que le sang de France et d'Angleterre, que vous avez uni par votre heureux mariage, vous doit inspirer le désir de travailler sans cesse à l'union de deux rois qui vous sont si proches,

1. Deforis (t. VIII, p. 46) repro- second voyage. L'hostilité que les

che. non sans raison, aux ^fèmoires protestants lui témoignaient la dé-

du P. d'Avrigny d'avoir prétendu cida à repartir pour la France, que Henriette de France ne voulut 2. Var. : sa. — Corrigé dès 1671.

point retourner en Angleterre, lors- 3. Luc, XTI, 49.

que son fils eut été rétabli sur le 4. L'orateur s'adresse au duc et à

trône, en 1660. Le séjour de trois la duchesse d'Orléans, ans dont parle Bossuet était son

et de qui la puissance et la vertu peuvent faire le destin de toute l'Europe.

Monseigneur, ce n'est plus seulement par cette vaillante main et par ce grand cœur que vous acquerrez de la gloire. Dans le calme d'une profonde paix, vous aurez des moyens de vous signaler ; et vous pouvez servir l'Ëtat sans l'alarmer, comme vous avez fait tant de fois, en exposant au milieu des plus grands hasards de la guerre une vie aussi précieuse et aussi nécessaire que la vôtre. Ce service, Monseigneur, n'est pas le seul qu'on attend de vous ; et l'on peut tout espérer d'un prince que la sagesse conseille, que la valeur anime, et que la justice accompagne dans toutes ses actions ^. Mais où m'emporte mon zèle, si loin de mon triste sujet ? Je m'arrête à considérer les vertus de Philippes, et ne songe pas que je vous dois l'histoire des malheurs de Henriette.

J'avoue, en la commençant, que je sens plus que jamais la difficulté de mon entreprise. Quand j'envisage de près les infortunes inouïes d'une si grande reine, je ne trouve plus de paroles ; et mon esprit, rebuté de tant d'indignes traitements qu'on a faits à la majesté et à la vertu, ne se résoudrait jamais à se jeter parmi tant d'horreurs, si la constance admirable avec laquelle cette princesse a soutenu ses calamités, ne surpassait de bien loin les crimes qui les ont causées. Mais en même temps. Chrétiens, un autre soin me travaille. Ce n'est pas un ouvrage humain que je médite. Je ne suis pas ici un historien qui doive vous développer le secret des cabinets, ni l'ordre des batailles, ni les intérêts des partis : il faut que je m'élève au-dessus de l'homme, pour faire trembler toute créature sous les jugements de Dieu. J'entrerai, avec David, daris les puissances du Seigneur ^ ; et j 'ai à vous faire voir les merveilles de sa main et de ses conseils : conseils de juste vengeance sur l'Angleterre, conseils de miséricorde pour

1. Ce prince se fit bientôt une tout ce prince médiocre, on ne conteste

autre réputation. On a fait remar- pas du moins la bravoure. Déjà il

quer la banalité de cette louante en avait donné des preuves, en 1 667,

officielle. (( Il y a en pareil cas, dit dans la campagne de Flandre.

M. Jacquinet, dans la franche bana- 2. Le latin en note : Introiho in

lité une sorte de convenance.» Dans potentias Domini. (Ps. LXX, 15.)

le salut de la Reine, mais conseils marqués par le doigt de Dieu, dont l'empreinte est si vive et si manifeste dans les événements que j'ai à traiter, qu'on ne peut résister à cette lumière.

Quelque haut qu'on puisse remonter pour rechercher dans les histoires les exemples des grandes mutations, on trouve ^ que jusques ici elles sont causées ou par la mollesse, ou par la violence des princes. En effet, quand les princes, négligeant de connaître leurs affaires et leurs armées, ne travaillent qu'à la chasse, comme disait cet historien ^, n'ont de gloire que pour le luxe, ni d'esprit que pour inventer des plaisirs ; ou quand, emportés par leur humeur violente, ils ne gardent plus ni lois ni mesures, et qu'ils ôtent les égards et la crainte aux hommes, en faisant que les maux qu'ils souffrent leur paraissent plus insupportables que ceux qu'ils prévoient, alors ou la licence excessive, ou la patience poussée à l'extrémité, menacent terriblement les maisons régnantes.

