‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 3)Chapitre 415 sur 532 · Ce mariage devait donner un en · texte numérisé non relu

Ce mariage devait donner un en

nouveau persécuteur à la famille 3. Var.: sauvée des flots, son nau-

des Stuarts, Guillaume III, qui dé- frage n'en sera pas moins déplora-

trônera Jacques II, son oncle et ble. — Ces deux phrases modifiées

beau-père. dès 1671.

2. Var. : Les matelots alarmés en 4. Vamirali le vaisseau amiral, perdirent l'esprit de frayeur. Corrigé 5. Ps. LXXX viii, 10.

un ancien auteur \ ils n'en peuvent même supporter la vue ^. Cependant, onze jours après, ô résolution étonnante ! la Reine, à peine sortie d'une tourmente si épouvantable, pressée du désir de revoir le Roi et de le secourir, ose encore se commettre à la furie de l'Océan et à la rigueur de l'hiver. Elle ramasse quelques vaisseaux, qu'elle charge d 'officiers et de munitions, et repasse enfin en Angleterre. Mais qui ne serait étonné de la cruelle destinée de cette princesse ? Après s'être sauvée des flots, une autre tempête lui fut presque fatale. Cent pièces de canon tonnèrent sur elle à son arrivée, et la maison où elle entra fut percée de leurs coups. Qu'elle eut d'assurance dans cet effroyable péril! mais qu'elle eut de clémence pour l'auteur d'un si noir attentat ^ ! On l'amena prisonnier peu de temps après ; elle lui pardonna son crime, le livrant pour tout supplice à sa conscience et à la honte d'avoir entrepris sur la vie d'une princesse si bonne et si généreuse : tant elle était au-dessus de la vengeance aussi bien que de la crainte !

Mais ne la verrons-nous jamais auprès du Roi, qui souhaite si ardemment son retour ? Elle brûle du même désir, et déjà je la vois paraître dans un nouvel appareil. Elle marche comme un général à la tête d'une armée royale, pour traverser des provinces que les rebelles tenaient presque toutes. Elle assiège et prend d'assaut en passant une place considérable* qui s'opposait à sa marche ; elle triomphe, elle pardonne ; et enfin le Roi la vient recevoir dans une campagne, où il avait remporté l'année précédente une victoire signalée ^ sur le général Essex. Une heure après, on apporta la nouvelle d'une grande bataille gagnée ^. Tout semblait prospérer par sa présence ; les rebelles étaient consternés ; et si la Reine en eût été crue, si, au lieu

1 . Tertullien, dont Bossuet cite le 4. Bristol, alors le principal port texte en note : Ncmfragïo Wherati^ de commerce de l'Angleterre. exinde repudium et navi et mari dî- 5. Victoire partielle : l'infanterie cunt. — (De Pfenit., n. 7.) royale était battue, pendant que la

2. Yar. : et aux vaisseaux; ils n'en cavalerie triomphait. Bataille de peuvent même supporter la vue. Ce Edge-Hill.

sont les paroles de Tertullien. 6. Victoire de Koundvpay-Down^

3. L'amiral Batten, du parti des dans le Wiltshire, à un mille de Deparlementaires, vizes.

de diviser les armées royales et de les amuser, contre son avis, aux sièges infortunés de Hull et de Glocester, on eût marché droit à Londres, l'affaire était décidée, et cette campagne eût fini la guerre. Mais le moment fut manqué. Le terme fatal approchait ; et le Ciel, qui semblait suspendre, en faveur de la piété de la Reine, la vengeance qu'il méditait, commença à se déclarer. « Tu sais vaincre, disait un brave Africain au plus rusé capitaine qui fut jamais ; mais tu ne sais pas user de ta victoire: Rome, que tu tenais, V échappe; et le destin ennemi t'a ôté tantôt le moyen, tantôt la pensée de la prendre ^. » Depuis ce malheureux moment, tout alla visiblement en décadence, et les affaires furent sans retour. La Reine, qui se trouva grosse, et qui ne put par tout son crédit faire abandonner ces deux sièges, qu'on vit enfin si mal réussir, tomba en langueur, et tout l'État languit avec elle. Elle fut contrainte de se séparer d'avec le Roi, qui était presque assiégé dans Oxford, et ils se dirent un adieu bien triste, quoiqu'ils ne sussent pas que c'était le dernier. Elle se retire à Exeter, ville forte, où elle fut elle-même bientôt assiégée. Elle y accoucha d'une princesse ^, et se vit, douze jours après, contrainte de prendre la fuite pour se réfugier en France.

Princesse, dont la destinée est si grande et si glorieuse, faut-il que vous naissiez en la puissance des ennemis de votre maison ? O Éternel ! veillez sur elle ; anges saints, rangez à l'entour vos escadrons invisibles, €t faites la garde autour du berceau d'une princesse si grande et si délaissée. Elle est destinée au sage et valeureux Philippes, et doit des princes à la France, dignes de lui, dignes d'elle et de leurs aïeux ^. Dieu l'a protégée. Messieurs. Sa gouvernante*, deux ans après, tire ce précieux enfant des mains des rebelles;

1 . Imitation de deux passages de même « devait être sitôt après le "Tite-Live, que Bossuet cite en note: sujet d'un discours semblable ! » Tum Maharbal : Vincere scis, Anni- 3. Var. : et diprnes de leurs aïeux. 'bal^ Victoria uti nescis. (Dec. I, lib. Henriette d'Angleterre, en mourant III.) — Potiinidœ urbis JRomœ, modo l'année suivante, ne laissa que des mentem non dari, modo fortunam. filles (Marie-Louiseet Anne-Marie). (Lib. TI.) Elle avait eu un fils ; mais il mourut

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