‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 3)Chapitre 424 sur 532 · Ps. xciii · texte numérisé non relu

Ps. xciii

vient ^ que l'homme, si sensible à ses intérêts et si attentif à ses affaires, perd néanmoins de vue si facilement ' la chose du monde la plus nécessaire, la plus redoutable et la plus présente, c'est-à-dire Dieu et sa justice, voici ce qui me vient en la pensée. Je trouve que notre esprit, dont les bornes sont si étroites, n'a pas une " assez vaste compréhension pour s'étendre hors de son enceinte ^ : c'est pourquoi il n'imagine vivement que ce qu'il ressent en lui-même, et nous fait juger des choses qui nous environnent, par [p. 10] notre propre disposition. Celui qui est en colère croit que tout le monde est ému de l'injure que lui seul ressent, quoiqu'il * en fatigue toutes les oreilles. On voit que le paresseux, qui laisse aller toutes choses avec nonchalance, ne s'imagine jamais combien vive est l'activité de ceux qui attaquent sa fortune. Pendant qu'il dort à son aise et qu'il se repose, il croit que tout dort avec lui, et n'est réveillé que par le coup. C'est une illusion semblable, mais bien plus universelle, qui persuade à tous les pécheurs que, pendant qu'ils languissent dans l'oisiveté, dans le plaisir, dans l 'impénitence, la justice divine languit aussi, et qu'elle est tout à fait endormie. Parce qu'ils ont oublié Dieu, ils pensent aussi que Dieu les oublie : DixH enim in corde suo : Ohlitus est Deus ^. Mais leur erreur est extrême : si Dieu se tait quelque temps, il ne se taira pas toujours, ce Je veillerai ®, dit-il, sur les pécheurs, pour leur mal et non pour leur bien : Vigilaho super eos in nialimi et non in honum. '^ ». Je me suis tu, dit-il ailleurs ^ ; j'ai gardé le silence, j'ai été patient : j'éclaterai tout à coup, hongtemps j'ai retenu ma colère dans mon sein; à la fin, j'enfanterai^ ; je dissiperai mes ennemis, [p. 11] et les envelopperai tous ensemble dans une même vengeance.

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