Charles F^, roi d'Angleterre^, était juste, modéré, magnanime, très instruit de ses affaires et des moyens de régner. Jamais prince ne fut plus capable de rendre la royauté, non seulement vénérable et sainte, mais encore aimable et chère à ses peuples. Que lui peut-on reprocher, sinon la ^ clémence ? Je veux bien avouer de lui ce qu'un auteur célèbre a dit de César, « qu'il a été clément jusqu'à être obligé de s'en repentir : Csesarî pi'oprium et peculiare sit clementîœ insigne, qua usque ad pœnitentiam omnes superavit ^. » Que ce soit donc là, si l'on veut, l'illustre défaut de Charles aussi bien que de César ; mais que ceux qui veulent croire que tout est faible dans les malheureux et dans les vaincus, ne pensent pas pour cela nous persuader que la force ait

1. Jacqninet : on trouvera. quinet indique unepage de Macaulay

2. En note, renvoi à Quinte-Curce, (Histoire d'Angleterre^ t. I, p. 108), lib. YIII, IX (sur les rois indiens : où il est convaincu de duplicité. Venatus maximus labor est.) Mais, à l'époque de notre oraison

3. Les historiens, même en dehors funèbre, l'opinion se prononçait en de (( ceux qui veulent croire que faveur de sa mémoire, non seuletout est faible dans les malheureux ment en France, mais en Angleet dans les vaincus, » ont jugé ce terre même, où le trône avait été roi moins favorablement que ne le rendu à son fils.

fait Bossuet. Ses réelles qualités se 4. Var. : sa. — Corrigé dès 1671.

démentaient quelquefois. M. Jac- 5. Plin., /Tts^. iVa^., lib. YII,c. 25.

manqué à son courage, ni la vigueur à ses conseils. Poursuivi à toute outrance par l'implacable malignité de la fortune, trahi de tous les siens, il ne s'est pas manqué à lui-même. Malgré les mauvais succès de ses armes infortunées, .si on a pu le vaincre, on n'a pas pu le forcer ; et, comme il n'a jamais refusé ce qui était raisonnable, étant vainqueur, il a toujours rejeté ce qui était faible et injuste, étant captif. J'ai peine à contenij^ler son grand cœur dans ces dernières épreuves. Mais certes il a montré qu'il n'est pas permis aux rebelles de faire perdre la majesté à un roi qui sait se connaître, et ceux qui ont vu de quel front il a paru dans la salle de Westminster et dans la place de Whitehall ^, peuvent juger aisément combien il était intrépide à la tête de ses armées, combien auguste et majestueux au milieu de son palais et de sa cour. Grande reine, je satisfais à vos plus tendres désirs, quand je célèbre ce monarque ; et ce cœur, qui n'a jamais vécu que pour lui, se réveille, tout poudre ~ qu'il est. et devient sensible, même sous ce drap mortuaire, au nom d'un époux si cher, à qui ses ennemis mêmes accorderont le titre de sage et celui de juste, et que la postérité mettra au rang des grands princes, si son histoire trouve des lecteurs dont le jugement ne se laisse pas maîtriser aux événements ni à la fortune.

Ceux qui sont instruits des affaires, étant obligés d'avouer que le Roi n'avait point donné d'ouverture ni de prétexte aux excès sacrilèges dont nous abhorrons la mémoire, en accusent la fierté indomptable de la nation ; et je confesse que la haine des parricides '^ pourrait jeter les esprits dans ce sentiment. Mais, quand on considère de plus près l'histoire de ce grand royaume, et particulièrement les derniers règnes, où l'on voit non seulement les rois majeurs, mais encore les pupilles, et les reines mêmes ^ si absolues et si redoutées ; quand

1. L'une où il fut condamné; llèrement odieux, même celui d'une l'autre où il fut exécuté. femme par son mari, ou d'un fils par

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