ORAISON FUNÈBRE DE HENRIETTE DE FRANCE
au \^éritable modèle des chrétiens. Elle veillait sans relâche sur sa conscience. Après tant de maux et tant de traverses, elle ne connut plus d'autres ennemis que ses péchés. Aucun ne lui sembla léger : elle en faisait un rigoureux examen, et, soigneuse de les expier par la pénitence et par les aumônes, elle était si bien préparée, que la mort n'a pu la surprendre, encore qu'elle soit venue sous l'apparence du sommeil ^. Elle est morte, cette grande reine ; et par sa mort elle a laisse un regret éternel, non seulement à Monsieur et à Madame, qui, fidèles ^ à tous leurs devoirs, ont eu pour elle des respects si soumis, si sincères, si persévérants, mais encore à tous ceux qui ont eu l'honneur de la servir ou de la connaître. Ne plaignons plus ses disgrâces, qui font maintenant sa félicité. Si elle avait été plus fortunée, son histoire serait plus pompeuse, mais ses œuvres seraient moins pleines ; et avec des titres superbes, elle aurait peut-être paru vide devant Dieu. Maintenant qu'elle a préféré la croix au trône, ei? qu'elle a mis ses malheurs au nombre des plus grandes grâces, elle recevra les consolations qui sont promises à ceux qui pleurent'^. Puisse donc ce Dieu de miséricorde accepter ses afflictions en sacrifice agréable ! Puisse-t-il la placer au sein d'Abraham ; et, content de ses maux, épargner désormais à sa famille et au monde de si terribles leçons !
1. L'expression si simple et si dou- tique imprudemment administré,
ce de l'orateur convient également 2. British Muséum : qui, étant
à l'hypothèse d'une défaillance du- fidèles,
rant un sommeil naturel, et à celle 3. Matth., v, 5. d'une torpeur causée par un narco-
AVENÏ DE SAINT-GEKMAIN.
Premier dimanche, l*^"" décembre 1669.
Dans son premier Avant à la Cour, en 1665, Bossuet avait prêché sur le Jugement dernier. Il ne traite pas le même sujet en 1669. Cependant il ne se fait pas scrupule de revenir, dans le premier point, à la démonstration si puissante, qu'il fortifie encore dans le détail, de l'athéisme pratique, qui consiste dans l'oubli de Dieu. Mais il chaiige à dessein le plan général de l'œuvre. Toujours préoccupé des besoins spirituels de son auditoire, et surtout de la conversion, alors si nécessaire, du principal auditeur, maintenant qu'il n'est plus temps de chercher comme autrefois à prévenir le scandale (il s'est affiché avec impudence dans les décrets de légitimation de 1667) , l'orateur chrétien va combattre résolument l'endurcissement dans le péché.
La convenance du sujet, la progression de l'éloquence, la beauté même du manuscrit i, du moins dans les pages mises au net, tout confirme la date que nous avons assignée à ce discours. D'ailleurs, le doute n'est plus possible, depuis qu'on a trouvé l'original du Tune videhunt, qui porte, de la main de Bossuet, comme nous l'avons dit jadis, la date de 1665. On rencontrera dans le second point une allusion incidente à la mort récente de la reine d'Angleterre.
Hora est jam nos de somno surgere.
Il est temps désormais que nous nous réveillions de notre sommeil.
(Rom., xni, 11.)
Le croira-t-on, si je le dis, que presque toute la nature humaine est endormie, et qu'au milieu [de] cette action ^ si vive et si empressée qui paraît principalement à la Cour, la plupart ^ languissent au dedans du cœur dans une mortelle léthargie ? Nul ne veille véritablement, que celui qui est attentif à son salut. Et s'il est ainsi, Chrétiens, qu'il y en a dans cet auditoire qu'un
1. Ms. fr. 12821, fos 96-123. — In-4, continuelle — que parmi ces emavec moitié de marge. pressements et dans cette activité...
2. Yar. : que dans ces éternels em- 3. Var. : les hommes. — Ancienpressements et dans cette action nés édit. : la plupart des hommes.
profond sommeil appesantit ! qu'il y en a qui en prêtant l'oreille ^ n'entendent pas, et ne voient pas en ouvrant les yeux, et qui peut-être ^ ne se réveilleront pas encore ^ à mon discours! C'est l'intention de l'Église de les tirer aujourd'hui de ce pernicieux assoupissement. C'est pourquoi elle nous lif*, dans les saints mystères de ce jour, l'histoire du jugement dernier", lorsque la nature, étonnée de la majesté de Jésus-Christ, rompra tout le concert de ses mouvements, et qu'on entendra un bruit tel qu'on peut se l'imaginer parmi de si grandes ruines^ et dans un renversement si effroy[able]. Quiconque ne s'éveille pas '^ à ce bruit terrible est ^ trop profondément assoupi, et il dort d'un sommeil de mort. Toutefois, si nous y sommes sourds, l'Église, pour nous «xciter davantage, fait encore retentir à nos oreilles la parole ^ de l'Apôtre. Le grand Paul mêle sa voix^° au bruit confus de l'univers, et nous dit d'un ton éclatant ^^ : « O fidèles, l'heure est venue de vous ^^ éveiller : Hora est jam nos de somno sur gère ». Ainsi je ne crois pas quitter l'Évangile, mais en prendre l'intention et l'esprit, quand j'interprète l'épître que l'Église lit en ce jour ^^. Fasse celui pour qui je parle, que j'annonce avec tant de force ses menaces et ses jugements, que ceux qui dorment dans leurs péchés se réveillent et se convertissent ! C'est la grâce que je lui demande par les prières de la sainte Vierge, [^i^e.]
[PI] C'est une vérité constante que l'Écriture a établie et que l'expérience a justifiée, que la cause de