‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 3)Chapitre 411 sur 532 · Yar. : tout cendre qu'il est. son père · texte numérisé non relu

Yar. : tout cendre qu'il est. son père

3. Nous dirions aujourd'hui des 4. Yar. : les reines même. — Les régicides. Mais, au XYII« siècle, ce uns et les autres sont nommés dans mot n'existait pas, et l'on qualifiait la suite de la phrase. Ces princes et de parricide tout meurtre particu- princesses qui imposaient des dog-

on regarde la facilité incroyable avec laquelle la religion a été ou renversée ou rétablie par Henri, par Edouard, par Marie, par Elisabeth, on ne trouve ni la nation si rebelle, ni ses Parlements si fiers et si factieux : au contraire, on est obligé de reprocher à ces peuples d'avoir été trop soumis, puisqu'ils ont mis sous le joug leur foi même et leur conscience. N'accusons donc pas aveuglément le naturel des habitants de l'île la plus célèbre du monde, qui, selon les plus fidèles histoires, tirent leur origine des Gaules ; et ne croyons pas que les Merciens, les Danois et les Saxons aient tellement corrompu en eux ce que nos pères leur avaient donné de bon sang, qu'ils soient capables de s'emporter à des procédés si barbares, s'il ne s'y était mêlé d'autres causes. Qu'est-ce donc qui les a poussés ? Quelle force, quel transport, quelle intempérie a causé ces agitations ■et ces violences ? N'en doutons pas. Chrétiens, les fausses religions, le libertinage d'esprit, la fureur de disputer des choses divines sans fin, sans règle, sans soumission, a emporté les courages. Voilà les ennemis que la Reine a eu à combattre ^, et que ni sa prudence, ni sa douceur, ni sa fermeté n'ont pu vaincre.

J'ai déjà dit quelque chose de la licence où se jettent les esprits, quand on ébranle les fondements de la religion, et qu'on remue les bornes une fois posées ^. Mais, <îomme la matière que je traite me fournit un exemple manifeste et unique dans tous les siècles de ces extrémités furieuses, il est, Messieurs, de la nécessité de mon ■sujet, de remonter jusques au principe, et de vous conduire pas à pas par tous les excès où le mépris de la religion ancienne et celui de l'autorité de l'Église ont «té capables de pousser les hommes.

Donc la source de tout le mal est que ceux qui n'ont pas craint de tenter, au siècle passé, la réformation ^ par

mes à leurs sujet? furent Heni-iYIII proprement dit, « alors même, dit

•et ses enfants : Edouard VI, qu'il M. Jacquinet, qu'il s'élève beaucoup

eut de Jeanne Se^-mour, Marie Tu- au-dessus. » — L'accord du parti-

dor, fille de Catherine d'Aragon, cipe. aujourd'hui facultatif, n'avait

Elisabeth, née d'Anne de Boleyn. pas lieu dans ces sortes de phrases.

1. En rappelant ainsi à propos le 2. Allusion à Prov.. xxil, 28.

souvenir de son héroïne, l'orateur 3. British Muséum :1a réforinatiou

reste toujours en vue de son sujet de l'Eglise,

le schisme, ne trouvant point de plus fort rempart contre toutes leurs nouveautés, que la sainte autorité de l'Église, ils ^ ont été obligés de la renverser. Ainsi les décrets des conciles, la doctrine des Pères et leur sainte unanimité, l'ancienne tradition du Saint Siège et de l'Église catholique n'ont plus été, comme autrefois, des lois sacrées et inviolables. Chacun s'est fait à soi-même un tribunal où il s'est rendu l'arbitre de sa croyance; et, encore c^u'il semble que les novateurs aient voulu retenir les esprits en les renfermant dans les limites de l'Écriture sainte, comme ce n'a été qu'à condition que chaciue fidèle en deviendrait l'interprète, et croirait que le Saint-Esprit lui en dicte l'explication, il n'y a point de particulier qui ne se voie autorisé par cette doctrine à adorer ses inventions, à consacrer ses erreurs, à appeler Dieu tout ce qu'il pense ^. Dès lors on a bien prévu C[ue, la licence n'ayant plus de frein, les sectes se multiplieraient jusqu'à l'infini; Cjue l'opiniâtreté serait invincible ; et que, tandis que les uns ne cesseraient de disputer, ou donneraient leurs rêveries pour inspirations, les autres, fatigués de tant de folles visions, et ne pouvant plus reconnaître la majesté de la religion déchirée par tant de sectes, iraient enfin chercher un repos funeste et une entière indépendance dans l'indifférence des religions^, ou dans l'athéisme.

