‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 3)Chapitre 423 sur 532 · Edit. : ce qu'on ne voit ni ne voudraient anéantir · texte numérisé non relu

Edit. : ce qu'on ne voit ni ne voudraient anéantir

veritatem qua damnantur înjusti \ » Je laisse encore ceux-ci, et je veux croire qu'aucuns de mes auditeurs ~ ne sont si dépravés et si corrompus. Je viens à une troisième manière de dire que Dieu n'est pas, de laquelle nous ne pourrons pas nous excuser.

Voici le principe que je pose. Ce à quoi nous ne daignons penser est comme nul à notre égard. Ceux-là donc disent en leur cœur que Dieu n'est [p. 6] pas, qui ne le jugent pas digne qu'on pense à lui sérieusement : à peine sont-ils attentifs à sa vérité quand on prêche, à sa majesté quand on sacrifie, à sa justice quand il frappe, à sa bonté quand il donne ^ ; enfin, qui le comptent tellement pour rien, c^u'ils pensent en effet n'avoir rien à craindre, tant Ciu'ils n'ont que lui pour témoin. Qui de nous n'est pas de ce nombre ? Qui n'est pas arrêté dans ses entreprises^ par la rencontre d'un homme qui n'est pas de son secret ni de sa cabale "" ? et cependant ou nous méprisons, ou nous oublions ^ le regard de Dieu ! N'apportons pas ici l'exemple de ceux qui roulent en leur esprit quelque vol ou quelque meurtre : tout ce qu'ils rencontrent les trouble, et la lumière du jour et leur ombre propre leur fait peur; ils ont peine à porter eux-mêmes l'horreur de leur funeste secret, et ils vivent cependant dans une souveraine tranquillité des regards de Dieu. Laissons ces tragiques attentats ; disons ce C{ui se voit tous les jours, [p. 7] Quand vous déchirez en secret ceux ^ que vous caressez en public ; quand vous les percez de cent plaies mortelles par les coups incessannnent redoublés de votre dangereuse langue ; quand vous mêlez artifîcieusement le vrai et le faux pour donner de la vraisemblance à vos histoires malicieuses ; quand vous violez le sacré dépôt du secret qu'un ami trop simple a versé tout entier dans votre cœur, et que vous faites servir à vos intérêts sa confiance, qui vous obligeait à

1. In Joan., tract, xc, n. 3. — Ce o. Var. : quand il est favorable. texte est en mar^e. Rien à en con- 4. Var. : dans une action nialhonclnre, la pa^e étant une mise au net, nête.

où l'auteur imite les imprimés dn 5. Var. : de notre secret ni de notemps, tre cabale.

2. Var. : qu'il n'y a aucun fcon-i- ♦>. Var. : Et cependant de quel gé : aucuns) ■ — qu'il y a peu — de front savon.s-nous soutenir... V me* auditeurs qui soient... 7. Var. : celui.

penser aux siens ; combien de précautions ^ pour ne point paraître ! combien regardez-vous à droit et à gauche " ! Et si vous ne voyez pas de témoin qui puisse vous reprocher " votre lâcheté dans le monde, si vous avez tendu vos pièges si subtilement qu'ils soient imperceptibles aux regards humains, vous dites : Qui nous a vus ? Narraverunt lit ahsconderent laqueos ; dixerunt : [p. 8] Quis videbit eos ^ ? comme dit le divin Psalmiste. Vous ne comptez " donc pas parmi les voyants celui qui habite aux cieux ? Et cependant entendez ^ le même Psalmiste : ce Quoi ! celui qui a formé l'oreille n'écoute-t-il pas ? et celui qui a fait les yeux est-il aveugle ? Qui plantavit aurem non audiet, aut qui finxit ocidum non considérât ' ? » Pourquoi ne songez-vous pas qu'il est tout vue, tout ouïe, tout intelligence ; que vos pensées lui parlent, que votre cœur lui découvre tout ^, que votre propre conscience est sa surveillante et son témoin contre vous-mêmes ? Et cependant sous ces yeux si vifs, sous ces regards si perçants, vous jouissez sans inquiétude du plaisir d'être caché : vous vous abandonnez à la joie et vous vivez en repos ^ parmi vos délices criminelles, sans songer que celui qui vous les défend, et qui vous en a laissé tant d'innocentes, viendra quelque jour ^^ inopinément troubler vos plaisirs d'une manière terrible par les rigueurs de son jugement, [p. 9] N'est-ce pas manifestement le compter pour rien, et ce dire en son cœur insensé : Il n'y a point de Dieu ? Dixit insipiens in corde suo : Non est Deus ^\ »

Quand je recherche les causes profondes d'un si prodigieux oubli, et que je considère en moi-même d'où

1. Anciennes édit. : combien pre- 8. Var. : lui dit tout. — C'était le nee-voMS de précautions... — Lever- texte de 1665.

be et son sujet sont retranchés au 9. Ces cinq mots sont une addition

manuscrit. interlinéaire.

2. Locution que nous avons plu- 10. M. Gazier renvoie ces deux sieurs fois rencontrée. M. Gazier mots dans les notes, comme variante seul la donne, en la justifiant. Les d'inopinément. Nous ne croyons pas anciennes édition s portent :« 'à (iro?7« que cet adverbe soit destiné à les et à gauche. » remplacer. Ce qu'il remplace, ce sont

3. Correction de « qui vous puisse ces derniers mots de la phrase, mainreprocher. » tenus si mal à propos dans le texte,

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