‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 3)Chapitre 414 sur 532 · Apocalypse, xill, 5, 7: (Est Unguam^et gentem · texte numérisé non relu

Apocalypse, xill, 5, 7: (Est Unguam^et gentem

avait transportés, allaient toujours, sans regarder qu'ils allaient à la servitude ; et leur subtil conducteur, qui, en combattant, en dogmatisant, en mêlant mille personnages divers, en faisant le docteur et le prophète aussi bien que le soldat et le capitaine, vit qu'il avait tellement enchanté le monde, qu'il était regardé de toute l'armée comme un chef envoyé de Dieu pour la protection de l'indépendance, commença à s'apercevoir qu'il pouvait encore les pousser ^ plus loin. Je ne vous raconterai pas la suite trop fortunée de ses entreprises, ni ses fameuses victoires, dont la vertu était indignée, ni cette longue tranquillité qui a étonné l'univers. C'était le conseil de Dieu d'instruire les rois à ne point quitter son iLiglise. Il voulait découvrir par un grand exemple tout ce que peut l'hérésie ; combien elle est naturellement indocile et indépendante, combien fatale à la royauté et à toute autorité légitime. Au reste, quand ce grand Dieu a choisi quelqu'un pour être l'instrument de ses desseins, rien n^eii arrête le cours : ou il enchaîne, ou il aveugle, ou il dompte tout ce qui est capable de résistance. Je suis le Seigneur, dit-il par la bouche de Jérémie; c^est moi qui ai fait la terre avec les hommes et les animaux, et je la mets entre les mains de qui il me plaît. Et maintenant j^ai voulu soumettre ces terres à Nahucliodonosor, roi de Bahylone, mon serviteur ^. Il l'appelle son serviteur, quoique infidèle, à cause qu'il l'a nommé pour exécuter ses décrets. Et j^ordonne, poursuit-il, que tout lui soit soumis, jusqu'aux animaux " : tant il est vrai que tout ploie et que tout est souple quand Dieu le commande. Mais écoutez la suite de la prophétie : Je veux que ces peuples lui obéissent, et quHls ohéissent encore à son fils, jusqu'à ce que le temps des uns et des autres vienne ^, Voyez,

1. British Muséum : qu'il pouvait Bab//loini<, servi viei. (Jbid.) encore éloigné de ceux-ci les pousser. 3. Tnsuper et bestias agri dedi ei

2. En marge les textes latins : Ego [ut serviant illi]. (Ibid., 6.)

feci terrain^ et hommes^ et jumenta 4. Et servient ei [omnes ffentes'iif-'t

quœ sunt super faciem terrœ, in for- filio ejus, etc., donec veniat tempus

titudine mea magna et in brachio meo terra' ejus et ipsius. {Jbid., 7.) — A

extento ; et dedi eam ei qaiplacuit in la mort d'Olivier Cromwell, son fils

oculis meis. (Jerem., xxvii, 5.) — Richard lui avait succédé dans l'au-

Et nunc itaque dedi ovines terras torité de lord Protecteur (1658). istas mtnnnu Nabuchodonosor, régis

Chrétiens, comme les temps sont marqués, comme les générations sont comptées; Dieu détermine jusques à quand doit durer l'assoupissement, et quand aussi se doit réveiller le monde.

Tel a été le sort de l'Angleterre. Mais que, dans cette effroyable confusion de toutes choses, il est beau de considérer ce que la grande Henriette a entrepris pour le salut de ce royaume; ses \oyages, ses négociations, ses traités, tout ce que sa prudence et son courage opposaient à la fortune de l'État ; et enfin sa constance, par laquelle n'ayant pu vaincre la violence de la destinée, elle en a si noblement soutenu l'effort ! Tous les jours elle ramenait quelqu'un des rebelles ; et de peur qu'ils ne fussent malheureusement engagés à faillir toujours, parce qu'ils avaient failli une fois, elle voulait qu'ils trouvassent leur refuge dans sa parole^. Ce fut entre ses mains que le gouverneur de Scarborougk ^ remit ce port et ce château inaccessible. Les deux Hothams père et fils, qui avaient donné le premier exemple de perfidie, en refusant au Roi même les portes de la forteresse et du port de Hull, choisirent la Reine pour médiatrice, et devaient rendre au Roi cette place, avec celle de Beverley ; mais ils furent prévenus et décapités ; et Dieu, qui voulut punir leur honteuse désobéissance par les propres mains des rebelles, ne permit pas que le Roi profitât de leur repentir. Elle avait encore gagné un maire de Londres ^ dont le crédit était grand, et plusieurs autres chefs de la faction. Presque tous ceux qui lui parlaient se rendaient à elle ; et si Dieu n'eût point été inflexible, si l'aveuglement des peuples n'eût pas été incurable, elle aurait guéri les esprits, et le parti le plus juste aurait été le plus fort.

On sait. Messieurs, que la Reine a souvent exposé sa personne dans ces conférences secrètes ; mais j 'ai à vous faire voir de plus grands hasards. Les rebelles s'étaient saisis des arsenaux et des magasins; et malgré la défection de tant de sujets, malgré l'infâme désertion

1. Var. : leur refuge dans sa bonté vont être nommées). Le gouverneur et leur sûreté dans sa parole. s'appelait Cholmondley.

2. Ou Scarborongh (comté d'York, 3. Le lord-maire Gourney. comme les deux autres places qui

de la milice même, il était encore plus aisé au Roi de lever des soldats que de les armer. Elle abandonne, pour avoir des armes et des munitions, non seulement ses joyaux, mais encore le soin de sa vie. Elle se met en mer au mois de février, malgré l'hiver et les tempêtes ; et sous prétexte de conduire en Hollande la princesse royale, sa fille aînée ^, qui avait été mariée à Guillaume, prince d'Orange, elle va pour engager les États dans les intérêts du Roi, lui gagner des officiers, lui amener des munitions. L'hiver ne l'avait pas effrayée, quand elle partit d'Angleterre ; l'hiver ne l'arrête pas onze mois après, quand il faut retourner auprès du Roi : mais le succès n'en fut pas semblable. Je tremble au seul récit de la tempête furieuse dont sa flotte fut battue durant dix jours. Les matelots furent alarmés jusqu'à perdre l'esprit ^, et quelques-uns d'entre eux se précipitèrent dans les ondes. Elle, toujours intrépide autant que les vagues étaient émues, rassurait tout le monde i^ar sa fermeté. Elle excitait ceux qui l'accompagnaient à espérer en Dieu, qui faisait toute sa confiance ; et pour éloigner de leur esprit les funestes idées de la mort qui se présentait de tous côtés, elle disait, avec un air de sérénité qui semblait déjà ramener le calme, que les reines ne se noyaient pas. Hélas ! elle est réservée à quelque chose de bien plus extraordinaire, et, pour s'être sauvée du naufrage ^, ses malheurs n'en seront pas moins déplorables. Elle vit périr ses vaisseaux et presque toute l'espérance d'un si grand secours. L'amiral^, où elle était, conduit par la main de Celui qui domine sur la profondeur de la mer " , et qui dom.pte ses flots soulevés, fut repoussé aux ports de Hollande ; et tous les peuples furent étonnés d'une délivrance si miraculeuse.

Ceux qui sont échappés du naufrage disent un éternel adieu à la mer et aux vaisseaux ; et, comme disait

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