Tels, et plus pernicieux encore, comme vous verrez dans la suite, sont les effets naturels de cette nouvelle doctrine. Mais de même qu'une eau débordée ne fait pas partout les mêmes ravages, parce que sa rapidité ne trouve pas partout les mêmes penchants et les mêmes ouvertures ; ainsi, quoique cet esprit d'indocilité et d'indépendance soit également répandu dans toutes les hérésies de ces derniers siècles, il n'a pas produit

1. "Var. : ont été obligés (sans Us). comme indifférentes, n'estimant pas

2. Bossuet, qui avait bien vu du l'une plus que l'autre. M. Jacquinet premier coup d'oeil que la question prétend, à tort, croyons-nous, que de l'Église était le point essentiel. cette expression signifie autre chose y ramènera sans cesse les contro- que Vindiférence religieuse, Vindif- Verses. (Vov. principalement la Cojz- férence en matière de religion. Elle

fére.nce avec Claude, et le VI^ Arer- désignerait (( l'état où se trouvent

tissement aux Protestants). les religions quand elles deviennent

3. Indifférence des religions, opi- indifférentes. » ni on qui tient toutes les religions

Sermons de Bossuet. — V. 34

universellement les mêmes effets : il a reçu diverses limites, suivant que la crainte, ou les intérêts, ou l'humeur des particuliers et des nations, ou enfin la puissance divine, qui donne, quand il lui plaît, des bornes secrètes aux passions des hommes les plus emportées ^, l'ont différemment retenu. Que s'il s'est montré tout entier à l'Angleterre, et si sa malignité s'y est déclarée sans réserve, les rois en ont souffert, mais aussi les rois en ont été cause. Ils ont trop fait sentir aux peuples que l'ancienne religion se pouvait changer. Les sujets ont cessé d'en révérer les maximes, quand ils les ont vu [es] céder aux passions et aux intérêts de leurs princes. Ces terres trop remuées et devenues incapables de consis* tance sont tombées de toutes parts, et n'ont fait voir que d'effroyables précipices. J'appelle ainsi tant d'erreurs téméraires et extravagantes qu'on voyait paraître tous les jours. Ne croyez pas que ce soit seulement la querelle de l'épiscopat^, ou quelques chicanes sur la liturgie anglicane ^, qui aient ému les Communes. Ces disputes n'étaient^ encore que de faibles commencements, par où ces esprits turbulents faisaient comme un essai de leur liberté. Mais quelque chose de plus violent se remuait dans le fond des cœurs : c'était un dégoût secret de tout ce qui a de l'autorité, et une démangeaison d'innover sans fin, après qu'on en a vu le premier exemple.

Ainsi les calvinistes, plus hardis que les luthériens, ont servi à établir les sociniens ^, qui ont été plus loin qu'eux et dont ils grossissent tous les jours le parti. Les sectes infinies des anabaptistes ^ sont sorties de cette même source ; et leurs opinions, mêlées au calvinisme, ont fait naître les indépendants^, qui n'ont

1. Jacqiiinet : les plus emportés. 5. Lelio et Fanste Socin, héréti-

2. Entre anglicans et presbyte- ques italiens et chefs de sociétés riens principalement. Les premiers secrètes, avaient enseigné à leurs s'appuyaient si;r l'autorité de Char- disciples à nier la Trinité et l'Incarles I" pour opprimer les autres sec- nation.

tes. 6. Ils réitéraient le baptême reçu

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